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David Blatt, interview Uncut

Théo
09/01/2008 - 16:14   Par Théo

Demain (jeudi) en Euroleague, le MSB affronte l’Efes Pilsen de David Blatt. Or, si vous avez déjà eu entre les mains le dernier numéro de Reverse, vous savez que Blatt est aussi brillant devant un dictaphone que derrière sa plaquette de coach. A tel point que les six pages que nous lui avons accordées dans le magazine suffisaient à peine à rendre compte de la moitié des choses qu’il nous a confiées. Alors si vous voulez vraiment savoir comment David et Pini Gershon se partageaient le boulot au Maccabi, comment il s’y est pris pour blinder le mental de la sélection russe ou s’il se considère comme le fils spirituel de Red Auerbach, voici toutes les pépites qui étaient restées coincées dans les mailles de notre tamis.

Vous êtes né à Boston et vous avez grandi dans le Massachusetts à une période où les Celtics étaient la meilleure équipe au monde. Quel impact est-ce que ça a eu sur vous ?

A partir de mes huit ans, je me mettais au lit chaque soir avec une petite radio portable et j’écoutais les matches. J’ai fait ça pendant des années et des années. J’étais un très grand fan des Celtics. Bill Russell était mon héros ! Un joueur d’équipe qui savait comment on doit jouer ce jeu pour gagner. Je suis sûr que je pourrais vous en dire plus sur les Celtics que n’importe quelle autre personne de votre connaissance (rires).

Red Auerbach était un personnage légendaire, est-ce qu’il a été une source d’inspiration pour vous ?

Pas vraiment, parce qu’à cette époque, je n’étais pas encore intéressé par l’aspect coaching. J’étais encore concentré sur les joueurs et sur ce qui se passait sur le parquet. Ce n’est que plus tard que j’ai commencé à réaliser l’importance que Red avait eu sur cette franchise. Plus je grandissais, plus j’en apprenais sur l’histoire des Celtics et plus je commençais à m’intéresser à son impact sur le jeu. Par la suite, quand j’ai commencé à entraîner moi-même, je me suis encore plus documenté sur lui et je suis devenu très admiratif de ce qu’il est parvenu à accomplir.

Lorsque Pini Gershon a quitté le Maccabi, vous avez coaché l’équipe pendant deux saisons. Puis il est revenu et vous êtes redevenu son assistant. Ça n’a pas dû être facile à accepter…

Effectivement, ça a été dur. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que Pini est une véritable légende au Maccabi. Il y avait pas mal de choses qui se tramaient en coulisses et j’ai plus ou moins été mis devant le fait accompli, sans avoir trop de solutions de rechange. Il était trop tard pour trouver un autre club et, après avoir été le head-coach pendant deux ans, je savais très bien que je ne redeviendrais pas un “simple” assistant et que, à part pour les matches, je pourrais gérer l’essentiel du coaching. Donc je savais qu’au jour le jour je ne souffrirais pas trop de cette situation. En plus, le Final Four était à Tel Aviv cette année-là… Vu le salaire et la sécurité que j’avais au Maccabi, c’était plus sûr, pour moi comme pour ma famille, de rester encore un an. Et grand bien m’en a pris puisque la saison s’est très bien passée et que nous avons gagné une autre Euroleague. Malgré le coup porté à mon égo, j’ai beaucoup apprécié cette année d’un point de vue professionnel et humain. Il y avait une très bonne ambiance dans le groupe, j’étais très proche des joueurs puisque c’était moi qui avait fait venir la plupart d’entre eux. Ça a été dur au début, mais au bout du compte ça valait de coup.

Comment est-ce que vous vous partagiez le travail avec Pini ?

On travaillait la main dans la main sur tout ! On a parfois entendu dire que je m’occupais de l’attaque et lui de la défense, ou l’inverse, mais c’est faux. Au bout du compte, c’est le head-coach qui prend la décision finale, mais c’était vraiment un travail d’équipe. Aucun autre assistant au monde n’a eu autant de responsabilités que moi cette année-là (rires).

Justement, on a parfois entendu dire que c’était vous qui aviez mis au point la fameuse défense de zone match-up qui a tant profité au Maccabi. C’est donc faux ?

Ce ne serait pas juste de m’en attribuer tout le mérite. C’est une chose que nous avons élaboré à deux.

Cette équipe du Maccabi était vraiment extraordinaire avec Jasikevicius, Anthony Parker, Vujcic etc. Comment était l’ambiance au sein du groupe ?

Ce qui était vraiment formidable avec cette équipe, c’est qu’elle était composée de grands basketteurs, mais également de gens extraordinaires sur le plan humain. On avait d’ailleurs mis l’accent là-dessus au moment du recrutement, parce qu’on sentait que ce serait une des clefs pour atteindre nos objectifs. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça a payé ses fruits parce que, non seulement nous avons pu gagner tous ces titres et développer un jeu magnifique, mais en plus nous avons vraiment passé du bon temps ensemble. Au quotidien, c’était un vrai plaisir de travailler avec ces mecs-là.

Jasikevicius est un sacré personnage. C’est comment de coacher un type comme lui ?

C’est vraiment un mec à part et c’est également quelqu’un qui te met constamment au défi. En plus d’être un grand joueur, il a une connaissance et une compréhension très pointue du jeu et il s’attend à être bien encadré et à être coaché de la bonne façon. Et puis il a aussi ses hauts et ses bas dans son approche des entraînements. Mais ce qui en fait un joueur aussi spécial, c’est que c’est un véritable battant et qu’il comprend ce que ça demande de gagner. Et il s’attend à ce que tout le monde autour de lui le comprenne également et fasse le maximum pour y parvenir. C’était vraiment quelque chose d’unique de travailler tous les jours avec lui.

Avec le recul, quel impact a eu la défaite de la Russie face à la Belgique, durant les qualifs pour l’Euro ?

Pour nous, ça a été un moment décisif ! Avant de participer à l’Euro, il nous avait fallu passer par les qualifications, et ça, sans Kirilenko. Nous étions encore en pleine mutation et, après avoir remporté notre premier match à la maison, nous sommes partis en Belgique et nous avons perdu de 11 points. En plus d’avoir mal joué et d’avoir dû nous passer de Khryapa qui était blessé, ce qui m’a fait peur c’est que j’ai revu certains signes qui caractérisaient cette équipe par le passé : un certain individualisme et un manque de combativité. Dans les vestiaires, j’ai été très dur avec les joueurs et je les ai vraiment mis au défi de me prouver qu’ils étaient plus forts que ça et de me montrer ce qu’ils avaient vraiment dans le ventre. La réaction de l’équipe a été magnifique puisque nous avons gagné tous nos autres matches et que nous sommes sortis premiers de notre groupe. Durant toute l’année, je suis resté en contact avec les joueurs, pour suivre leur évolution avec leurs équipes respectives et pour les informer de ce que nous voulions mettre au point avec l’équipe nationale. Cet été, Kirilenko nous a rejoints et ça nous permis de hausser notre niveau de jeu de façon significative. Comme il connaissait déjà ses partenaires, sa période d’adaptation n’a pas été trop douloureuse. Nous avons pu reprendre notre travail et continuer à nous concentrer sur l’attitude de l’équipe et sur le fait d’oublier les récompenses et les distinctions individuelles. Petit à petit, à mesure que nous avons réalisé que notre valeur commune était supérieure à la simple addition de nos forces, notre collectif s’est renforcé et nous sommes devenus une très bonne équipe de basket, qui sait comment gagner.

L’autre match clef pour vous, a été le quart-de-finale face à la France. Je sais que vous en aviez marre d’entendre que la Russie ne parvenait jamais à dépasser ce stade, est-ce que vous avez noté un changement d’attitude au sein de l’équipe après être finalement parvenus à vous qualifier pour les demi-finales ?

Avant d’en venir à ce match, j’aimerais revenir sur un autre facteur clef de notre développement : le match amical perdu face à la France juste avant la compétition. Nous avons été très mauvais et nous avions perdu de 36 points, après avoir joué deux très bons matches. Pour moi, c’était comme une réédition du match face à la Belgique et j’ai à nouveau été obligé de mettre mes joueurs face à leurs responsabilités et de leur remettre la pression. Une fois encore, ils ont parfaitement réagi, puisque la semaine suivante, nous sommes partis en Allemagne pour un autre tournoi, très relevé, que nous avons dominé. Tout ça nous a permis d’arriver à l’EuroBasket avec un très bon état d’esprit et une notion très forte de qui nous étions en tant qu’équipe et de la façon dont nous voulions jouer. Grâce à cela, nous avons su gérer notre premier match du tournoi face à la Serbie, qui, avant qu’elle ne parte en vrille, était quand même une équipe avec pas mal de ressources. On ne savait pas trop à quoi s’attendre de leur part et nous avons très bien joué, avant d’enchaîner avec une magnifique prestation face à l’Israël et une belle victoire contre la Grèce, les champions en titre. Du coup, au moment de jouer la France, je pense que nous étions résolument prêts à vaincre la malédiction des quarts-de-finales. Emotionnellement et physiquement nous étions au point. Même si ce match n’était pas facile à négocier, ce qui était sûr, c’est que nous n’allions pas abandonner. Quoi qu’il arrive, nous étions prêts à batailler jusqu’au bout et à faire ce qu’il fallait pour l’emporter… et c’est exactement ce que nous avons fait. Ce n’est jamais facile de passer un quart de finale, parce qu’à ce stade de la compétition, il ne reste que de bonnes équipes. Mais c’est évident qu’après avoir réussi à passer ce tour, nous avions beaucoup moins de pression sur les épaules.

Vos trois derniers matches du tournoi (France, Lituanie et Espagne) ont tous été très serrés, et, à chaque fois, c’était comme si vous preniez systématiquement la décision adéquate et que vos joueurs exécutaient chacune de vos instructions à la perfection…

(Il coupe) C’était quelque chose d’assez exceptionnel, c’est vrai.

Est-ce que vous avez eu la sensation que vous étiez infaillible, un peu comme lorsqu’un joueur rentre dans la “zone” et que chaque nouveau tir qu’il prend lui donne l’impression de jeter des pierres dans l’océan ?

Non pas vraiment. Mais je vais être honnête avec vous et c’est vrai que, quand je regarde ces matches maintenant, connaissant la façon dont un match de basket peut facilement déraper, c’est assez stupéfiant de voir que chacun de nos ajustements et chaque décision que nous avons prises a marché à la perfection. Il y en a quand même certaines qui n’ont pas eu les effets que nous voulions, mais dans leur grande majorité, ça a payé. Vous savez, beaucoup de gens croient à la chance, mais pas moi. Je pense que la chance n’est rien d’autre que la rencontre entre une bonne préparation et une opportunité. De toute évidence, nous avions fait le travail nécessaire en amont pour faire face aux opportunités qui se présenteraient à nous. Nous nous étions entraînés de façon très sérieuse et professionnelle, nous étions arrivés à un point où nous avions totalement confiance dans nos capacités à nous adapter à n’importe quelle situation, que nous l’ayons déjà rencontrée auparavant ou non.

Quand vous arrivez dans une nouvelle équipe, comment procédez-vous ? Est-ce que vous suivez toujours la même philosophie de jeu ou est-ce que tout dépend du talent des joueurs dont vous disposez et de la façon dont vous pouvez en tirer le maximum ?

J’ai toujours une idée très précise de la façon dont j’aime faire jouer mes équipes et, dans le cas de la Russie, j’étais persuadé qu’elle serait compatible avec cette formation. Beaucoup de gens pensaient qu’il me serait impossible de reproduire ce que j’avais réussi à mettre en place avec mes équipes précédentes, mais moi j’étais convaincu du contraire. J’ai sans doute plus cru dans mes joueurs et dans leurs capacités de compréhension du basket que de nombreux observateurs. Plus important encore, j’étais persuadé qu’il était encore possible de leur apprendre à se transformer en véritable équipe et à devenir des battants, et pas seulement à rester un amalgame de talents. Quand tu prends en main un nouveau groupe, tu as déjà une part du jeu de prête dans ta tête. Après, le plus gros du travail, c’est de faire adhérer les joueur à cette idée et à leur enseigner une nouvelle façon de procéder. Mais tu ne peux pas non plus plaquer complètement un calque sur n’importe quel groupe. Tu dois toujours faire des ajustements, pour que ton jeu colle comme du sur mesure à la physionomie de ton équipe. Je me souviens par exemple que, durant la préparation, Kirilenko et Khryapa sont venus me voir pour me demander d’incorporer deux trois nouvelles choses dans le schéma offensif, pour les aider à être plus efficaces. Et j’ai fait des ajustements en me basant là-dessus. Le coach ne sait pas toujours tout, il doit aussi savoir être à l’écoute.

Avec Efes, vous avez récemment joué contre les Timberwolves. En tant que coach, que pensez-vous du jeu NBA ?

Je pense que le jeu européen et les règlements FIBA sont bien plus intéressants que ceux de la NBA. L’accent est beaucoup plus mis sur le jeu collectif, les mouvements de ballon et de joueurs, sur la résolution de problèmes et sur le besoin de faire des ajustements. A part les quelques équipes qui jouent “à l’européenne”, je trouve le jeu NBA terriblement ennuyeux. Les règles NBA étouffent trop le jeu.

Maintenant qu’il y a de plus en plus de joueurs européens et même quelques GM qui partent en NBA, est-ce que vous pensez que ça peut changer ?

Je ne sais pas si ça suffira pour faire changer les règles, malheureusement. Mais le jeu a déjà énormément changé sous l’impulsion des joueurs européens et aussi parce que les coaches NBA s’inspirent de plus en plus de ce qui se fait ici, surtout depuis que les grandes compétitions internationales ne sont plus dominées par les USA.

Depuis le titre européen, avez-vous été à nouveau approché par des équipes NBA ?

Pas plus qu’avant, personne ne m’a encore offert un poste de head-coach. En même temps, qui ferait ça au moins de septembre (rires) ?

Malgré tout, est-ce que c’est quelque chose qui pourrait vous intéresser ?

Si quelqu’un me proposait un gros poste à responsabilité, bien sûr, mais en attendant, je suis très heureux là où je suis aujourd’hui.



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