Anthony Randolph, il est temps de rentrer au pays

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

L’Américain naturalisé slovène a accumulé les succès en Europe. A 28 ans, la NBA lui tend à nouveau les bras. C’est le moment idéal pour rentrer à la maison.

Ne cherchez pas une quelconque connexion généalogique entre Anthony Randolph et la Slovénie. Il n’y en a pas. Pas de lointains grands-parents exilés dans ce petit pays d’ex-Yougoslavie de deux millions d’habitants. Ni de compagne originaire du coin. Pas même une pige pour une équipe du championnat local. Non. Si l’Américain, natif de Würzburg – comme Dirk Nowitzki ! –, a décroché une médaille d’Or à l’Eurobasket, hier soir, c’est d’abord une question business. Comme toujours, ou presque.

Randolph n’a pas de lien avec la Slovénie. Si ce n’est que son agent, le réputé Bill Duffy, est aussi le représentant de Goran Dragic, Luka Doncic et Igor Kokoskov. La star de la sélection, son successeur et le coach. Suffisant pour acquérir un passeport slovène et venir jouer les facteurs X pour une équipe couronnée à Istanbul.

Un nouveau succès européen pour celui qui a passé la majorité de son enfance en Californie. Plus tôt cet été, il avait contribué au sacre du puissant Real Madrid en Espagne (vainqueur de la Coupe du Roi). En revanche, il avait été moins chanceux lors du Final Four de l’Euroleague disputé… à Istanbul, dans la même salle que la finale de l’Eurobasket 2017. Les Espagnols sont sortis en demi, battus par le futur champion. Mais au-delà de la défaite, Anthony Randolph accédait au dernier carré pour la deuxième année de suite. La première fois avec le Lokomotiv Kuban. A chaque fois en étant l’un des cadres de l’équipe.

Parce qu’il est l’un des meilleurs joueurs d’Europe. Sa carrière, c’est ici qu’il l’a véritablement lancé lors de son arrivée en Russie en 2014. Un changement de vie complet pour le jeune homme.

« Je suis tombé de mon piédestal. C’était une expérience différente qui m’a aidé à réaliser pourquoi j’ai vraiment commencé à jouer au basket », raconte aujourd’hui l’intéressé.

 La réalité, c’est qu’il n’était pas destiné à se retrouver à des milliers de kilomètres de son pays – les Etats-Unis – pour pratiquer son activité professionnelle et accessoirement son sport favori. Freshman star de LSU, il a été drafté en quatorzième position par les Golden State Warriors en 2008. A seulement 19 balais, le rookie a alors su se frayer un chemin dans la rotation de Don Nelson. Le coach idéal pour lui. Un visionnaire qui a toujours refusé de s’enfermer dans les codes de son équipe. La NBA n’était pas encore le temple du small ball. Les intérieurs se devaient d’être costauds, même si l’influence de Dirk Nowitzki et Kevin Garnett poussait les grands à être de plus en plus polyvalents.

Randolph était trop léger pour jouer ailier-fort ou pivot. Pas assez technique pour jouer ailier. Mais Nelson lui a laissé sa chance. Il a même compilé des statistiques prometteuses pour sa première saison : 7,9 points et 5,8 rebonds en seulement 18 minutes. Des chiffres qui ont fini par grimper à 11,6 pts et 6,5 rbds l’année suivante. Mais des blessures l’ont tenu écarté des parquets une cinquantaine de matches. Don Nelson a été viré, faute de succès. Et le gamin a été transféré aux New York Knicks, franchise empêtrée dans la crise après six saisons sans playoffs.

Il n’a pas fait long feu à Manhattan. Mike D’Antoni n’avait pas le temps pour développer les jeunes au potentiel intrigant. Après 17 matches passés essentiellement sur le banc (moins de huit minutes de jeu), le « tweener », ces joueurs sans position réellement définie, a été envoyé aux Minnesota Timberwolves. Puis aux Denver Nuggets, malgré 9,2 pts de moyenne en à peine 17 minutes sur les 57 rencontres qu’il a disputés à Minneapolis. Il a fini par sombrer dans le Colorado. En 2014, il quittait donc la ligue Nord-Américaine. Le début de l’exil de l’autre côté de l’Atlantique.

Anthony Randolph, enfin à la mode NBA

Trois ans plus tard, sa vie a beaucoup changé. La NBA aussi. Ce qui était autrefois son principal défaut est désormais son premier atout auprès des scouts US. Les intérieurs lourds sont de moins en moins demandés. Ce sont les grands véloces, agiles, adroits, capables de switcher en défense et de créer des duels avantageux qui ont la cote. Exactement le profil d’Anthony Randolph.

« Maintenant je correspond parfaitement, pas vrai ? » Glisse le joueur en souriant.

Son coach avec la Slovénie Igor Kokoskov ou son coéquipier en sélection Goran Dragic, star du Miami Heat en NBA, sont unanimes : Randolph a gagné son ticket pour la ligue la plus relevée du monde. Il veut y revenir, mais pas à n’importe quel prix.

« Je veux avoir un rôle et une opportunité d’aider une équipe. Je ne veux pas chauffer le banc, je veux jouer. J’adore jouer au basket. »

Finalement, c’est ça le plus important. Qu’il porte les couleurs des Nuggets, des Knicks, de Moscou, de Madrid ou de la Slovénie, Anthony Randolph s’en fiche. Il veut s’éclater. Prendre du plaisir en jouant au basket. La franchise prête à lui laisser sa chance fera sans doute une bien belle affaire.