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Frédéric Yangpar Frédéric Yang   

Ancien coach de Nationale, Yacine Aouadi a travaillé tout le mois d'août avec Luc Mbah a Moute dans le but d'améliorer son adresse au tir. Le coach revient avec nous sur cette expérience et nous divulgue sa méthode de travail.

Fort d'une expérience d'une dizaine d'années au sein de plusieurs équipes de Nationale masculine et féminine, Yacine Aouadi a décidé d'élargir ses compétences et de s'ouvrir à diverses opportunités. Cet été, le coach s'est donc rendu aux Etats-Unis pour travailler personnellement avec l'ancien joueur des Sixers de Philadephie Luc Mbah a Moute, afin de lui faire passer un cap au niveau du tir. Spécialiste du shoot, Yacine Aouadi a bien voulu raconter cette expérience et partager son expertise.

Ballerside :« Yacine, en quoi consistait votre programme d'entraînement pour Luc Mbah a Moute ? 

Yacine Aouadi : Luc Mbah Moute est un joueur polyvalent reconnu pour ses qualités défensives. Lors de sa dernière saison aux Sixers de Philadelphie, ses responsabilité l’ont amené à tirer de plus en plus. Pour exemple, il a démontré qu’il avait une réelle capacité à tirer de loin avec notamment 30.7 % soit 62 / 202 de réussite à 3pts. Son souhait était d’améliorer de manière générale son adresse et  d’obtenir surtout de meilleurs résultats à longue distance. J’ai donc structuré mon approche et définit une procédure de travail. Bien évidemment, nous ne pouvions la réaliser en l’espace de trois semaines car lorsqu’un joueur évolue depuis plusieurs années au plus haut niveau avec un schéma mental construit principalement autour de la défense, le temps me parait être un facteur indissociable à sa réussite. Mais concrètement, le travail s'est divisé en cinq étapes. La première étape consistait à l’évaluer, à faire une photographie de son tir. Il s’agissait de chiffrer sa réussite et ses échecs de manière générale; connaître et définir sa gestuelle de tir; décortiquer le tir à travers les zones et les situations de jeu et enfin comparer afin de déterminer des repères, des objectif cohérents. Je tiens à préciser que la lecture des statistiques et le scouting vidéo sont indispensables pour obtenir ce travail. La deuxième étape était déjà charnière. Il fallait lui proposer une mécanique de tir réalisable, confortable et évidente puis l'intégrer par la répétition (1600 à 2000 tirs par jour). En trois semaines, nous avons pu réaliser ces deux étapes. Luc continue actuellement ce travail de répétitions indispensable. Les résultats sont assez encourageants.

Luc yacine

Ballerside : Quelles sont les étapes suivantes ?

Y.A: La troisième étape consiste à mettre le joueur en situation de fatigue musculaire, nerveuse et de stress afin de répéter à une fréquence importante des tirs proches des conditions de match. La quatrième étape a pour objectif de contextualiser son tir. Il s’agit d’identifier et de répéter des situations de jeu dans lesquelles le joueur pourra déclencher son tir . Et enfin, la dernière étape traite de la construction mentale du joueur. La réussite suscite une émotion positive, c’est un facteur de mémorisation avéré. Je suis convaincu que le fait de tirer avec réussite lors des moments clés voire décisifs durant les matchs, permettra au joueur de franchir "un cap", d'engranger de la confiance. Il est important de valoriser ces moments et de les visualiser.Comme je l’avais dit précédemment, ce travail nécessite du temps.

Ballerside : Vous avez notamment eu l’occasion de travailler cet été avec le Shot Tracker. Qu’apporte réellement cet outil ?

Y.A : C’est un outil connecté permettant d’évaluer une série de tirs en déterminant le nombre de tirs réussis et tentés. De ce fait, il permet d'analyser via les statistiques la performance du tireur. La personnalisation du travail et la fixation des objectifs sont également réalisables. L’application en connexion avec le « Net Sensor » fixé au filet et le « Wrist Sensor » fixé au poignet par un bracelet ou une coudière, détermine et chronomètre le nombre de tirs réussis sur le nombre total de tentatives. Des work outs, des exercices sont également disponibles sur l’application sans oublier que vous pouvez afficher vos performances via les divers réseaux sociaux. Des videos sont disponibles. Klay Thompson en fait d’ailleurs la promotion...

Pour moi, c’est une alternative au « shot Gun » accessible à tous. Le Shot Tracker est utilisable en salle ou en extérieur du moment que le cercle possède un filet pour fixer le « Net Sensor ». Il est vrai que le « shot Gun » procure une totale autonomie contrairement au Shot Tracker mais ça reste un équipement onéreux et contraignant pour des raisons évidentes. Le Shot Tracker n’est ni plus ni moins un compteur mais il m’a permis d’évaluer Luc au quotidien et d’illustrer les progrès que nous avions fait tout au long des trois semaines.

Ballerside : L'EuroBasket se joue en ce moment. Ces dernières années, l'équipe de France masculine a peiné pour trouver de bons shooteurs extérieurs. Comment expliquez-vous cela ?

Y.A : Le terme « shooteur » est assez vague. Parle-t-on d’un joueur spécialiste du tir ou d’un joueur polyvalent mais adroit ? Je joue peut-être sur les mots mais prenons un exemple en NBA. Kyle Korver et Stephen Curry font partie des trois joueurs les plus adroits à 3pts de la ligue. Si on regarde de près leur statistiques, Korver tire 600 fois et Curry, 1341 fois durant la saison. C’est 741 tirs qui séparent nos deux joueurs sont la différence qu’il y a entre un joueur spécialiste et enfin, un joueur adroit polyvalent donc capable d’avoir d’autres missions sur le terrain. Les équipes de France ont compté, à mon sens, plus de joueurs adroits que de spécialistes. Je peux citer Antoine Rigaudeau, Laurent Foirest, Nando De Colo ou encore Mickael Gélébale pour ne mentionner qu'eux. Il s'agit de joueurs adroits mais aussi capables d’avoir d’autres missions au sein de leur sélection. J’ai toujours défendu le fait que la polyvalence ne pouvait être qu’une force et l’hyperspécialisation, une limite. Les échecs aux tirs il y a quelques années, durant certaine campagnes, nous ont peut-être donné envie de dire que nous manquions de spécialistes de tirs mais ce n’est pas mon opinion. La réussite aux tirs dépend avant tout de leur sélection. Compte tenu du fait que les équipes nationales existent seulement que quelques mois par an, je pense que la priorité est d’en pérenniser le fonctionnement. Quand je parle de fonctionnement, je parle également du jeu et du fait de miser sur une ossature de joueurs. Ces conditions réunies amènent l’équipe à faire des meilleurs choix de tirs et de ce fait, favorise la réussite. Vincent Collet a décidé de miser sur cette pérennité depuis ses débuts avec l’équipe de France et les résultats n’ont jamais été aussi bons.

Yacine Aouadi

Ballerside : Pensez-vous qu’il est nécessaire d’avoir des coaches spécialistes dans le staff d’une équipe pro ?

Y.A : Ce fonctionnement existe bien évidemment en NBA. Les franchises font appel de plus en plus à des « shooting coachs ».  Les joueurs font aussi appel à des entraîneurs « spécialisés » durant l’été et même durant la saison. Par exemple, Dirk Nowitzki et « son mentor » Holger Gueschwindner travaillent ensemble durant l’été et à quelques périodes clés de la saison depuis ses début en NBA. La réussite de l'Allemand et sa longévité dans ce domaine sont assez impressionnantes. Il y a une dizaine d’année, la franchise des Spurs a intégré au staff Chip Engelland, un expert du tir également. Depuis son arrivée, plusieurs joueurs ont progressé dans ce domaine notamment Tony Parker. Cette progression ne peut avoir qu’un impact positif sur le passing game des Spurs. Si on regarde de près leur adresse durant les dix dernières années, 38% en moyenne à 3pts, c’est un des chiffres clés de leur réussite offensive. En clair, je suis convaincu que cette initiative est constructive et que la structuration d’un staff technique par la spécialisation est un modèle d’avenir.

Yacine-Aouadi

Ballerside : Pour progresser, est-ce une bonne chose de vouloir calquer Ray Allen, Steph Curry, et tous les autres grands shooteurs ?

Y.A : Je ne crois pas que la démarche soit constructive. Copier les meilleurs ne me parait pas être un apprentissage gagnant. D’un individu à un autre autre, la mécanique corporelle est différente pour des raisons évidentes. Nous ne possédons pas tous le même capital physique et psychologique. Cependant, les attitudes peuvent être intéressantes à décrypter. Qu'est-ce que son corps manifeste quand il attrape le ballon, quand il arme ou encore quand il tire ? Je pense que cette approche a plus de sens et permettrait de déterminer des points communs entre pas mal de grands tireurs. »