EDF : On peut perdre… mais avec fierté !

Malmenée depuis le début de la compétition, la France doit se faire violence et faire preuve d'un peu d'orgueil pour au moins se montrer compétitive.

EDF : On peut perdre… mais avec fierté !
Vincent Collet se voulait honnête à propos de l’état d’esprit de son groupe après la lourde défaite contre la Slovénie hier. Il a parlé de « joueurs abattus », et d’une « remise en question » obligatoire pour une équipe de France malmenée depuis le début de l’Eurobasket 2017. Si la qualification pour les huitièmes de finale est acquise – dans la douleur – les Bleus sont passés à côté de leur premier objectif dans cette compétition, à savoir finir à l’une des deux premières places de leur poule. Alors oui, c’est un tout nouveau tournoi qui commence avec le transfert à Istanbul et le début des matches couperets. Mais c’est justement à quelques heures d’une rencontre déjà capitale que les tricolores « doivent réapprendre à jouer au basket» selon les mots de l’intérieur Kevin Séraphin. Un ressaisissement est évidemment nécessaire. Ce besoin sautait aux yeux à chaque fois que Nando De Colo et ses partenaires ont foulé un parquet à Helsinki. Ce recentrage, il doit se faire sur plusieurs points parmi lesquels nous avons l’orgueil. L’orgueil bien placé. Et la nuance est vraiment importante dans cette situation. Car de l’orgueil, les Bleus n’en manquent pas. Le problème, c’est justement qu’il est souvent « mal placé ».

Râler, pester, pleurnicher... à quoi bon ?

Le coup de sang d’Evan Fournier contre la Slovénie est un exemple. Ce n’est pas pour enfoncer le joueur. Des gueulantes, ça arrive. Il a été expulsé – à un moment critique du match – et il va écoper d’une amende. Quand c’est fait, c’est fait. Mais cette attitude, elle n’est pas seulement propre à l’arrière du Magic hier. C’est le fait le plus frappant, parce qu’il y a eu faute technique dans la foulée. D’autres joueurs français ont aussi pris la mauvaise habitude de constamment lamenter leur peine auprès des arbitres depuis le début du tournoi. Notamment De Colo et Fournier, les deux patrons désignés de l’équipe. Des signes de frustration qui ne trompent pas. Parler aux officiels, c’est aussi essayer de défendre ses propres intérêts. Preuve que les Bleus sont concernés. Ils ne s’en foutent pas. Ils veulent gagner. Selon le même raisonnement, quand les solistes veulent jouer les héros, c’est quelque part de l’orgueil. Mal placé, encore une fois. L’individualisme et la fierté peuvent parfois flirter. Sauf que, les conséquences sont implacables : ce groupe s’écarte de ses principes collectifs à chaque fois qu’il est mis en difficulté. Et c’est exactement ce que regrette Collet. Désormais, c’est le « bon orgueil » qu’il va falloir trouver. Il est temps de comprendre – et pas seulement savoir mais vraiment intégrer – que la sélection est moins talentueuse que par le passé. Elle est moins profonde et a donc logiquement moins de marge. Ça ne veut pas dire qu’elle ne doit plus avoir d’ambition et qu’elle doit se contenter de garder la tête basse. Au contraire.

L'attitude d'une équipe prête à se faire plumer

Car à côté de tous ces sauts d’humeur constatés, il y a cette défense vraiment poreuse qui plombe chaque rencontre de la France, même celles qu’elles contrôlent (exemple avec la défaite contre la Finlande ou le retour héroïque de la Grèce, même si la fin fut heureuse). Là, nous avons le droit à une équipe qui ne contrôle absolument pas sa raquette. Entre autres. Entre les nombreux rebonds offensifs laissés à l’adversaire, les drives après avoir été battu en un-contre-un, les coupes dans le dos, l’absence d’aide, les rotations trop hasardeuses, le manque de communication… auxquels s’ajoutent aussi un repli plus qu’approximatif ou des sauts de cabris sur chaque feinte adverses. Bref, la défense est souvent mauvaise, voire indigne d’une équipe qui aspire à aller au-delà des quarts (une tâche qui s’avère déjà très compliquée avec la présence de l’Espagne dans la même partie de tableau). Encaisser panier sur panier, erreur après erreur, c’est frustrant, c’est sûr. D’où les lamentations permanentes auprès des arbitres. Mais c’est justement pour ça qu’il faut garder cette hargne et la transformer en quelque chose de nettement plus positif. Bien défendre, cela nécessite de pouvoir compter sur des stoppeurs d’élite ET sur un collectif très abouti. Vincent Collet n’a pas vraiment les joueurs pour. Axel Toupane est listé parmi les bons défenseurs mais il n’y a pas cinq, six mecs qui excellent de ce côté du parquet au sein de l’équipe. Et par exceller, nous entendons premier ou deuxième cinq défensif du tournoi. Le coach n’a pas non plus le même temps dont il dispose en club (avec Strasbourg) pour mettre en place une défense collective avec des rotations répétées tous les jours à l’entraînement pendant plusieurs mois. C’est là où l’orgueil devient primordial.

Défendre avec le cœur et avec les couilles

Cet amour-propre, cette envie de bien-faire, il doit se mettre au service de la défense et du collectif. Il doit aider à être plus dur sur l’homme. Plus attentif sur les aides. Peut-être même plus bavard. L’ironie, c’est qu’une meilleure défense aiderait sans doute la France à retrouver une attaque plus efficace. Car moins frustrée. Avec certainement quelques paniers faciles à inscrire sur jeu rapide. C’est génial de pouvoir compter sur des dragsters comme De Colo, Fournier et Thomas Heurtel mais quel est l’intérêt si les trois créateurs se retrouvent principalement obligés de faire déjouer une défense FIBA tassée dans la raquette sur jeu placé ? Voler des ballons, marquer sur contre-attaque, c’est aussi une façon de se mettre en confiance. De se mettre dans le rythme. De donner le ton. Et aussi de se souder. De créer un esprit collectif. « Collectivement, il faut que le niveau monte. J'ai un espoir pour samedi. Je pense qu'on est capables de battre l'Allemagne. Il faut que chacun comprenne que c'est individuellement qu'il doit réagir, mais au service du collectif », note Vincent Collet. A force de rabâcher sans cesse le potentiel offensif de cette première équipe post-TP, nous en avons peut-être oublié l’essentiel : les formations médaillées depuis 2011 se sont toujours reposées essentiellement sur leur défense. C’est l’une des grandes marques de fabrique de la France. C’est avec sa défense qu’elle gagne. Et il faut encore que ce soit le cas cette année. Prenons 2014, par exemple. A la Coupe du Monde, des Bleus peu attendus car diminués par les forfaits avaient arraché le Bronze. Avec bien sûr cet exploit phénoménal en quarts de finale : une humiliation infligée aux Espagnols devant leur public à Madrid. Mais ce fameux match héroïque, il s’est gagné en défense. L’histoire retient peut-être le « Thomas donne moi ton short » (on a les déclarations légendaires qu’on mérite, il faut croire…) qui a suivi un tir fantastique du meneur, mais c’est bien en cravachant sur chaque possessions que des tricolores donnés perdants avant la rencontre ont inversé la tendance. Ils ont joué CHAQUE possession. C’est comme à ce niveau. Toutes les possessions comptent. Toutes. Et là, cette équipe de France en gaspille un paquet des possessions. En étant peu attentif. En se laissant entraîner dans la frustration. Pourtant, ce groupe n’est pas moins talentueux que celui présent en Espagne. Il lui faut maintenant retrouver des valeurs. Histoire d’au moins être vraiment compétitif. Perdre, c’est autre chose. Ça arrive. Il y a des équipes tout simplement plus fortes. Mais s’il faut quitter cette compétition, autant le faire en vrais bonhommes.