Julien Deschuyteneerpar Julien Deschuyteneer    

Le meilleur meneur issu des playgrounds new-yorkais était l'un des plus grands bandits de la Grosse Pomme.

Tout au long de l’été, nous vous ferons redécouvrir (ou découvrir) des articles, interviews, portraits ou dossiers que nous avons publiés dans REVERSE depuis les débuts du magazine. Nous vous proposons aujourd’hui un retour sur l’une des plus grandes légendes du streetball, Pee Wee Kirkland, un portrait publié dans REVERSE #16.

Le meilleur meneur issu des playgrounds new-yorkais était l'un des plus grands bandits de la Grosse Pomme. Streetball, street-life, prison et rédemption : histoire d'une légende.

« Butch, c'est qui ce mec, putain ? »

Juillet 1971, Rucker Park. Peter Vecsey, journaliste et coach des Westsiders, l'équipe de Julius Erving, se demande qui est ce spectaculaire point-guard, qui s'embrouille avec Charlie Scott (ROY d'ABA cette année) et score à volonté. Butch Purcell, son assistant, lui explique :

« C'est Pee Wee Kirkland, un dealer, un super joueur, il a joué avec Bob Dandridge au collège, il a été drafté par les Bulls mais il n'est pas resté à Chicago parce qu'il se faisait plus d'argent dans la rue. Joue pas au con avec lui. »

Dealer, super joueur... Butch a l'art de l'euphémisme : à la fin des années 1960 et au début des années 1970, Richard « Pee Wee » Kirkland est l'un des meilleurs meneurs de jeu issus de la rue new-yorkaise et l'un des plus gros thugs de Big Apple. Une légende dans deux games, comme le qualifient les Clipse dans leur morceau « Grindin’ ». Car plus de trente ans après ses exploits, la double vie de Kirkland continue de fasciner les ballers et les apprentis-gangsters. Une aura qu'il utilise maintenant pour éviter aux mômes des ghettos américains de reproduire les erreurs qu'il a commises.

Talent caché

Si, en 1971, le journaliste Peter Vecsey ne connaît pas Pee Wee Kirkland, c'est que sa gloire basketballistique fut longtemps confinée à la communauté du streetball. Elle commence sur les terrains du quartier pourri de Harlem où il a grandi, « au milieu de loosers, de camés et d'alcoolos. » Il ne touche son premier ballon qu'à l'âge de 11 ans, mais son adresse naturelle est telle qu'en deux ans à peine il émerveille les foules amassées autour des playgrounds locaux. Il apprend en regardant les meilleurs streetballers de l'époque :

« Je n'ai jamais vu un joueur à qui je voulais ressembler, mais j'essayais d'apprendre des Connie Hawkins, Pablo Robertson... Je prenais des trucs dans le jeu des autres et j'essayais d'y ajouter quelque chose. »

C'est ainsi qu'il développe un crossover que les témoins de l'époque jurent qu'il a inventé :

« Ce n'est pas le cas. Oscar Robertson faisait un changement de main, je l'ai repris et y ai ajouté un peu d'éclat de la rue. »

Cet éclat et la flamboyance de son jeu font vite de lui l'un des joueurs les plus adulés du bitume new-yorkais. Mais son game ne se résume pas qu'au show et Kirkland ajoute au style flashy une vraie substance et une grosse maîtrise des fondamentaux :

« Pee Wee was for real », rappelle Nate « Tiny » Archibald, Hall of Famer et plus féroce adversaire de Kirkland sur les playgrounds. « Il était plus flashy que quiconque, mais il était aussi capable de contrôler les matches et il ne perdait jamais de vue l'essentiel dans le basketball : mettre la balle dans le panier et gagner les matches. »

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