Shaï Mamoupar Shaï Mamou    

En janvier 2015, Klay Thompson réussissait le quart-temps le plus fou de l'histoire de la NBA. Un moment-clé pour la machine de guerre que sont devenus les Warriors.

23 janvier 2015. Les Golden State Warriors caracolent en tête de la Conférence Ouest (35 victoires et 6 défaites) et l'Amérique du basket n'en a, déjà, que pour Stephen Curry. Le collectif californien est impressionnant, mais les feux d'artifice quasi quotidiens du meneur à la gueule d'ange focalisent l'attention.

A peine souligne-t-on à l'occasion qu'un autre extra-terrestre du shoot l'accompagne au sein du backcourt. Klay Thompson est adoré en interne et tout le monde au sein de l'organisation est conscient de son importance. Si tel n'avait pas été le cas, la proposition des Wolves de l'échanger contre Kevin Love aurait été acceptée dans la minute.

Pour conquérir le coeur du grand public, il manque encore à Klay une performance marquante, clinquante. De celles dont on se souvient 10 ou 20 ans plus tard, ou qui restent dans les livres d'histoire. Au moment d'accueillir les Sacramento Kings, l'une des plus faibles équipes de la Conférence, Thompson sait qu'il a cette fameuse performance dans les mains. Son adresse extérieure est déjà époustouflante et le premier trimestre de compétition lui a permis d'être dans la discussion pour une première sélection au All-Star Game.

En ce début d'année, l'ancien de Washington State va carrément rendre sa participation au gala indiscutable.

Il réinvente le concept on fire

Atteindre ou dépasser la barre des 50 points dans un match NBA vous permet déjà d'être un peu respecté. Cela dit, ça ne garantit rien. Brandon Jennings (en Chine après n'avoir rien fait de probant depuis son départ de Milwaukee) ou Terrence Ross (pas sûr d'être starter à Orlando la saison prochaine), ont inscrit 50 et 51 points chacun lors d'un match sans que cela débouche sur une carrière brillante.

Thompson a non seulement inscrit 52 points face aux Kings, mais il a redéfini, ce soir-là, la définition même de l'expression "être en feu".

Le début de ce troisième quart-temps est exclusivement à l'avantage de Sacto, qui mène au score 58-56 après un 7 -0. Klay Thompson affiche 13 points au compteur - ce qui est bien mais pas top, comme diraient Les Nuls -  et commence à sentir la nécessité de réveiller ses partenaires. Il ne va pas les réveiller, mais leur mettre une immense gifle comme à tous ceux présents sur le terrain à cet instant.

Sur le premier ballon, il décide de driver. En plein trafic, son spin move débouche sur un fadeaway pour lancer les hostilités.

Sur le second, en transition après un contre, il décide de shooter face au panier à 3 points malgré la présence de coéquipiers esseulés. Filoche.

Quelques secondes plus tard, il est décalé from downtown sur la gauche par Curry. Ben McLemore tente de le gêner. Inutile.

Le spectacle se poursuit avec un alley-oop offert par l'aîné des Splash Brothers, à nouveau en contre-attaque. Dix points, c'est déjà fort, se dit-on alors.

Klay ThompsonC'est ensuite Nik Stauskas (*"Stauskas ? Stauskas ?") qui tente de s'interposer sur une troisième bombe extérieure, cette fois légèrement sur la droite de l'arc de cercle. Bang.

A un mètre de la ligne, il surprend encore Stauskas sur la possession suivante. Zing.

Ah tiens, le malheureux Stauskas continue de prendre l'eau sans que son coach ne lui vienne en aide. Toujours à 3 points. Splash.

Une sortie d'écran un peu tranchante, du catch and shoot et vlan. Ray McCallum est trop court pour arrêter l'une des 9 (!) bombes à trois points envoyées victorieusement par Klay Thompson. Idem sur la possession suivante.

Des prises à deux, des mains dans le visage, du déséquilibre. Rien n'arrête Thompson, au-dessus duquel on croit voir un instant une petite flamme.

37 points en un quart-temps. A 13/13 au shoot, 9/9 à trois points, plus deux lancers francs réussis. Insolent, ahurissant, terrifiant. Plus sidérant que le record précédent co-détenu par George Gervin et Carmelo Anthony avec 33 unités en une période.

"Dieu est bon"

Thompson inscrira bien deux points supplémentaires en début de 4e quart-temps, mais la raison incitera Steve Kerr à lui faire regagner le banc, comme les autres cadres du groupe, une fois le match plié.

"Je n'arrive pas à croire que je détiens un record NBA. Dieu est bon et j'ai une chance incroyable d'être en bonne santé. C'était fou, je ne sais pas ce qui s'est passé. Je n'avais jamais shooté comme ça", lance-t-il au micro de CSN au sortir de la rencontre.

Klay ThompsonC'est ce match qui a fait comprendre à l'intéressé et aux observateurs que les Warriors ne l'avaient pas conservé simplement parce qu'il pouvait, à l'occasion, prendre chaud en complément de Stephen Curry. S'il n'évoluait pas avec le double MVP, Klay Thompson serait peut-être le shooteur le plus prolifique de la ligue et est déjà sur les traces des meilleurs snipers de la discipline.

Plus personne, aujourd'hui, ne se demande si le Californien rayonne grâce au système. Si le système fonctionne, c'est parce que les individualités qui le composent, Thompson notamment, évoluent à un niveau démentiel et avec une confiance "off the charts".

Cette confiance, Klay l'a acquise ce soir de janvier 2015, cinq mois avant le premier titre des Warriors depuis 48 ans. Un moment-clé de cette dynastie qui tente aujourd'hui de régner sans partage sur la NBA.

*à lire avec l'accent indien de Vivek Ranadive.