ITW Bill Russell : Natural born winner

ITW Bill Russell : Natural born winner

Bill Russell, le plus grand champion de toute l'histoire du basket, célèbre aujourd'hui ses 84 ans. Pour fêter ça, nous avons ressorti l'entretien qu'il nous avait accordé en novembre 2009.

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REVERSE : On a donc une image trop réductrice de votre jeu ? BR : Tout à fait. Je vais être égocentrique quelques instants : je pense que j’avais le jeu le plus complet qu’on ait vu en NBA. Par exemple, j’ai tout de suite été le meilleur rebondeur de la Ligue, mais j’avais d’abord appris à jouer au basket avant d’apprendre les mouvements de pivot. Sur les playgrounds, je tirais, je passais, je dribblais… Et quand j’ai rejoint les Celtics, il m’arrivait de prendre le rebond puis de mener la contre-attaque en dribblant sur toute la longueur du terrain. Je savais très bien le faire. Je l’ai fait deux fois, et puis la troisième, j’ai jeté un coup d’œil derrière moi et j’ai vu Bob Cousy qui arrivait. Lui, c’était un excellent joueur de contre-attaque, alors, à partir de ce moment-là, je lui ai donné le ballon pour qu’il puisse faire ce qu’il savait faire le mieux. Et j’ai eu cette attitude avec tous mes coéquipiers. Ce n’était pas un sacrifice, c’est ça l’esprit d’équipe. J’avais aussi bien compris que, pour être reconnu, il fallait que je me repose sur le collectif, parce qu’à l’époque un joueur noir n’aurait jamais été reconnu à sa juste valeur tout seul. Vous allez comprendre : lors de ma saison junior à l’université nous avons gagné 28 matches sur 29, ce qui n’était pas trop mal (il sourit). Et nous avons gagné le titre. Aujourd’hui encore, je détiens le record de rebonds sur une finale NCAA (27). J’ai été élu MOP du Final Four 1955 et First Team All-America. Eh bien cette année-là, ils ont choisi un autre pivot comme MVP de la saison ! J’étais fou de rage ! Mais j’ai décidé que je ne laisserai plus personne juger ma carrière. J’avais compris que si l’on gagnait tous les matches, ce que l’on pensait de moi n’aurait plus aucune importance, que le palmarès parlerait pour moi, qu’il deviendrait un fait historique. C’est pour cette raison que Red Auerbach et moi sommes des jumeaux (il rit) : en 20 ans, il n’a été élu entraîneur de l’année qu’une seule fois ! C’était l’année où il a annoncé qu’il prenait sa retraite, ce jour-là, on a réalisé qu’il n’avait jamais remporté ce trophée !
« J’AVAIS COMPRIS QU’IL FALLAIT QUE JE ME REPOSE SUR LE COLLECTIF, PARCE QU’À L’ÉPOQUE, UN JOUEUR NOIR N’AURAIT JAMAIS ÉTÉ RECONNU À SA JUSTE VALEUR TOUT SEUL. »
REVERSE : Est-ce que ça n’a pas été trop dur de devenir l’entraîneur des Celtics, dans une ville à la réputation assez raciste ? BR : En dehors des Celtics, les gens ont très mal accepté que je devienne l’entraîneur de l’équipe. Mais ça ne nous perturbait pas parce que, tout au long de ma carrière, je ne me suis jamais occupé de ce qui passait en dehors de mon équipe. Ce que les gens pensent, tout ça… On était une franchise très soudée et très ouverte, du moins sur nos différences entre nous. On a toujours fait ce qui nous semblait être le mieux. Quand je suis devenu coach, la couleur de peau n’est pas du tout entrée en ligne de compte. Si je l’avais cru, je n’aurais jamais accepté le poste. Je l’ai accepté parce que j’étais celui qui y correspondait le mieux. Et il n’y avait que deux personnes qui pouvaient le décider : Red Auerbach et moi. Quand il est parti, il m’a demandé si je voulais prendre sa place. J’ai refusé. Il m’a répliqué que jamais il n’embaucherait un entraîneur si je n’étais pas d’accord à 100% avec son choix. Je lui ai répondu : « OK. Faisons une liste de cinq personnes chacun de notre côté. Si quelqu’un est sur les deux listes, on le prend. » Il n’y avait personne sur nos deux listes ! « Qu’est-ce qu’on fait, alors ? », m’a demandé Red. « J’accepte le poste, tu me l’avais proposé en premier après tout. » J’ai été capitaine pendant 4 ou 5 ans. Et aux Celtics, c’était le capitaine qui faisait office d’assistant. Or, la dernière saison de Red, il s’est fait expulser de 22 matches, dont le All-Star Game ! J’avais donc dû le remplacer alors, j’avais un tout petit peu d’expérience. Ça n’a pas été trop difficile parce que j’ai essayé de laisser les choses telles qu’elles fonctionnaient. On avait été champions les 8 dernières années, donc ça marchait plutôt bien. Il n’y avait rien de cassé, donc je n’avais rien à réparer (il se marre). Et puis on avait réglé le problème des égos bien avant (il rigole encore). J’avais demandé à Red comment il s’en était sorti avec toutes ces stars et il m’avait dit « C’est plutôt à eux de me gérer, moi ! ». Et puis, j’avais une sorte d’autorité naturelle avec les autres joueurs à force d’être le capitaine et le plus ancien de l’équipe… A ce moment de l’interview qui se déroule dans le bureau du président de la FFBB, arrive justement Yvan Mainini avec un maillot tout frais floqué au nom de Russell, ce qui est plutôt classe et fait visiblement très plaisir à l’ancienne superstar des Celtics. « Bon, Bill, vous venez jouer avec l’équipe de France ? », demande Mainini. « On n’a pas de big guy et c’est vraiment important. » « Vous croyez que je pourrai être sélectionné ? », répond Russell avant de repartir dans un de ses grands éclats de rire. Autre moment culte. Russel, touché par les cadeaux, demande au président de rester un peu mais Mainini s’excuse, il a un déjeuner de boulot, alors Russell s’exclame « Ah, mais alors vous travaillez ici ? » et explose encore de rire, surtout que Yvan lui répond « Sometimes, sometimes… ». Le président de la fédé prend quand même un peu de temps pour expliquer à Russell que, lorsqu’il était arbitre, une petite poignée de joueurs représentaient pour lui le basket, poignée dont faisait évidemment partie Bill Russell, très touché par le compliment. Il interroge donc Mainini sur sa carrière et rigole en lui faisant cette réflexion : « Ah, donc vous étiez arbitre ? Bon… je crois que j’ai presque réussi à apprécier un ou deux arbitres dans ma carrière ! » Et il explose de rire.
REVERSE : Votre premier contact avec le basket français remonte aux JO de 1956… BR : Vous êtes sûr qu’il y avait une équipe de France à ces Jeux Olympiques ?
« EN 13 MOIS, JE FAIS PARTIE DES ÉQUIPES QUI REMPORTENT LE TITRE NCAA, LE TITRE OLYMPIQUE ET LE TITRE NBA ! POUR MOI, CES TROIS TITRES SONT TOUS AUSSI IMPORTANTS. »
REVERSE : Si, si, et elle a perdu en demi-finale contre l’URSS. BR : Ah bon ? C’est vrai que nous étions surtout concentrés sur l’URSS, pas trop sur les autres équipes… Pour moi, les JO ont été un grand moment. J’étais vraiment heureux de recevoir une médaille d’or olympique. Quand j’étais à l’école primaire, mon idole était Jesse Owens. Comme je voyais que je commençais à devenir vraiment bon au basket, je me suis dit « J’aimerais bien avoir une médaille olympique, moi aussi ». Donc j’ai eu de la chance que les Jeux Olympiques tombent la même année que ma dernière saison universitaire parce qu’à l’époque, c’est nous, les étudiants, qu’on envoyait là-bas. Et puis, cette saison-là a vraiment été magnifique pour moi : en mars 1956, mon équipe gagne un 2ème titre NCAA, puis en novembre, je remporte la médaille d’or olympique avec l’équipe américaine. Juste à la fin des JO, je rejoins les Celtics et on gagne notre premier titre NBA ! Donc, en 13 mois, je fais partie des équipes qui remportent le titre NCAA, le titre Olympique et le titre NBA ! Pour moi, ces trois titres sont tous aussi importants. Je crois que je suis toujours le seul à avoir fait ça la même saison. Pour moi, le plus important, ce n’était pas les trophées individuels. C’était de jouer un sport d’équipe, et de remporter des titres avec une équipe. Pour vous donner un exemple : dans l’histoire de la NBA, il n’y a jamais eu un joueur des Celtics qui a été meilleur marqueur de la Ligue. Et moi, je n’ai jamais été le meilleur marqueur des Celtics. J’ai joué avec beaucoup de supers joueurs, mais à la maison, je n’ai que deux photos d’équipe : celle des Celtics de mon année rookie et celle de ma dernière année. Et je suis le seul à être présent sur les deux photos… REVERSE : Et la bague que vous portez, là, c’est une bague de champion NBA ? BR : Non, ça c’est une bague spécialement faite pour moi qui m’a été offerte par David Stern. Il y a mon logo officiel, mon numéro et tous les titres, ce qui est plus facile à porter pour moi ! (il se marre). Il me l’a fait faire pour mon anniversaire il y a dix ans. REVERSE : Quand, en 1956, vous rencontrez pour la première fois des équipes d’autres pays et que vous gagniez vos matches de 40 ou 50 points, pensiez-vous qu’un jour autant de joueurs étrangers viendraient en NBA ? BR : Certainement pas ! Mais, en 1959, j’ai organisé mon premier « clinic » à… Tripoli, puis à Benghazi en Lybie. Ensuite, j’ai beaucoup voyagé. Je suis allé au Soudan, en Côte-d’Ivoire, en Ethiopie, au Nigéria, au Libéria, au Sénégal et au Maroc. Puis, en 1964, j’ai participé à d’autres clinics et à quelques matches en Pologne, Yougoslavie, Roumanie, Egypte. En Ethiopie, j’ai même discuté avec l’empereur Hailé Sélassié. Il m’a demandé pourquoi j’étais venu dans son pays. Je lui ai répondu que je voulais présenter le basket à tous les enfants du monde, pour qu’ils aient tous la possibilité d’y jouer. J’aime tellement ce jeu. Alors, depuis 5 ou 6 ans, quand je vois de plus en plus de jeunes joueurs européens arriver, pour moi, c’est un rêve devenu réalité. J’ai toujours voulu que le basket soit ouvert à tous, peu importe d’où l’on vient. Le jeu est ce qui est le plus démocratique. Si tu peux jouer, tu peux jouer. Le reste, on s’en moque ! Photos par Karen Mandau

Cet entretien de Bill Russell est extrait du numéro 24 de REVERSE

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