Il y a 40 ans, Julius Erving sortait « The Move »

Il y a 40 ans, Julius Erving sortait « The Move »

Le 11 mai 1980, Julius Erving réalisait un somptueux reverse layup que Magic Johnson, mais également toute la Grande Ligue, n'ont plus jamais eu le privilège de contempler.

Guillaume RantetPar Guillaume Rantet | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / G.O.D.

Après le coup de sifflet final au Spectrum de Philadelphie, tout le monde n'avait d'yeux que pour lui. Lui, Julius Erving, dit « Dr. J. », venait de prouver qu'il n'était pas qu'un docteur. Mais également un oiseau. Un magicien. Un acrobate. Toutes les caméras ont donc fixé l'homme qui, au milieu de ses 23 points, avait laissé bouche bée toute une salle. Après la victoire des Philadelphie Sixers aux dépens des Los Angeles Lakers dans ce Game 4 des finales (105-102), les journalistes se sont empressés d'aller voir l'auteur du chef d’œuvre. L'artiste.

Quel était donc ce numéro qu'il venait de jouer en plein milieu d'une finale ? Où l'avait-t-il appris ? Surtout, quel était son nom ? Julius Erving n'était pas aussi enthousiaste que ses interlocuteurs. « Un reverse layup », leur a-t-il répondu. Tout simplement...

En apesanteur

Il reste un peu plus de 7 minutes dans le quatrième quart-temps quand le Doc a cette somptueuse inspiration. Les Sixers mènent 89-84. L'ailier avance avec la balle. Mark Landsberger bloque le chemin qui pourrait le mener vers le panier. Mais il décide de sauter. À sa gauche, l'ancien ailier fort des Lakers, numéro 54 frappé dans le dos. En face de lui, les 2m18 de Kareem Abdul-Jabbar. Le public a peur. La casse semble irrémédiable. En l'air, le joueur des Sixers veut tout de même tenter son coup. Avec succès. Derrière le panier, il utilise toute la rotation que lui permet son bras afin de rabattre le ballon sur la planche. Bingo : il offre deux points supplémentaires à son équipe. Et au monde entier des images que personne n'oubliera jamais.

« Je ne pouvais pas en croire mes yeux. C'est encore le plus grand move que j'ai jamais vu dans un match de basket, le meilleur de tous les temps », déclare par exemple Magic Johnson à Philly.com, lui qui était alors rookie dans les rangs des Lakers.

 

Abattre quatre Hall-of-Famers

Certains parleront même de « The Move » pour qualifier cette fameuse action. Pas Julius Erving. La star des Sixers a en effet simplement évoqué un « reverse layup », puis s'est remise au travail, en espérant pouvoir prendre la main dans une série où les deux équipes étaient désormais au coude-à-coude 2-2. Après avoir inscrit 10 des 16 derniers points de son équipe, il voulait désormais la mener vers le titre. Son objectif ultime. Celui qu'il avait été à deux doigts d'atteindre lors de ses trois précédentes saisons NBA. Ses trois premières avec les Sixers, aussi. 1977 : l'ailier échoue en finale lors de sa première année dans la Grande Ligue face aux Blazers. 1978 : les Sixers échouent en finale de conférence. 1979 : idem. Les Lakers avaient beau avoir dans leurs rangs quatre futurs Hall-of-Famers (Kareem Abdul-Jabbar, Magic Johnson, Spencer Haywood et Jamaal Wilkes), Julius Erving, le seul joueur de son effectif qui suivra leur destin au sein du temple de la renommée, voulait enfin réaliser ce rêve qui avait été gâché à la dernière minute à trois reprises dans son existence.

Du côté de LA, à l'image du ressenti du public des Sixers, le move de Julius Erving a forcé le respect. Magic Johnson raconte :

« Ma bouche était grande ouverte. J'ai regardé Coop (Michael Cooper, ndlr), il m'a regardé et je lui ai dit 'Hey Coop, tu penses qu'on devrait lui demander de le refaire ?' (rires). »

Dans les tribunes, le commentateur de Philly, Brent Musberger, indique que le Doc a déjà fait preuve de tels coups d'éclats par le passé. Et effectivement, cela fait bien longtemps que Julius Erving fait le show.

 

L'homme qui a fait rêver Michael Jordan

De ses débuts en ABA avec les Virgina Squires à ses onze saisons avec Philadelphie en passant par son aventure chez les New York Nets, Julius Erving a réalisé de nombreuses actions spectaculaires. Outre des stats qui en disent long sur sa régularité au très haut niveau (l'ailier n'a tourné à moins de 20 points que lors de ses deux dernières saisons), les dunks et autres moves du joueur des Sixers sont restés dans les annales des livres d'histoire de la balle orange. Double champion et triple MVP en ABA, il a notamment inspiré Michael Jordan - qui a exprimé à maintes reprises toute son admiration envers lui - avec ce fameux dunk depuis la ligne des lancers-francs en 1976 lors du slam dunk contest d'ABA.

 

Il y eut également ce terrible dunk sur Michael Cooper, ou ceux infligés à Bill Walton lors des finales 1977. Ironie du sort : si la potion préférée du Doc était le dunk, c'est bien avec ce move tout en délicatesse qu'il a le plus profondément marqué les esprits. Problème : s'il a fortement inspiré His Airness, l'ailier des Sixers fut loin de connaître toute sa réussite. Et de goûter autant que lui les joies du succès. Notamment lors de la fin de cette finale face aux Lakers.

 

Quand Magic tue Doc

Avec 28 points au compteur, c'est bien un rookie qui a inscrit le plus grand nombre de points lors de ce Game 4 marqué par le génie de Julius Erving. Magic Johnson, 20 ans, était déjà l'une des pièces maîtresses de son effectif. Au point que lorsque Kareem Abdul-Jabbar se blesse lors du match suivant après avoir inscrit 40 points pour permettre à son équipe de reprendre l'avantage dans la série, Magic est appelé pour dépanner au poste de pivot.

Et ça marche : le rookie termine la rencontre avec 42 points, 15 rebonds, 7 assists et 3 interceptions lors de la victoire finale des Lakers. Après avoir joué comme arrière, ailier et pivot durant ce Game 6, la future star de la Grande Ligue devient le seul rookie de l'histoire à avoir été désigné MVP des finales. Les 36 points d'Erving lors du Game 5 n'auront pas suffi. Mais celui-ci n'a pas dit son dernier mot et veut prendre sa revanche sur la cité des anges. Elle aura finalement lieu trois ans plus tard. Accompagné par Moses Malone, venu prêter main forte au Doc en provenance de Houston, il oubliera la déception qu'il a connue lors des finales de 1980, mais également de 1982, toutes deux perdues face à LA. Trois ans après cet incroyable reverse layup, Julius Erving a pris sa revanche en battant les Lakers en finale (4-0). Enfin.

 

Julius Erving parmi les meilleurs layups de l'histoire ?

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