Le jour où Allen Iverson a établi le record d’interceptions en playoffs

Dix interceptions dans un match de playoffs : le 13 mai 1999, Allen Iverson annonçait la couleur en réalisant un match plein et un record qui tient depuis. L'histoire du MVP 2001 était en marche.

Guillaume RantetPar Guillaume Rantet | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / G.O.D.
Tresses sur la tête, diamants sur les oreilles, Allen Iverson remonte le terrain. Après avoir intercepté un énième ballon, puis être monté au dunk. Les fans des Philadelphie Sixers l'acclament. Une énième fois. Dans les gradins, sa mère, ivre de joie, arbore son numéro 3 sur une pancarte. L'arbitre siffle. Temps mort. A. I. peut savourer sa joie. Il vient d'entrer dans l'histoire de la Grande Ligue. Et il le sait. Alors lève les bras au ciel. Met sa main vers son oreille. Et harangue la foule. Laquelle célèbre son nouvel héros. Ce 13 mai 1999, les fans de Philly comme les commentateurs de ce match de premier tour de playoffs face au Orlando Magic se sont régalés en admirant Allen Iverson à l’œuvre. Tout le monde, en vérité, est resté bouché bée en regardant l'arrière bondir partout et tout le temps. Tout le monde, exceptés les joueurs floridiens et leurs fans. Parmi eux, Penny Hardaway. L'arrière du Magic a alors déjà six saisons au compteur. Dont une finale disputée, et perdue, face aux Rockets (1995). Ce qui est loin d'être le cas de son rival du soir. Allen Iverson, lui, n'en est qu'à son troisième exercice en NBA. Trois saisons durant lesquelles il a marqué les esprits. S'il n'est pas encore All-Star, il a remporté le titre de rookie de l'année, et, mieux, a terminé la saison régulière comme meilleur scoreur (27 points de moyenne). Vous l'aurez compris : lorsqu'il entre dans ces playoffs, A. I. a bien plus qu'un statut de jeune pousse prometteur de la Ligue. Il prétend fortement à devenir l'un de ses cadors. Penny Hardaway est averti. Cela ne lui suffira pas pour l'arrêter.

L'art du vol

Lors de ce Game 3 de premier tour de playoffs, le Magic s'est trouvé confronté à ce chien qui enrage à la vue d'un visage qu'il ne connaît pas, et qu'il ne laissera rentrer qu'avec l'assentiment de son maître. Quand les Floridiens croyaient que les deux points étaient acquis, ils se faisaient surprendre. Quand ils estimaient pouvoir faire tourner la balle entre eux, croyaient que leurs passes étaient parfaites, ils voyaient Iverson surgir de nulle part. Quand ils se rendaient coupables d'une légère (et bien sûr d'une grosse) approximation, il en profitait. Une science du placement déjà aiguisée. Une très bonne lecture du jeu de son adversaire. Une vitesse et une explosivité qui laissaient présager le futur MVP 2001. Surtout, une soif inébranlable de victoire. La hantise de l'abandon. L'envie de ne rien lâcher. Jamais. Et d'harceler son adversaire jusqu'à ce qu'il craque. Ce soir-là, le match d'Allen Iverson avait tous les ingrédients qui lui ont permis d'écrire l'histoire. Les chiffres sont donc montés. Une interception, deux interceptions, trois interceptions... Finalement, il en réalisera dix. Soit deux de plus que le record précédemment codétenu par Rick Barry, Lionel Hollins, Tim Hardaway, Craig Hodges, Mookie Blaylock et Mo Cheeks. Alors certes, le Magic avait un peu la tête dans les chaussettes ce soir-là. Orlando a perdu 20 ballons lors de la première période, et Darrell Armstrong a connu bien des difficultés. Auteur de 25 pertes de balle sur la série, le meneur a également perdu neuf ballons lors de ce Game 3. Mais Iverson n'a pas uniquement profité des moments d'absence de son adversaire : il les a provoqués. Avec un pressing constant, une attention et une énergie débordantes, il a dégoûté le Magic. En sautant pour dénicher des ballons que certains de ses adversaires, plus grands que lui, auraient pu récupérer simplement en levant les bras. Ou en se positionnant parfaitement pour couper la trajectoire des passes de ses opposants. Ce soir-là, « The Answer » a trouvé la réponse à tous les faits et gestes du Magic. https://www.youtube.com/watch?v=WSgbrT7OIDM

Un parfum de Michael Jordan

Résultat : six interceptions à la mi-temps, puis ce fabuleux record, mais également 33 points pour donner la victoire aux siens (97-85). La suite de la série ? Darrell Armstrong se ressaisit. Il inscrit 18 points, distribue 8 passes et perd « seulement » quatre ballons dans le Game 4, rapporte Ball is Life. Sauf qu'Allen Iverson renchérit avec 37 points. C'est le sweep. La suite des playoffs pour Philly ? Une élimination face aux Pacers au tour suivant. Un sweep, également. Allen Iverson aimait tellement le Magic qu'il a réalisé son record en carrière face à la franchise floridienne en 2005, inscrivant 60 points à sa victime préférée. Six ans plus tôt, lors de ce Game 3, Allen Iverson a fait l'étalage de son talent. Au scoring, en continuant sur le rythme qui fut le sien lors de la saison régulière. Au rebond, en entrant dans le livre des records de la Ligue. Un match qui faisait office de prédiction. En effet, la star des Sixers a tutoyé les sommets de la NBA dans ces deux registres lors des années suivantes. En 2001, en 2002 et en 2003, il termine meilleur intercepteur (avec respectivement 2,5, 2,8 et 2,7 steals par match). À ce jour, aucun autre joueur n'a été ainsi désigné meilleur intercepteur trois années consécutives. En parallèle, il a terminé à quatre reprises la saison régulière avec le statut de meilleur scoreur : en 1999, avec 27 point, puis en 2001, et 2005, avec, chaque année, la somme astronomique de 31 points. À ce jour, c'est également le seul joueur avec Michael Jordan à avoir terminé la saison régulière avec à la fois le titre de meilleur scoreur et de meilleur intercepteur. His Airness a réalisé une telle performance trois fois. Lui deux fois. Chez cet incroyable arrière d'1,83 m pour 75 kilos, le steal était un crime non-répréhensible. https://www.youtube.com/watch?v=eQyK6RjcemA
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