[Débrief] Angelo Tsagarakis : « La suprématie de Team USA n’est pas près de changer »

Team USA a encore une fois conforté sa place au sommet de la hiérarchie du basket mondial. Pour Angelo Tsagarakis, l'équipe US reste pourtant jouable "mais"....

Théophile HaumesserPar Théophile Haumesser  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Analyse
[Débrief] Angelo Tsagarakis : « La suprématie de Team USA n’est pas près de changer »
Durant tout les Jeux Olympiques, Angelo Tsagarakis a décrypté et analysé pour nous le tournoi de basket et le parcours des équipes de France. Quelques jours après le nouveau sacre de Team USA, retour à froid sur une compétition très riche. REVERSE : Qu'est-ce que tu as pensé du niveau global de ces Jeux Olympiques ? Angelo Tsagarakis : Je l'ai trouvé très bon. On voit quand même que la Chine est un gros ton en dessous. Il y a eu un moment où on aurait pu penser qu'elle était en grosse progression et qu'elle évoluait dans le bon sens, mais au final il y a une réelle stagnation du niveau chinois. Qu'ils ne puissent pas rivaliser avec les très grosses cylindrées, pourquoi pas, mais on a vu par exemple que le Nigéria a posé beaucoup de problèmes à l'Espagne, qui commençait à bien tourner, qu'ils ont failli taper la Lituanie... Il y avait du répondant. Le Venezuela s'est peut-être fait démonter en bonne et due forme par les States et par la France, mais au-delà de ça, ça restait correct. Alors que la Chine s'est quand même bien fait dépecer. (Rires) Mais globalement, quand on voit le groupe de la mort dans lequel était l'Espagne, il y avait cinq équipes qui pouvaient légitimement prétendre aux quarts de finale et il n'y avait pas d'injustice si l'une de ces cinq-là ne se qualifiait pas. C'est rare de voir ça. Habituellement, les quatre premières places sont assez claires, là ce n'était pas le cas. Dans l'absolu, le groupe de la France était aussi très costaud, surtout quand on voit le niveau de jeu qu'a proposé l'Australie. Après, il y avait Serbie, France et Team USA. C'était très, très solide. REVERSE : Quelle a été ta plus grosse surprise des Jeux ? [superquote pos="d"]"On n'imaginait pas que l'Australie allait casser la gueule de tout le monde comme elle l'a fait"[/superquote]AT : On imaginait l'Australie être compétitive, mais on n'imaginait pas qu'elle allait casser la gueule de tout le monde comme elle l'a fait. Je m'attendais à ce que la Croatie soit un peu le trouble-fête et c'est ce qui s'est passé dans le Groupe B, mais que l'Australie domine autant ? Ils ont mis trente points à tout le monde, ils ont fait jeu égal avec Team USA, ils n'ont fait aucun faux pas, ils terminent deuxième de leur poule... C'était vraiment impressionnant dans la maîtrise et dans la cohérence. Après, on ne peut pas dire que le réveil de l'Espagne soit une surprise en soi. C'était plus qu'ils étaient partis sur une contreperformance en début de tournoi parce qu'ils avaient un groupe particulièrement compliqué à manœuvrer. Mais le réveil et la qualité de jeu de l'Espagne sur la fin ne sont pas surprenants, au vu de l'effectif et du niveau qu'on leur connaît. La Croatie a fait un beau parcours, mais j'avais annoncé qu'ils allaient être très bons dans la foulée du TQO, donc rien d’étonnant par rapport à ça. Ce qui est surprenant en revanche, c'est peut-être que le Brésil n'ait pas trouvé le moyen de se qualifier en choppant la quatrième place, au détriment de la Lituanie. REVERSE : Et quelle a été ta plus grosse déception ? AT : Égoïstement, j'étais déçu que le Nigéria n'arrive pas à chopper une victoire parce qu'il y avait mon grand ami Josh Akognon, qui a été excellent tout au long du tournoi et qui a fait de très belles choses avec un temps de jeu toujours limité. Sinon, comme nous tous et comme on a pu en discuter auparavant, le visage montré par les Bleus contre l'Espagne. Et le fait que la Grèce ne se soit pas qualifiée. (Rires) REVERSE : On avait pu dire que cette Team USA était peut-être celle qui avait montré le moins de choses dans le jeu depuis bien longtemps, mais au final il n'y a pas eu photo, notamment sur la deuxième phase. Ils sont toujours injouables selon toi ? [superquote pos="g"]"Team USA est toujours son propre pire ennemi"[/superquote]AT : Injouables, non. La preuve en est que trois matches d'affilée ça ne s'est pas joué à grand-chose, mais Team USA est toujours son propre pire ennemi. Au meilleur de leur forme, les Américains sont injouables. Ils ont toujours cette suprématie absolue sur le basket mondial et ce n'est pas près de changer. Il y a plusieurs raisons à ça : leur culture de la gagne et la fierté que représente leur domination mondiale à leur yeux. Ça fait partie intégrante de ce que représente le rêve américain pour le reste du monde. Intrinsèquement, ils ont un réservoir de talent qui est tel... Imaginons quand même que LeBron n'était pas là, pareil pour Anthony Davis, Westbrook... Ils n'avaient même pas leur meilleure équipe possible. Quand tu vois qu'ils avaient Harrison Barnes et Kyle Lowry, il y a quand même une bonne dizaine voire une bonne vingtaine de joueurs qui sont meilleurs que ces mecs-là. C'est là qu'on se rend compte de la réelle profondeur et de la marge de manœuvre de Team USA. Mais ça reste du basket et aussi dominants que soient les Etats-Unis, ils sont tout à fait jouables sur un match ou même une compétition. S'ils s'en sont tirés, c'est parce que Melo met 31 points contre l'Australie, que Klay Thompson sort un gros match quand il faut, que Kevin Durant sort de sa bulle au meilleur des moments. Ils ont ces joueurs qui peuvent à eux tout seuls changer totalement la donne et c'est quasi impossible de défendre sur tous. Ok, tu arrives à arrêter Melo, mais tu ne vas pas arrêter Melo et Kevin Durant. En admettant que tu arrives à les stopper tous les deux, il faut en plus que tu arrêtes Klay Thompson. C'est là où ça devient très compliqué... En 2004 et en 2006, ils avaient quand même une sacrée équipe, mais l'Argentine et la Grèce ont réussi à les battre alors qu'au niveau du talent pur ils avaient ce qu'il fallait pour s'imposer. Je pense même que Team USA de 2004 avait au moins autant de talent que l'équipe de 2016, en sachant que le basket mondial est meilleur aujourd'hui qu'il ne l'était à l'époque. Donc Team USA est jouable, mais il faut avoir le bon game plan.
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