ArseKnicks : quelques gouttes suffisent

Théophile HaumesserPar Théophile Haumesser Publié

En tradant Kristaps Porzingis, les New York Knicks ont encore une fois prouvé qu'ils étaient leur propre pire ennemi.

On dirait que c’était hier encore. Pendant un court instant dans leur désastreuse histoire récente, les New York Knicks refaisaient parler d’eux… pour de bonnes raisons ! Les locaux commençaient tout juste à reprendre espoir en l’avenir et goût au basket. Un seul nom était alors sur toutes les lèvres. Kristaps Porzingis, le Porzingod, la « licorne ». Celui-là même qu’ils avaient hué lors de la draft 2015, plus par réflexe que par antagonisme réel, habitués qu’ils étaient à ce que leurs dirigeants se plantent lamentablement, avant de se rendre compte de la pépite sur laquelle ils venaient de mettre la main. Oui mais tout ça, c’est fini et pour de bon.

En tradant Kristaps Porzingis hier à la stupeur générale et en l’envoyant rejoindre les Dallas Mavericks, les Knicks ont une fois encore réussi à démontrer que toucher le fond ne garantit pas de ne plus pouvoir tomber plus bas quand on dispose d’une pelle, d’une pioche et de la motivation nécessaire pour se mettre à creuser. Depuis 1985 et la sélection de Patrick Ewing, les New-Yorkais avaient dû attendre trois décennies avant de drafter à nouveau un authentique franchise player. Il leur aura fallu moins de trois saisons pour foutre tout ça en l’air et repartir de zéro. Une tragédie, un désastre, une honte.

Peu importe le talent de Dennis Smith Jr ou la solidité de DeAndre Jordan et Wesley Mathews, quand on dispose d’un joueur aussi talentueux et jeune que Porzingis, on ne peut pas se permettre de le laisser partir, encore moins quand il est encore sous son contrat rookie ! A moins que le staff médical des Knicks ne sache quelque chose sur l’évolution de sa blessure que celui des Mavs n’a pas encore détecté, ce trade pourrait rester comme l’un des pires de l’histoire de la franchise. Ce qui n’est pas peu dire quand on connaît les performances du club dans ce domaine…

L’état de santé réel de KP est effectivement un vrai point d’interrogation et on ne pourra pas y apporter de réponse avant, au plus tôt, la saison prochaine, voire celle d’après puisqu’il faut souvent au moins une saison aux joueurs avant de retrouver totalement leur rythme après une si longue absence. Mais à vingt-trois ans et ce malgré son historique de pépins, on peut raisonnablement espérer qu’il recouvre l’essentiel de ses moyens physiques et qu’il continue sur sa lancée. Si c’est bien le cas, les Dallas Mavericks pourraient devenir des contenders à l’Ouest pendant au moins dix ans en surfant sur leur fantastique duo Luka Doncic/Kristaps Porzingis et la tête de Scotty Perry pourrait être mise à prix dans les rues de NYC.

Pour justifier leur choix, les Knicks avancent que Porzingis venait de demander un trade et qu’ils étaient sûrs de le perdre une fois qu’il serait free-agent.

Au lieu d’être une excuse, voici en réalité un facteur à charge et une nouvelle preuve de leur incompétence crasse. Quand on dispose d’un tel joyau, d’un joueur aussi rare, c’est de la responsabilité de la franchise de tout mettre en œuvre pour le convaincre de rester ! Dans un épisode de l’excellente série « 30 Rock », Alec Baldwin alias Jack Donaghy expliquait à Tina Fey qu’elle ne pouvait pas se comporter avec la star de l’émission de télé dont elle est responsable comme avec le reste de ses employés.

« Lui, ce n’est pas ton employé, c’est ton produit », lui explique-t-il.

« Et ta responsabilité, c’est de faire tout ce qu’il faut pour qu’il soit heureux. »

Les San Antonio Spurs ont eu un seul lottery pick en trente ans et ils s’en sont servis pour bâtir une dynastie. Quand on a une chance pareille (et on peut bien parler de chance dans ce cas précis tellement Phil Jackson avait l’air peu emballé quand il a drafté Kristaps Porzingis), on ne peut tout simplement pas se permettre de la laisser passer sans au moins avoir tout mis en œuvre pour que les choses puissent marcher.

Certes, les Knicks ont récupéré un joueur plein de talent en DSJ, mais s’ils croyaient autant en son potentiel, ils auraient pu se contenter de le drafter eux-mêmes (n'est-ce pas Michael Rapaport ?). Certes également, ils auront énormément d’argent à proposer à des free-agents l’été prochain. Mais quel free agent d’impact serait assez fou pour signer dans cette franchise et mettre son destin entre les mains de James Dolan et de sa garde rapprochée, le tout dans une ville qui met une telle pression sur ses athlètes ? Ces vingt dernières années, aucun club n’a été moins bien géré que celui-ci… même en comptant les Kings et les Clippers.

C'est vrai que Kristaps Porzingis pourra devenir free-agent d'ici peu s'il le désire, mais il y a à parier que les Dallas Mavericks arriveront à le convaincre de rester. En plus des millions qu'ils pourront lui proposer et de l'opportunité qu'il aura d'évoluer aux côtés de Luka Doncic, la perspective de jouer pour une franchise aussi bien orchestrée (ce qu'ils ont fait aux Hawks et aux Knicks est proprement indécent) et coachée que celle-ci et qui prend aussi bien soin de ses stars devrait facilement le faire tomber amoureux du Texas.

Si New York débute la saison prochaine avec Kevin Durant, Zion Williamson et Kyrie Irving dans son roster, je serai le premier à me lever pour les applaudir des deux mains. D’ici là, je vais surveiller les prix des vols Paris-Dallas...