La reconstruction des Hawks avance vite et bien

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Bien que douzièmes de la Conférence Est, les Atlanta Hawks semblent promis à un très bel avenir grâce à un projet intéressant et bien défini.

Si vous n’avez pas vraiment remarqué les Atlanta Hawks, personne ne vous en voudra. Déjà parce que la franchise peine à intéresser du monde – et ce même à l’époque où Al Horford, Paul Millsap, Jeff Teague et Kyle Korver s’invitaient tous les quatre au All-Star Game. L’autre raison, c’est tout simplement parce que la franchise ne vit pas à la même époque que nous. Elle est déjà en avance, loin devant, malgré le fait qu’elle soit loin derrière au classement. Pour preuve, elle est l’une des organisations à avoir déjà fait installer une ligne à quatre-points dans leur salle d’entraînement.

Les dirigeants ont une vision futuriste de la ligue et de leur équipe. Des Golden State Warriors 2.0 – le GM, Travis Schlenk, est arrivé en provenance des Dubs. Des Phoenix Suns 3.0. C’est d’ailleurs sans doute aussi pour ça que les faucons n’ont pas pris Luka Doncic. Ils ont regardé à l’horizon, au-delà du talent du Slovène (qu’ils avaient quand même probablement sous-estimé). Ils voulaient un meneur à la Stephen Curry – modèle des Warriors oblige – et ce gars-là, c’était Trae Young. La comparaison est absolument injuste et l’ancienne gâchette universitaire ne deviendra a priori jamais un double-MVP en NBA.

Mais il a le profil de demain. Avec une adresse qui s’étend bien au-delà de la ligne à trois-points. En plus de dénicher le joueur qui collait à leur philosophie, les Hawks ont récupéré le choix de draft des Dallas Mavericks (top 5 protégé) pour 2019. Et, en bons futuristes, ils avaient probablement anticipé une belle progression de la franchise texane, suffisamment forte pour s’écarter des bas-fonds du classement mais pas encore prête à jouer les playoffs. Un excellent pick complémentaire.

Sacrifier Doncic, troisième choix qui a donc été échangé avec Dallas, restera un pari risqué à jamais. Il est tout à fait possible qu’absolument aucun des jeunes talents d’Atlanta – actuellement présents dans l’effectif ou prochainement draftés – n’atteigne un jour le même niveau que celui promis au prodige européen. Mais le noyau dur qui se forme en Géorgie reste vraiment intéressant.

Et ça commence donc avec Young et John Collins. Les deux font la paire. Leur duo a d’ailleurs fait tomber le Oklahoma City Thunder cette nuit. Avec la manière en plus (142-126). Avec 26 points pour Collins et 24, en plus de ses 11 passes décisives, pour Young. Ils forment le tandem idéal sur pick-and-roll. Un remix futuriste de Steve Nash et Amar’e Stoudemire. Riez, mais on vous jure que le rapprochement est crédible. Collins est un ailier-fort bondissant, ultra athlétique, qui développe en plus un certain touché à quatre ou cinq mètres. Il ne défend pas autant que ce qu’on l’aimerait (vous avez dit Stoudemire ?) mais il est déjà à 19 points et 10 rebonds de moyenne pour sa saison sophomore, à 21 ans. Le chopper en dix-neuvième position constituait l’un des plus beaux steals de la draft 2017.

Pour le faire briller, il y a Trae Young. Collins pose les écrans, roule fort vers le cercle et dunke comme un marteau. Mais à la baguette, c’est le maestro. Oser le comparer à Nash, un autre double-MVP, paraît tout aussi fou que de l’opposer à Curry. N’empêche qu’au niveau du jeu, ça se rapproche un peu plus. Parce que Young a une vision absolument incroyable sur le parquet. Incroyable pour un gars de 20 ans. Incroyable tout court. Il a des limites physiques (vous avez dit Nash ?) mais il trouve toujours un moyen de faire briller ses coéquipiers. Il tourne à 16 pts, 39% aux tirs et 7 passes. Vous pouvez aller vérifier mais ce sont exactement – exactement – les statistiques que nous avions annoncé pour lui avant le coup d’envoi de la saison.

La ligne à quatre-points des Atlanta Hawks, c’est pour eux qu’elle existe. Bon, d’abord pour Young, qui a clairement la capacité à dégainer à plus de neuf mètres du cercle. Mais elle ne sert pas qu’à shooter. C’est un repère visuel pour étirer le jeu au maximum. Le but, pour le staff, c’est que le jeune meneur démarre ses actions avec Collins très, très loin du cercle. Avec donc énormément d’espaces à couvrir pour la défense. C’est là que les qualités de passeur de Young et le mix de vitesse et puissance de Collins font la différence.

Ces deux jeunes talents prometteurs sont vraiment intrigants mais ils sont aussi déjà bien entourés. Pas des joueurs de leur âge avec des rôles bien définis, qui complètent bien le tandem. On pense à Taurean Prince, 24 ans, qui est le « 3 and D » idéal. Un joueur costaud, athlétique, capable de switcher sur des écrans. Il ne sera probablement jamais une star NBA parce qu’il a du mal à se créer son propre tir mais c’est le liant parfait au sein d’un cinq majeur. Un Robert Covington, un Marcus Morris. 14,3 points, 37% à trois-points et 4 rebonds de moyenne, sachant qu’il a été gêné par des blessures, au cours de sa troisième saison NBA.

Il faut aussi citer Kevin Huerter. Le rookie était comparé à Klay Thompson et on comprend pourquoi. Les Hawks ont voulu reproduire les « Splash Brothers » en le draftant la même année que Young. Une blessure à la main a perturbé ses débuts en NBA. Mais maintenant qu’il a pris place dans le cinq, l’arrière ne cesse de monter en puissance. 17 pts cette nuit contre le Thunder, à 6 sur 10 aux tirs et 5 sur 8 à trois-points. 11,2 pts à 39% à trois-points depuis qu’il est titulaire (26 matches). Et lui aussi n’a que 20 ans. Il va progresser dans un registre recherché : celui de l’attaquant capable d’évoluer sans le ballon, de tirer de loin et d’assumer un rôle de troisième playmaker.

Il manque donc le deuxième créateur – ou premier, selon la chance qu’auront les Hawks à la loterie. Mais sachez déjà que cette base est déjà séduisante. Et le plus excitant reste à venir. Vous avez donc ce casting. Imaginez maintenant que vous y ajoutez un Zion Williamson ou un R.J. Barrett. Les deux phénomènes de la cuvée 2019. Deux futurs All-Stars en puissance et un potentiel « game changer » avec Zion (n’oubliez pas que par « potentiel » cela signifie que ce n’est pas une garantie, que c’est le scénario idéal). Si Atlanta parvient à toucher le jackpot avec l’un des deux premiers choix, la franchise tiendra alors sa superstar.

Et même s’ils piochent plus bas, ce n’est pas grave. Les Hawks sont déjà à 14 victoires cette saison. Ils sont aussi proches de la neuvième place (Orlando, 19 victoires) que de la dernière (Cleveland, 9 succès). Leurs jeunes sont déjà bons et il sera donc difficile de s’inviter sur le podium de la draft. Mais il y a d’autres bons prospects à sélectionner au-delà des deux monstres de Duke. Des Cameron Reddish, Nassir Little, Romeo Langford ou Bol Bol peuvent tous s’intégrer au sein du projet. Ils ont des caractéristiques différentes. Mais c’est justement ça la force des Hawks : leur groupe actuel est polyvalent et ils peuvent donc ajouter n’importe quel talent ou presque sans casser l’équilibre qui se met en place.

Et c’est sans oublier le fait qu’ils auront sans doute le choix des Mavericks. Kent Bazemore est un asset à transférer. Jeremy Lin aussi. DeAndre Bembry (16 pts cette nuit) et Omari Spellman (10) sont deux autres jeunes que nous n’avons pas évoqués mais qui ont le profil pour devenir de parfaits joueurs de devoir. L’un est un ailier-intérieur complet et lui aussi versatile. Le deuxième est un pivot capable d’étirer le jeu avec son adresse extérieure. Encore une fois deux basketteurs qui collent avec leur temps et, surtout, qui seront peut-être encore plus intéressants dans le futur.

L’avenir des Atlanta Hawks sera brillant. Il le sera évidemment d’autant plus s’ils peuvent chopper Zion ou Barrett. C’est peut-être ce qui fera la différence entre dix ans à jouer les trouble-fêtes à l’Est et dix ans à jouer le titre.