Boris Diaw, merci l’artiste

Boris Diaw, merci l’artiste

En signant avec Levallois, 'Babac', 35 piges, a peut-être fait une croix sur la NBA. Mais nous n'oublierons pas son parcours atypique et incroyable.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié

S’il l’avait voulu, Boris Diaw serait devenu le LeBron James français. Dite comme ça, l’expression ne parle peut-être pas à tout le monde. Sans doute pas aux plus jeunes d’entre-nous, qui ont surtout connu ses 6 points, 4 rebonds et 4 passes par match par-ci, 8 points, 3 rebonds et 5 passes par-là. Oser mettre « Babac » et le King dans la même phrase, cela peut sembler incompréhensible pour tous ceux qui ne jurent que par les accomplissements individuels. Mais ça, justement, ce n’est pas Boris. Absolument pas.

S’il l’avait voulu, Diaw serait devenu le meilleur ailier européen de tous les temps. Parce que des joueurs de sa trempe, il n’y en a vraiment pas eu beaucoup. Vitesse, agilité, QI basket, vision du jeu… et un potentiel athlétique monstrueux. Ça, pareil, cela peut en surprendre plus d’un. Mais ceux qui l’ont suivi depuis ses premiers pas avec Pau-Orthez se souviennent d’un trampoline humain vainqueur du concours de dunks de la Pro A en 2001. Ses riders, ses 360 ou encore son tomar monstrueux sur Dirk Nowitzki.

Et encore, déjà à l’époque, il avait pris du poids pour tenir le choc avec les intérieurs adverses. Parce que le Diaw longiligne, celui qui jouait meneur de jeu (histoire vraie) pour les Atlanta Hawks lors de sa saison rookie, il se pointait en claquettes à un workout pré-draft. Capuccino à la main, s’il-vous-plait. Celui qui enlevait tranquillement ses sandalettes pour effectuer les mêmes mesures ahurissantes qu’Amar’e Stoudemire en détente verticale. Le tout avant de reprendre son café et de balancer devant un David Griffin, complètement bluffé, « ce n’était pas si difficile. »

Ce Boris Diaw avait le potentiel physique et intellectuel pour devenir un tueur en NBA. Et des fois, il n’en était pas loin. S’il y a des supporteurs des Phoenix Suns qui ont poussé aux quatre coins de l’hexagone et de l’Arizona, c’est aussi grâce à lui. A 23 piges, il était élu MIP (Most Improved Player) en claquant 13-7-6 tout en étant le joueur le plus important d’une formation portée par Steve Nash et candidate au titre. Un Draymond Green avant l’heure, la vista en plus. Sa classe personnelle en plus, aussi. Statistiquement parlant, le 20-8-8 par game n’était vraiment pas loin.

Le statut d’All-Star aussi. Mais ça encore, ce n’est pas Boris. Ce qui peut sembler complètement absurde pour des Américains bercés dans une culture où l’ego prime. En décalage absolu avec l’état d’esprit qui règne dans bon nombre de franchise NBA. Paul Silas, son ancien coach aux Charlotte Bobcats, était dépassé. Pensant motiver un « Babac » déprimé de jouer au sein d’une équipe aussi individualiste, l’entraîneur lui a demandé si le Frenchie voulait devenir un All-Star. « Non, pas vraiment »,  lui avait alors répondu l’intéressé. Ça, c’est Boris. C’est tellement lui.

A quoi chercher à tout prix la simple reconnaissance individuelle ? A quoi bon se pourrir pour un simple statut ? Un titre honorifique ? Pour lui, ce n’était pas seulement la NBA. La vie ne tournait pas et ne tournera jamais qu’autour du basket. Boris Diaw, c’est une expérience de vie. Un style bien particulier. Celui d’un homme qui fait des safaris pendant l’intersaison. Qui écrit un livre pour enfant avec des photos d'hippopotames. Qui produit des courts métrages et des films. Signe son contrat lors d’une croisière en voilier. Trimbale sa machine à café dans son vestiaire. Un homme qui aime le bon vin. La bonne bouffe. Au point de, soyons honnêtes, parfois prendre dix kilos entre deux saisons.

Son (sur)poids l’a mené hors de Charlotte. Direction San Antonio et les Spurs, la franchise parfaite pour mettre en avant son profil unique et donc souvent incompris. Avec Gregg Popovich, il a pu parler bouteille, sans doute, mais il a surtout mis en avant son goût pour le basket altruiste. Ou l’autre, c’est soi, et inversement. Où le collectif prend le dessus sur l’individu. Ce que Boris, lui, avait compris depuis le début. Ses passes fantastiques ont illuminé la performance somptueuse des éperons lors du titre conquis en 2014. Le seul sacre de sa carrière en NBA, en imaginant qu’il n’ait donc pas d’autres occasions de fouler les parquets de la grande ligue.

Mais il a au moins fini bagué, ce qui n’est pas le cas de bon nombre d’All-Stars qui compilent les distinctions individuelles sans jamais parvenir à atteindre le Graal. Avant de retomber dans l’anonymat. Boris, c’est une histoire de copains. Les Manu, les Patty, les Tiago. Et bien sûr Tony. C’est l’histoire d’un joueur parfois frustrant, car pas aussi fort que ce qu’il aurait pu l’être. Mais c’est avant tout l’histoire d’un homme attachant. Intéressant. Inspirant. Et c'est beaucoup plus important que tout le reste. Allez, merci pour tout l’artiste.

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