Alors, ça a donné quoi le « Super Death Lineup » des Warriors ?

Analyse du joujou préféré de Steve Kerr : son cinq de la mort renforcé par Kevin Durant cette saison.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Analyse
Alors, ça a donné quoi le « Super Death Lineup » des Warriors ?
Jusqu’à l’émergence de Kevin Garnett à la fin des 90’s, la grande majorité des équipes NBA jouaient avec deux intérieurs lourds, grands et costauds capables de tenir la raquette et de poster d’autres brutes sous le cercle. KG savait faire tout ça. Mais il a amené un petit (grand) plus. Il créait du jeu, il distribuait depuis le poste haut, faisait face à ses adversaires, les attirait loin du panier, les débordait en dribbles grâce à sa vitesse ou leur shootait sur la tronche. Il est devenu une mode. Dirk Nowitzki s’inscrivait dans le même moule à la différence près qu’il tirait – et tire toujours – d’encore plus loin. Derrière l’arc, ficelle. Il est devenu une mode. Il a été demandé aux intérieurs de gagner en polyvalence. Il ne pouvait plus se contenter d’être des masses à peine amovibles sur le parquet. Les dirigeants NBA voulaient des grands, certes, mais des grands capables de prendre feu derrière l’arc afin d’espacer un peu un jeu embouteillé à mi-distance. Hello, Andrea Bargnani. Fascinés par le « tout pour l’attaque », Mike D’Antoni et Don Nelson sont allés encore plus loin en alignant des traditionnels « trois » au poste « quatre » (Shawn Marion). Mais aucune de leur équipe n’a décroché le Graal malgré quelques superbes runs, notamment des Phoenix Suns. Défendre dur est une condition sine qua non pour remporter un titre NBA et le small ball, nom donné à cette philosophie, était encore perçu comme un système pas assez fiable pour s’imposer comme la norme dans le championnat le plus relevé du monde.

Les Warriors ont mis la ligue à leurs pieds avec la Death Lineup

[superquote pos="d"]Les Warriors ont défini les nouveaux codes NBA avec leur small ball[/superquote]Les Golden State Warriors n’ont rien inventé. Ils ont révolutionné des principes déjà existants en mettant la main sur un spécimen unique comme Draymond Green. Un phénomène athlétique capable de courir aussi vite que les arrières, de distribuer le jeu comme un meneur, de shooter comme un ailier et de tenir le choc contre les pivots les plus puissants. Une anomalie. En le glissant dans leur cinq majeur, les Californiens ont pris des « années lumières d’avance », ont remporté un titre, ont battu le record historique des Chicago Bulls en gagnant 73 matches la saison suivante avant de gaspiller une avance de trois manches à une lors des dernières finales NBA. [caption id="attachment_267489" align="alignleft" width="318"] Draymond Green, un joueur qui court comme un arrière, crée le jeu comme un meneur, shoote comme un ailier et tient le choc avec les pivots.[/caption] Surtout, ils ont popularisé le small ball et même le super small ball en effaçant les positions et en redéfinissant ce qui fait un champion NBA (alors, une équipe qui shoote ne peut pas gagner ?). Bref, ils ont dicté des nouveaux codes désormais suivis par une majorité de leurs adversaires. Et ils l’ont fait avec un groupe, surnommé la « Death Lineup », qui a tout écrasé sur son passage au cours des deux dernières saisons. La « Death Lineup 1.0 » était composé de Stephen Curry, Klay Thompson, Harrison Barnes, Andre Iguodala et Green. Aucun groupe n’a torché la ligue comme ces cinq joueurs réunis sur le parquet. En 172 minutes passées ensemble, ils ont affiché un net rating impressionnant de +47 (142 pts marqués et 95 encaissés sur 100 possessions), de loin le cinq le plus efficace de la NBA l’an dernier. A titre de comparaison, une lineup des Cleveland Cavaliers terminait quatrième (derrière deux autres cinq des Warriors) avec un net rating de +24,2 en 198 minutes. Place maintenant à la « Death Lineup 2.0 » ou « Super Death Lineup ». Golden State a désormais un groupe encore plus terrifiant. C’est ce qui arrive quand le fantôme de Barnes est remplacé par un ex-MVP de sept pieds capable de passer, driver et surtout marquer de n’importe quel coin du terrain. Bienvenue à Kevin Durant. [superquote pos="d"]KD à la place de Barnes, naissance de la Super Death Lineup[/superquote]Steve Kerr a eu l’occasion de tester sa nouvelle machine de guerre à l’occasion du coup d’envoi de la saison pour sa super team. Les Warriors recevaient les San Antonio Spurs et ils ont pris une rouste (100-129). Mais il est intéressant d’analyser de plus près les premières mises en place du cinq le plus meurtrier, sur le papier, de la NBA. A un peu plus de cinq minutes de la fin du deuxième quart, le coach a fait sortir la carcasse paumée de Zaza Pachulia pour remettre KD sur le parquet après une perte de balle de Kawhi Leonard. Curry, Thompson, Green et Iguodala étaient déjà sur le terrain, prêts à dérouler avec leur nouveau coéquipier. Les Spurs menaient alors de quatorze points (46-32).

Comment contrer un cinq aussi talentueux ?

[caption id="attachment_294674" align="alignleft" width="318"] Quel intérieur peut prétendre défendre sur Kevin Durant ?[/caption] Deux stratégies différentes peuvent être adoptées contre le super small ball des Warriors. Certains coaches préfèrent miser sur la puissance de leurs intérieurs en laissant deux grands dans l’espoir d’écraser les défenseurs plus petits au poste, tout en priant de ne pas en payer le prix en défense. Cette tactique a déjà montré ses limites plus d’une fois et elle semble encore plus compliquée à mettre en place maintenant que Durant a remplacé Barnes. Il a la taille d’un pivot classique, des gogo-gadgeto-bras qui lui ont valu le surnom de « Durantula » et il est suffisamment long pour gêner les tirs près du cercle. Green, lui, a déjà prouvé sa capacité à rivaliser avec des joueurs plus grands et plus larges que lui. D’autres équipes ont décidé de battre les Warriors à leur propre jeu en lançant eux aussi leur cinq small ball. Le Thunder n’est pas passé loin de sortir Golden State en finale de Conférence en mai dernier (OKC a mené 3-1 avant de s’incliner 3-4 puis de perdre sa superstar) et les Cavaliers ont préféré sortir Kevin Love du cinq majeur pour y mettre Richard Jefferson avant de remporter les finales NBA. Kerr a laissé son cinq atypique jusqu’au buzzer annonçant la mi-temps. Gregg Popovich a d’abord décidé de contrer les plans de son ancien disciple en laissant sa nouvelle acquisition estivale, Pau Gasol, sur le parquet. Une raquette désormais à l’ancienne (l’ancienne étant maintenant le début des années 2000) avec deux intérieurs techniques. Gasol et LaMarcus Aldridge. C’est là que les problèmes commencent. [caption id="attachment_343767" align="alignnone" width="636"] un écran, Parker ne peut pas suivre et Aldridge est obligé de switcher sur Curry.[/caption] Dès la première possession, Gasol doit défendre Green loin du cercle. Aldridge est lui aussi attiré en dehors de la raquette avec l'écran posé par Iguodala. A 39 ans, Manu Ginobili doit se coltiner l'un des meilleurs attaquants de l'histoire à qui il rend quinze bons centimètres. Aldridge est pris de vitesse par Curry qui file vers le cercle et conclut d'un tear drop. Comme convenu, les Dubs ont tenu le choc en défense. KD a gêné Gasol avec ses longs bras, empêchant l'Espagnol de délivrer ses habituels caviars depuis le poste haut. Quant à Green, Aldridge n'est pas parvenu à le poster convenablement et il a balancé une prière (marquée !) pour se sortir d'une situation délicate. [caption id="attachment_343769" align="alignnone" width="636"] Voilà ce qui s'appelle défendre de près sans faire de faute.[/caption] [superquote pos="d"]Jonathon Simmons, la clé des Spurs pour battre les Warriors [/superquote]Exactement trois minutes après le débarquement de la Super Death Lineup, et juste après un 8-0 entamé par les deux MVP de coéquipiers Curry et Durant ramenant Golden State à -8 (50-42), Popovich a pris la sage décision de finalement sortir Gasol (et Parker), largué, pour lancer Jonathon Simmons, un ailier bien plus mobile et bien plus athlétique. La foule de l'Oracle Arena commençait déjà à hurler sous les remontées de balle enflammées de ses champions et cela sentait le roussi pour les Spurs. Sans des tirs ouverts à trois-points manqués, et c'est rare, par Klay Thompson, Andre Iguodala et KD, l'équipe d'Oakland aurait sans doute repris l'avantage au tableau d'affichage. Le retour de Simmons sur le parquet a tout changé. Eux aussi dans une configuration small ball avec LaMarcus Aldridge en pivot, les éperons ont remis la pression sur leurs adversaires. L'habituel remplaçant a excellé - il a fini le match avec 20 points et plusieurs actions d'anthologie notamment un énorme block sur Curry. Sa mobilité a comblé les espaces laissés par Pau Gasol avant sa sortie. Son adresse extérieure et sa capacité à driver vers le cercle ont déstabilisé la défense trop passive, encore en rodage, des Warriors. Simmons plantait même le trois-points au buzzer pour conclure un 12-2 texan. Les joueurs de Kerr pensaient revenir dans le match et ils se sont retrouvés avec un déficit de 18 points à la pause (64-46). https://www.youtube.com/watch?v=breri7CIglA Le groupe le plus talentueux des Warriors a fini avec un différentiel de -1 malgré 27 points inscrits (à 58% aux tirs) en presque 9 minutes. C'est déjà pas mal vu que les Spurs l'ont emporté de 29 pions. Avec un peu plus d'application, un peu plus de réussite et des efforts plus constants, la Super Death Lineup aurait pu changer le cours du match. La rencontre et ce court passage dans le second quart démontre qu'il est bien trop tôt pour se faire du souci pour les finalistes en titre. Avec des ajustements et du vécu dans les jambes, ce cinq de la mort devrait punir le reste de la ligue soir après soir. Mais les Spurs ont une nouvelle fois prouvé qu'il était plus efficace de contrer ce groupe en jouant petit et en se reposant sur les qualités athlétiques plutôt que le talent, d'où le choix de Simmons à la place d'un futur Hall Of Famer comme Gasol. L'ex-joueur de D-League sera d'ailleurs extrêmement important pour San Antonio dans le cadre d'un affrontement contre Golden State en playoffs. Il a été le facteur X de son équipe, même si les performances All-Star-iènne de Leonard et Aldridge ont été plus mises en avant.  
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