Avec Chris Paul, la zone est sous contrôle

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Alors que les Houston Rockets sont invités à ne jamais s'aventurer à mi-distance, Chris Paul a fait un festival à cinq-six mètres pour offrir la victoire à son équipe cette nuit.

Les Houston Rockets pratiquent un basket simple dicté par la loi des chiffres. Des probabilités ou pourcentages, résumés en statistiques analytiques. Le trait est forcé. Mais il y a de ça. Des isolations d’un attaquant redoutable avec trois ou quatre shooteurs autour. Et surtout, une règle d’or : trois issues possibles pour chaque action. Un layup, des lancers suite à une faute provoquée ou un tir à trois-points. Au milieu de ça, la zone. Proscrite. Interdite. Une place où les joueurs texans ne s’aventurent que très rarement, souvent pour foncer vite vers le cercle. Chris Paul a pourtant construit une carrière autour de sa formidable adresse à mi-distance. Ses tirs en tête de raquette, en sortie de pick-and-roll par exemple, ont apporté une nouvelle dimension à ce playmaker niveau Hall Of Fame.

Le multiple All-Star a donc revu sa façon de jouer pour s’adapter aux exigences de sa nouvelle franchise. Il n’est pas le patron ici. Il est le lieutenant de luxe derrière James Harden, enveloppe humaine du basket analytique et star parfaite pour l’autre boss, Daryl Morey. CP3 s’est souvent dévalué avec humour en soulignant dans la presse son penchant pour le tir à mi-distance. Mais plutôt que de l’enfoncer, les Texans ont fait une entorse à leur règlement d’ordinaire assez strict. Ils ont invité leur meneur à shooter. Même à cinq ou six mètres.

« C’est comme un layup pour lui », notait Harden au sujet des tirs à mi-distance de son coéquipier.

Chris Paul est trop fort à mi-distance pour que son équipe se passe de cet atout. Il a donc eu carte blanche. Et ça a payé ! Sa capacité à mettre dedans dans le seul espace laissé libre par la défense du Jazz a fait la différence. CP3 a ainsi compensé la maladresse extérieure de ses partenaires (10/38 à trois-points, 26%). Il y a plusieurs manières de défendre un pick-and-roll mais avec plus ou moins deux grands principes : doubler sur le porteur de balle pour lui mettre de la pression et l’empêcher de dégainer à trois-points ou laisser le grand reculer pour empêcher toute pénétration.

« Si [Gobert] recule, je vais prendre ces tirs à chaque fois », prévient justement le héros de la partie.

Rudy Gobert est l’un des meilleurs défenseurs de la ligue. Sa simple présence dissuade les attaquants adverses d’agresser le cercle. Mais il ne peut rien faire quand Paul trouve sa cible à mi-distance. Le meneur des Rockets a donc terminé avec 27 points cette nuit, menant son équipe à la victoire (100-86). Les analyses des stats, c’est bien beau. Mais si un joueur excelle à mi-distance, alors il ne doit pas s’en priver. Les chiffres peuvent alors se lire autrement. Les trois-points, layups et lancers sont les thèses et synthèses. Chris Paul est l’antithèse.

« Toutes les règles ont une exception », remarque Mike D’Antoni. « Je suis sûr que c’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles la franchise a recruté Chris. »

C’est effectivement une arme de plus pour Houston. L’adresse à mi-distance de sa star peut débloquer des situations compliquées – comme cette nuit – et rend moins prévisible un jeu souvent stéréotypé et imbuvable. Même si très efficace. Les Rockets inscrivent 110 points sur 100 possessions en playoffs (deuxièmes) après en avoir inscrit 112 en saison régulière (deuxièmes encore). La franchise texane est l’une des deux armadas les plus terrifiantes de la NBA. Les Golden State Warriors constituant l’autre figure de proue. Les deux équipes sont justement bien parties pour se retrouver au prochain tour. Une finale avant la finale.

Ce serait d’ailleurs un mini-accomplissement en soi pour Chris Paul, 33 ans depuis hier. En effet, la superstar n’a jamais atteint ce stade de la compétition depuis le début de sa carrière en 2005. pour l'instant, il est en contrôle.