Cleveland avait un excellent plan, c’est peut-être ça le pire

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Comment les Cleveland Cavaliers vont-ils pouvoir se relever après s’être inclinés malgré 51 points de LeBron James, un bon match de Kevin Love et une stratégie pourtant efficace ? S’il y avait un match à prendre, c’était celui-là.

Ô qu’elle peut sembler cruelle cette défaite des Cleveland Cavaliers. Spécialement avec cette fin de match gag. D’abord George Hill a manqué le lancer crucial qui pouvait faire passer son équipe devant à cinq secondes du buzzer – il avait mis le premier, égalisant ainsi à 108 partout. Mais en plus J.R. Smith nous a offert une bourde typiquement J.R. Smith-iènne en captant d’abord le rebond le plus important de la partie avant… de revenir derrière la ligne à trois-points. Il a eu beau déclaré depuis qu’il savait que les deux équipes étaient à égalité et que son acte insensé était en réalité bien pensé, personne n’est dupe. D’autant plus que les caméras l’ont aperçu rétorquer un « Je croyais que c’était fini » quand un LeBron James évidemment frustré l’a rabroué juste après la gaffe.

La décision des arbitres de revenir sur leur premier coup de sifflet et d’annoncer une faute du King – alors qu’ils avaient d’abord statué en sa faveur avec un passage en force accordé à Kevin Durant – renforce ce sentiment d’inachevé et de dégoût des joueurs de l’Ohio. Parce qu’ils n’étaient finalement vraiment pas loin de la victoire. Les Golden State Warriors étaient pourtant présentés comme les grands favoris sur ce Game 1 des finales 2018 (mais aussi évidemment sur l’ensemble de la série). Une cote d’outsider pour les Cavaliers plus vue depuis 2001, quand Allen Iverson et ses camarades sans-grades affrontaient les géants Los Angeles Lakers de Shaquille O’Neal et Kobe Bryant.

Les joueurs de Tyronn Lue ont tenu. Bien tenu. Peut-être même plus que ça. Le plan de jeu mis en place par le coach si souvent moqué (y compris par nos soins) était pourtant intéressant. Rendu efficace par ses ouailles. La tactique était assez simpliste, mais pas dans le mauvais sens du terme. Les Cavs étaient constamment dans la recherche du duel avantageux, lequel impliquait le plus souvent la défense de Stephen Curry. Que ce soit sur un premier post-up de Smith ou un drive vers le cercle de James. Une partie d’échec possession après possession avec un homme au sang royal – le King serait l’équivalent de la Reine sur l’échiquier – à la manœuvre.

La stratégie reposait principalement sur son immense talent et sa capacité à lire le jeu, la défense adverse et ses réactions. Quand l’un de ses camarades étaient seuls à trois-points, James l’a servi. Quand son vis-à-vis passait sous l’écran, il prenait sa chance à mi-distance ou derrière l’arc. Il attaquait férocement le panier le reste du temps. Ou alors il lâchait la gonfle pour l’un de ses intérieurs quand ces derniers se coltinaient un vis-à-vis plus petit. Tristan Thompson et Kevin Love ont d’ailleurs su concrétiser ces quelques occasions. Ils ont plusieurs fois pris le dessus dos au panier.

Une obligation pour exister contre Golden State. Si les Dubs décident de jouer petit, alors les grands doivent les faire payer. Afin d’au moins compenser un éventuel déficit de vitesse de l’autre côté du terrain. Ainsi fonctionne la NBA actuelle : l’exploitation permanente des lacunes adverses. Ce n’est plus un jeu de force mais de faiblesse.

En calculateur, James a donc passé au crible rapide chaque action des siens pour essayer d’en tirer le meilleur profit. Il semblait extrêmement concentré. Déterminé à faire le bon choix pour ne gaspiller aucune opportunité de marquer contre un adversaire aussi fort. Ses coéquipiers ont suivi son exemple. Globalement, le plan de jeu a été plutôt bien exécuté d’ailleurs. Les Cleveland Cavaliers ont même fait illusion par moment en défense. Ils ont réussi à limiter les contre-attaques des Warriors – inévitables – en assurant le repli dans le premier quart temps.

Lue a su mettre ses hommes dans le match. Il a même fait un pari gagnant en lançant assez tôt Larry Nance Jr. L’intérieur a exactement le profil pour jouer contre Golden State. Il est long, il est mobile, il est énergique et il se donne à fond. Le jeune homme s’est distingué d’entrée en inscrivant quatre points rapides. D’abord sur un post-up bien négocié puis sur une claquette. Ses entrées ont fait du bien aux Cavaliers. Il a même terminé avec 9 points, 11 rebonds et un différentiel positif (+3) en 19 minutes. Pas mal pour un joueur qui est utilisé avec parcimonie par son entraîneur.

C’est d’ailleurs avec Nance sur le terrain que Cleveland a passé un 7-0 expéditif en l’absence de James, enfin envoyé au repos, dans le second quart temps. Le staff a bien géré les périodes sans son champion et c’est d’autant plus rageant vu le résultat final. Après, il y a tout de même eu des erreurs de casting. Notamment une. Jordan Clarkson a terminé avec +8, le deuxième meilleur +/- de son équipe, mais sa présence dans la rotation donne matière à réfléchir. Sa défense sur les arrières des Warriors n’était pas inintéressante. Mais quel gâchis en attaque ! 2/9 aux tirs, des angles ouverts à trois-points gaspillés. Et pourtant 17 minutes de temps de jeu pendant que Rodney Hood et surtout Cedi Osman chauffaient le banc.

Le score final peut s’expliquer de plusieurs manières différentes. Le talent de Stephen Curry et de ses coéquipiers d’un part, mais aussi la fatigue des Cavs ou encore les désormais traditionnels moments où James et ses coéquipiers ont offert des paniers faciles à leurs adversaires en étant en retard sur les rotations défensives. Mais ils ont fait un bon match dans l’ensemble. Le plus triste, pour eux, dans cette histoire c’est qu’ils ont tout de même perdu. Malgré 51 points de LeBron James. Malgré un bon Kevin Love. Peuvent-ils seulement faire mieux ? Comment s’en remettre psychologiquement ? Ce match peut donner des motifs d’espoir aux Cleveland Cavaliers. Mais aussi, paradoxalement, des raisons d’être vraiment frustrés.