Cleveland Cavaliers, l’émergence d’une superpuissance NBA

Présentés comme les favoris prêts à tout rafler en début de saison, les Cleveland Cavaliers de LeBron James ont connu un retard à l'allumage mais ils sont désormais lancés vers les sommets. Analyse.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Cleveland Cavaliers, l’émergence d’une superpuissance NBA
Les Cavaliers ont été propulsés au statut de favoris pour le titre NBA au moment même où LeBron James a décidé de rapatrier ses talents dans son Ohio natal. L’arrivée de Kevin Love en provenance de Minnesota, ajoutée aux signatures des fidèles soldats du King (Mike Miller, James Jones), a fait basculer Cleveland dans la dimension des équipes fantasmagoriques potentiellement susceptibles de dominer la ligue pendant une demi-décennie. Invincibles sur le papier et favoris des bookmakers à Vegas, les Cavs ont souffert pendant cinq mois avant d’entamer leur inévitable et attendue montée en puissance. Désormais, nous y sommes : Cleveland est – actuellement – la meilleure équipe NBA. La victoire décrochée contre les Golden State Warriors il y a quelques jours atteste de la progression spectaculaire des joueurs de l’Ohio depuis la mi-janvier. LeBron James et ses hommes ont mis en route la machine à l’approche des playoffs et ils font le plein de confiance avant d’aborder les joutes autrement plus intense d’avril-mai. Les Cavaliers ont remporté 20 des 24 matches qu’ils ont disputés depuis le retour du quadruple MVP, écarté des parquets pendant deux semaines (8 rencontres) en raison de diverses blessures.

Le développement d'une attaque flamboyante

[caption id="attachment_231275" align="alignleft" width="300"] Avec James, Irving et Love , les Cavaliers ont trop de talent offensif à disposition pour ne pas s'imposer comme l'une des meilleures attaques NBA.[/caption] Lorsque Kyrie Irving, un meneur All-Star mais décrié, LeBron James, le meilleur joueur du monde, et Kevin Love, un intérieur All-Star mais décrié, ont pris le pari d’associer leurs forces sous la houlette de David Blatt, les Cavaliers rêvaient de former un rouleau compresseur offensif capable de faire exploser le verrou de n’importe quelle défense. Dans les faits, les trois stars ont peiné à trouver leurs repères au sein d’une attaque finalement dictée par les pick&roll à répétition de LeBron. La balle ne circulait pas, Love était (est ?) essentiellement utilisé à la manière d’un « Mike Miller qui prend des rebonds » et Cleveland plafonnait autour des 104 points inscrits sur 100 possessions… pour 106 encaissés (25ème défense NBA) lors des trois premiers mois de la saison. Comme prévu, la défense était le talon d’Achille des Cavaliers. En revanche, leurs performances offensives étaient bien en-deca de ce à quoi on s’attendait avant le coup d’envoi de la saison. Conscients de leurs difficultés, les dirigeants ont réussi un tour de passe-passe que l’on pensait difficilement réalisable : ils ont sensiblement renforcé un roster comprenant déjà trois All-Stars et plusieurs joueurs talentueux. Exit Dion Waiters, bazardé au Thunder, bienvenue à Iman Shumpert, Timofey Mozgov, J.R. Smith et maintenant Kendrick Perkins. Ces recrues, négociées habituellement et parfois acquises au prix fort (deux choix au premier tour pour le pivot russe), ont changé la donne pour Cleveland.
[superquote pos="d"]"J.R. Smith est un cadeau des dieux pour notre équipe." David Blatt[/superquote]« J.R. Smith est un cadeau des dieux pour nous. J’adore ce gars. J’adore le coacher. Il vient s’entraîner tôt tous les jours. C’est un excellent coéquipier et il est régulier des deux côtés du parquet. Il est l’une des raisons de notre succès », confiait David Blatt il y a quelques jours.
Qui aurait cru qu’un coach évoquerait J.R. Smith de la sorte ? L’ancien lauréat du trophée de meilleur sixième homme de la saison était devenu persona non grata à New York et les Knicks ont profité de l’intérêt des Cavaliers pour Iman Shumpert pour l’inclure dans le deal. Si certains fans ont pu trouver « injustes » (???) le renforcement de l’effectif des Cavaliers, ces derniers oublient un peu vite que personne ne croyait en Smith il y a encore quelques semaines. Les dirigeants de l’Ohio ont remplacé une tête brûlée – Waiters – par une autre tête brûlée. A la différence près que J.R. Smith accepte parfaitement son rôle. Il évolue essentiellement dans la peau d’un spot-up shooteur à la Kyle Korver (en moins adroit, évidemment) et affiche un correct 36% de réussite à trois-points depuis qu’il porte les couleurs des Cavaliers. Son pourcentage est même amené à augmenter tant les shoots qu’il prend sont ouverts grâce à l’attention suscitée par James, Love et Irving. Smith est une quatrième, voire une cinquième, option et il le vit très bien alors que Waiters réclamait plus de responsabilités balle en main.
 « Je joue pour gagner. Je voulais jouer pour une équipe capable de décrocher un titre, cela signifie beaucoup pour moi », assure l’ancien New-yorkais. « La situation est idéale pour moi. Je suis entouré de vétéran et je n’ai qu’à jouer mon jeu. »
[caption id="attachment_231285" align="alignleft" width="300"] J.R. Smith s'est parfaitement intégré au sein de l'effectif des Cavaliers.[/caption] Ses statistiques « brutes » ne sont pas sensiblement différentes de ses moyennes aux Knicks : il marque un peu plus tout en étant un peu plus adroit. En revanche, son utilisation est différente. Il est plus efficace et il a un impact sur le jeu de son équipe. Les Cavaliers marquent un peu moins de 10 points de plus que leurs adversaires (9,7 sur 100 possessions) lorsque J.R. Smith est sur le parquet. Ce dernier est plus appliqué des deux côtés du terrain, comme s’il avait soudainement retrouvé sa motivation perdue dans les vestiaires d’un club de la grosse pomme.
[superquote pos="d"]"Ici, je n'ai rien d'autre à faire que de jouer au basket." J.R. Smith[/superquote]« Ici, je n’ai rien à faire d’autre que de jouer au basket. C’est la meilleure situation possible pour moi. Je n’avais pas le droit de sortir lorsque j’étais adolescent. Je vivais pour le basket. J’ai manqué mon bal de promo pour aller à un tournoi AAU. Plus tard, j’ai eu l’occasion de découvrir ce que la vie avait d’autre à proposer et je suis désormais revenu à mes anciennes valeurs. »
La réussite de Smith est l’illustration des nouvelles dispositions des Cavaliers en attaque. David Blatt dispose désormais d’un très bon poseur d’écran en la personne de Timofey Mozgov. Si l’ancien vainqueur de l’Euroleague n’a toujours pas pu imprimer sa véritable marque sur son équipe, ses hommes commencent à pratiquer un basket un peu plus fluide et altruiste. Le jeu est toujours centré autour de LeBron James, grand adepte du pick&roll. Mais le King est désormais mieux entouré et les gâchettes de l’effectif profitent des espaces crées pour convertir des shoots ouverts. Les tâches sont mieux réparties et c’est toute l’attaque des Cavaliers qui tourne mieux dans son ensemble. Depuis le 12 janvier, Cleveland inscrit 110,9 points sur 100 possessions – première équipe NBA – et en encaisse 100,3 – dixième – soit un net rating de 10,7 – première équipe NBA, again.

Une défense digne d'un favori pour le titre NBA

Aucune équipe ne fait mieux que Cleveland en termes d’efficacité globale depuis la date retenue du 12 janvier. Si les Cavaliers ont enfin développé leur potentiel offensif, ils ont aussi inversé la vapeur en défense au point de se hisser parmi les dix meilleures équipes de la ligue dans ce domaine. Irving et ses coéquipiers affichent un tout nouveau visage en défense depuis plusieurs semaines. Les efforts inconstants ont laissé place à un regain de concentration et de combativité des cinq joueurs sur le parquet. La communication est accrue et les extérieurs – menés par le nouvel arrivant Iman Shumpert – contestent enfin les tirs lointains adverses. Les Cavaliers ont limité leurs vis-à-vis à 42,2% de réussite aux tirs au cours des 24 derniers matches – seuls les Hornets et les Bucks font mieux sur la période – alors qu’ils les laissaient shooter à 47% (avant-dernière équipe NBA) lors de la première moitié de saison. Les adversaires directs de Shumpert, par exemple, affichent un vilain 26% de réussite derrière l’arc depuis qu’il a disputé son premier match avec Cleveland.
[superquote pos="d"]Les Cavaliers limitent leurs adversaires à 42% de réussite aux tirs depuis la mi-janvier[/superquote]« Je pense que personne n’aime jouer contre moi », assure l’intéressé. « J’espère que personne n’aime jouer contre moi. »
Son coéquipier J.R. Smith est lui aussi appliqué en défense, de même que Kyrie Irving, souvent critiqué pour ses errements dans ce domaine. Même s’il n’a pas l’impact de Chris Paul de ce côté du parquet, le jeune All-Star fait des efforts – notamment sur les pick&roll – et il lui faudra continuer sur sa lancée en playoffs. [caption id="attachment_231265" align="alignleft" width="300"] Timofey Mozgov est le principal artisan des progrès défensifs des Cavaliers.[/caption] Les progrès les plus notables des Cavaliers en défense sont évidemment à mettre à l’actif de Timofey Mozgov. Le pivot russe a métamorphosé la raquette de sa nouvelle franchise, ancienne passoire devenue un semblant de muraille incarné par le géant transféré des Nuggets.
« Il bloque des tirs et il mesure 2,18 m. C’est un luxe pour notre équipe de l’avoir au milieu de la peinture et cela complique la vie des attaquants adverses », résume Kyrie Irving au sujet de son nouveau coéquipier.
[superquote pos="d"]L'arrivée de Timofey Mozgov a permis aux Cavs d'opter pour un schéma défensif plus simple et plus efficace[/superquote]Timofey Mozgov est exactement ce dont les Cavaliers avaient besoin : un intérieur susceptible de protéger le cercle, de défendre sur les pivots les plus lourds ou les plus grands et de contester les pénétrations. Il limite ses adversaires à 45% de réussite au tir près du cercle lorsqu’il est le joueur le plus proche de l’attaquant et du panier (huitième NBA). Il est aussi le meilleur contreur de l’équipe, et de loin. Son arrivée a permis à David Blatt de mettre au point un système défensif différent et nettement plus efficace. Lors de la première partie de la saison, les Cavaliers ont lutté contre leur manque de taille en mettant une pression accrue sur le porteur de balle lors de chaque pick&roll. Cette technique, employée par le Heat d’Erik Spoelstra lorsque LeBron James, Dwyane Wade et Chris Bosh étaient encore les vedettes de South Beach, nécessitent des efforts constants et une concentration à toute épreuve afin de « switcher » (changer de joueur en défense) à tout va afin d’éviter qu’un adversaire soit laissé libre de tout marquage. Autant dire que pratiquer un tel système avec Dion Waiters, Kyrie Irving et Kevin Love sur le parquet revient à se tirer soi-même une balle dans le pied. Avec Mozgov, Blatt est revenu à un système plus traditionnel avec un pivot qui patrouille le long de la raquette pour venir annihiler les tentatives de pénétration des extérieurs adverses. Le système défensif est plus simple et convient mieux aux joueurs dont dispose le coach.

Le roi veut reprendre sa couronne

[caption id="attachment_231269" align="alignleft" width="300"] Le King a relevé la tête depuis son retour de blessure.[/caption] On a beau avoir mentionné la défense en progression, les recrues, le développement de l’attaque, etc, la transformation des Cavaliers en méga-super-team s’explique en six lettres : L-E-B-R-O-N. La date du 12 janvier retenue dans la plupart des statistiques que nous avons avancées n’a pas été retenue par hasard. Elle correspond au retour sur les terrains de James. Du vrai LeBron James, ce quadruple MVP qui a dominé la ligue de la tête et des épaules pendant quatre ans, se frayant un chemin en finale à quatre reprises consécutives pour deux titres. Ce bulldozer nous avait presque manqué. [superquote pos="d"]LeBron tourne à 27 points, 6 rebonds et 6 passes depuis son retour de blessure[/superquote]En effet, James ne semblait pas lui-même en début de saison. C’est comme s’il boudait. Comme s’il n’était pas heureux des choix des Cavaliers, lui qui dispose pourtant d’un droit de regard (d’un pouvoir de décision ?) certain sur tout ce qui se rapproche de près ou de loin au domaine sportif. N’oublions pas que les dirigeants ont nommé David Blatt, un coach mythique en Europe mais inexpérimenté (et non respecté ?) en NBA, avant de savoir si LeBron allait ou non faire une croix sur les blessures passées et signer son retour dans l’Ohio. James boudait-il Blatt ? Ces questions resteront principalement sans réponse aujourd’hui. Toujours est-il que le King n’est plus le même depuis qu’il a manqué huit rencontres consécutives entre fin décembre et début janvier. LeBron a activé le mode MVP et il affiche 27,6 points, 6,4 rebonds et 6,6 passes de moyenne lors des 22 derniers matches (19 victoires). Autant vous dire que James Harden et Stephen Curry fantasmerait encore du trophée de meilleur joueur de la saison si le King avait affiché un tel niveau de jeu dès le mois d’octobre. Comment expliquer un tel changement ? Dans un article publié sur Grantland, Jason Concepcion évoque un bowling (!) organisé par David Blatt à Los Angeles à la place d’une séance d’entraînement. Cette sortie de groupe aurait eu pour conséquence de souder l’équipe. L’esprit de camaraderie tient à cœur à LeBron James. Lorsqu’ils ont établi son profil, les journalistes de GQ ont insisté sur le fait que l’enfant d’Akron chercherait  retrouver l’atmosphère qui régnait autour de son équipe au lycée. Il est difficile de considérer cette soirée au bowling comme un élément déclencheur du succès des Cavaliers et ces anecdotes ajoutent surtout une touche féerique aux légendes et aux articles. Toujours est-il que James s’est remis en tête de prouver à tout le monde qu’il était bien le meilleur joueur de cette planète. Il a enchaîné trois matches à 30 points et plus dès son retour à la mi-janvier, venant à bout des Clippers au passage. Il a dézingué la défense du Thunder quelques jours plus tard (34 points). Il a planté 42 points contre Stephen Curry et les Warriors et 37 pions face à James Harden et les Rockets – pour une défaite des Cavaliers en prolongation. Lorsqu’il est sur le parquet, Cleveland écrase son adversaire de près de 18 points en moyenne (116 pts marqués sur 100 possessions et 98 encaissés). [caption id="attachment_231247" align="alignleft" width="300"] Le bulldozer s'est remis en marche.[/caption] Les blessures de Derrick Rose, Jimmy Butler et Taj Gibson devraient affaiblir – au moins temporairement – les Bulls. L’incertitude qui plane autour du niveau de jeu de Rose à son retour (à priori d’ici un mois) a fait baisser la cote de Chicago et remonte du même coup celle de Cleveland. Peut-on estimer pour autant que la voie jusqu’aux finales NBA est dégagée pour les Cavs ? Les Hawks dominent la Conférence Est depuis le début de la saison mais l’absence de star à Atlanta pourrait se faire ressentir en playoffs lorsque les isolations se multiplieront face aux défenses resserrées. Et surtout, comme le disait Jacques Monclar, qui peut imaginer une équipe battre quatre fois celle de LeBron James ? Qui peut se permettre d’écarter le meilleur joueur du monde sur une série de playoffs à l’Est ? Les Cavaliers ont fait le plein de confiance et James, qui n’hésitait pas à contredire publiquement son coach en début de saison, a désormais des mots doux à l’égard de David Blatt.
« Je pense que c’est un grand coach. Il gère très bien ses débuts en NBA jusqu’à présent et on se rapproche de jour en jour. Je suis heureux de jouer pour lui. »
LeBron James a retrouvé le sourire et sa rage de vaincre. Les Cavaliers, eux, baignent à nouveau dans l’euphorie et le rêve de décrocher un titre que la ville attend depuis 50 ans.
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