[Débrief] Angelo Tsagarakis : « Djordjevic, du foutage de gueule »

Angelo Tsagarakis est revenu avec nous sur le curieux France-Serbie de mercredi et sur la prestation haut de gamme des Bleues face au Brésil. On a même un peu causé volley avec le "Tsar"...

Shaï MamouPar Shaï Mamou  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Analyse
[Débrief] Angelo Tsagarakis : « Djordjevic, du foutage de gueule »
Durant tout les Jeux Olympiques, Angelo Tsagarakis décrypte et analyse pour nous le parcours de l'équipe de France. Second débrief ce vendredi après le match curieux contre la Serbie pour les garçons et la probante victoire des Braqueuses face au Brésil. Honneur aux filles qui ont battu le Brésil avec la manière jeudi. Finalement, en dehors du match contre l'Australie, elles sont plutôt convaincantes pour le moment, non ? Angelo Tsagarakis : J'ai envie de leur tirer un immense coup de chapeau et j'aime beaucoup ce que je vois de leur part depuis le début du tournoi. Elles ont rapidement dû faire face à l'adversité avec la blessure de Céline et auraient pu être plus bas que terre, mais elles ont montré des ressources mentales terribles. Les gens ont commencé à dire que gagner au buzzer contre la Biélorussie n'était pas très glorieux. Sauf qu'on voit aujourd'hui que cette équipe a gêné beaucoup de monde. Perdre contre l'Australie, une équipe dure physiquement et référencée, en phase de poules ça n'a rien de honteux. Aujourd'hui, je vois des Bleues qui misent sur la fougue, la jeunesse et la témérité. C'est parfait, c'est ce qu'il nous fallait. Il y a de la profondeur dans ce groupe, comme l'a montré Laëtitia Kamba qui a fait une superbe entrée. Je pense qu'elles peuvent gagner une médaille. Même en cas de confrontation avec Team USA, il y aura match. [caption id="attachment_335593" align="alignright" width="318"] Olivia Epoupa, la meneuse de l'équipe de France.[/caption] L'absence de Céline Dumerc a permis à Olivia Epoupa de monter en grade. Quel début de compétition pour elle ! [superquote pos="g"]"Ceux qui suivent le basket connaissent la grandeur potentielle d'Olivia Epoupa. Elle est fascinante"[/superquote]AT : Ce qu'on perd en stabilité pure et en expérience en l'absence de Céline, on le gagne en fougue et en talent avec Olivia. Tous ceux qui connaissent le basket et la suivent depuis les équipes de jeunes connaissent la grandeur potentielle de la gamine. Il faut être clair, le niveau d'une joueuse se juge par rapport à ce qu'elle a dans les mains. Et Olivia en a énormément dans les mains. Elle est assez fascinante, même. Si elle continue de jouer comme elle le fait depuis des années à Toulouse et chez les jeunes, on n'a pas à s'inquiéter le moins du monde. Contre les meilleures nations elle sera testée et un peu "chicotée", mais elle répondra présente. Rien ne dit d'ailleurs qu'une joueuse comme Marine Johannes, qui se cherche un peu en termes de confiance, ne va pas nous sortir un match d'anthologie prochainement aussi. Toutes les jeunes qui ont goûté au groupe ont montré qu'elles avaient le niveau international et c'est extrêmement intéressant pour la suite. Tu nous disais l'autre jour que le karma n'était pas bon pour les équipes qui calculent. Avec le recul, qu'est ce que tu as pensé de ce France-Serbie un peu particulier ? AT : Déjà, il faut parler de Sasha Djordjevic. Avant le match, il nous dit qu'il va tout faire pour gagner. Au coup d'envoi, il nous sort un cinq sans Bogdanovic, Teodosic ou Raduljica. J'appelle ça du 'foutage de gueule'. L'excuse de la gestion de la fatigue ne tient même pas. Quand tu veux reposer des cadres, tu fais des rotations plus rapides et tu leur donnes moins de minutes. Tu ne les fais pas sortir du banc. Donc les Bleus ont déjà dû se dire que les Serbes étaient en train de tanker, ce qui est particulier à gérer. Ensuite, je pense qu'il y a un petit coup de frein inconscient de notre part, ce qui est humain puisqu'on veut tous le meilleur résultat possible. Mais dans l'ensemble, j'ai quand même trouvé les Français sérieux et appliqués. Si les Serbes sont revenus et sont même passés devant, c'est aussi parce qu'ils se faisaient "botter le cul" et qu'ils ont un minimum de fierté. Leur côté compétiteur et le contexte olympique qui fait qu'un joueur tient quand même à sa réputation devant des millions de personnes ont sans doute repris le dessus. La dernière minute de jeu a pu paraître curieuse, mais si Bogdanovic met son shoot au buzzer... [superquote pos="d"]"Earvin Ngapeth me fait penser à Edwin Jackson"[/superquote] Puisqu'il y a de grandes chances que la France se retrouve dans la partie de tableau de Team USA, est-ce qu'on peut imaginer les Bleus faire aussi bien que les Australiens ? AT : En termes de talent, c'est indéniable, les Français sont meilleurs que les Australiens. Mais aucune équipe dans ce tournoi n'a montré autant d'abnégation et d'intensité. Ce que font Dellavedova, Bogut, Mills et consorts, c'est démentiel. On a déjà parlé de Dellavedova lors de ma dernière intervention, mais là on se rend compte que ce qu'il proposait avec les Cavs sur un temps de jeu réduit, il est capable de l'appliquer avec des minutes de starter ! Il conteste les coupes, il bumpe tous ceux qui passent près de lui, garde des mains actives et reste une menace extérieure sérieuse en même temps... Tout ce qu'il faisait en NBA, notamment contre Curry et les Warriors, il le reproduit à grande échelle. Ça va être intéressant de le suivre à Milwaukee. Je vois bien Kidd en faire un 6e homme de luxe, chef du second unit. Peut-être pas starter en revanche, puisqu'il ne faut pas négliger l'ego des mecs en NBA. Ils ne sont peut-être pas tous prêts à accepter d'aller sur le banc à la place d'un gars comme lui pour le moment... On a vu que tu suivais de près la Team Yavbou au volley. Est-ce qu'une personnalité un peu explosive comme celle d'Earvin Ngapeth pourrait s'intégrer dans le basket français ? AT : La Team Yavbou a grandi ensemble et a cette camaraderie, cette cohésion, qui font que ce que d'autres ressentent comme un comportement particulier chez Ngapeth leur paraît normal et ils le comprennent. Chaque équipe a son identité. La génération des Batum, Ajinça ou Diot est pareille, ils se connaissent par coeur. A certains égards, Earvin est très basketteur, notamment dans le langage corporel, le style de jeu, l'énergie et la créativité. Si une génération du basket français arrive avec un mec qui possède cette personnalité et ce charisme et qu'ils ne sont pas nocifs pour le groupe - car c'est bien là le plus important - oui, ce serait super. Mais ce n'est absolument pas obligatoire. Des équipes qui misent sur d'autres valeurs peuvent très bien dominer leur sujet aussi. Lorsque l'on a un caractère aussi fort, il faut pouvoir être indiscutable sur le terrain. C'est son cas. Toutes proportions gardées, il me fait un peu penser à Edwin Jackson, qui est adoré par ses coéquipiers, mais pas forcément par les autres parce qu'il a cette approche à l'américaine que tout le monde ne comprend pas en France.
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