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DeMar DeRozan est-il enfin une superstar efficace ?

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Souvent catalogué comme un scoreur unidimensionnel et stéréotypé, DeMar DeRozan s'impose de plus en plus comme un joueur complet et décisif pour son équipe.

DeMar DeRozan a grandi en admirant Kobe Bryant et ça se voit. Originaire de Compton, à côté de Los Angeles, l’ado inconditionnel des Lakers et du Black Mamba a calqué son jeu sur celui de son idole, qui lui-même avait copié puis coller le sien sur celui de Michael Jordan. Trois générations d’arrières au succès différents mais avec une arme identique : le tir à mi-distance. L’art noble. Noble mais dépassé. La NBA des 90’s n’existe plus, de même que celle du début des années 2000. Logique. Les époques changent, le jeu aussi.

La tête de raquette et ses zones avoisinantes sont de moins en moins appréciés par les coaches. Pour la simple raison que trois vaut plus que deux et qu’il est donc préférable de faire un pas de moins (ou un de plus en arrière) pour tirer derrière l’arc. Bienvenue à l’ère de Stephen Curry, des Golden State Warriors, de James Harden et du « money ball » ou « morey ball », pour rendre hommage au GM des Houston Rockets. Tout se calcule par algorithme et les mathématiciens ont pris le contrôle de la ligue, au grand dam de Charles Barkley.

Les statistiques avancées ne parlent pas en faveur de DeMar DeRozan. Elles lui coûtent d’ailleurs chaque année des places au grand classement des meilleurs joueurs NBA établis par Sports Illustrated. A peine intégré dans le top 50 (46) alors qu’il était pourtant All-Star et médaillé Olympique en 2016, il a pesté sa frustration et sa colère. Motivé à donner tort à ses détracteurs, il a marqué encore plus de points lors de la campagne suivante. Le tout pour gagner dix places en 2017… et râler à nouveau !

DeRozan peut en vouloir à la mort aux journalistes de SI, les faits lui jouent des tours. Ses Toronto Raptors ont fait mieux bien l’an dernier que la saison d’avant et ils n’ont jamais vraiment été perçus comme des sérieux rivaux des Cleveland Cavaliers à l’Est. En tout cas certainement pas par les triples finalistes qui prennent un malin plaisir à faire exploser cette belle troupe canadienne en playoffs. Parce que la star a beau se plaindre, son jeu stéréotypé fait l’affaire de ses adversaires une fois la mascarade de la saison régulière terminée. Le garçon devient soudainement moins efficace et plus hésitant une fois en avril.

Trop unidimensionnel, il ne ferait même pas tant de bien que ça à ses Raptors. Encore une fois, ce sont les chiffres qui parlent : en 2016-2017, les Dinos se portaient mieux quand leur meilleur joueur désigné se reposait sur le banc. A l’inverse, ils stagnaient dès que Kyle Lowry, autre cadre au profil plus moderne, quittait le parquet. Le meilleur argument possible pour justifier les choix de Sports Illustrated et des nombreux autres « détracteurs » (le mot est fort) du bonhomme. Surtout que Toronto n’a toujours pas atteint le Graal – battre Cleveland et jouer les finales NBA – malgré des tentatives de « All In » répétées chaque saison.

Encore piqué au vif, DeMar DeRozan a réagi. Mais d’une toute autre manière cette fois-ci. Il a su évolué sans se révolutionner. C’est en tout cas le constat qui s’établi après plus de trois mois de compétition. Déjà, il fait un peu moins « pur scoreur » et un peu plus « attaquant complet » que par le passé. Une transition ô combien importante et déjà traversée par de nombreux arrières starifiés avant lui. Dont ses idoles Kobe Bryant et Michael Jordan. C’est notamment à la passe que le joueur de 28 ans a progressé. Il n’a jamais autant distribué de caviars (5 par rencontre). A l’exception de saison rookie, quand il prenait à peine six tirs par soir, il n’a jamais été aussi adroit (48%). Il a même fait des progrès en défense.

Il arrive finalement à maturité. Son +/- atteint là encore des totaux records pour lui : +5,5. Autrefois ennemis, les stats avancées sont désormais ses alliées et les témoins ultimes du cap franchi. DeRozan tire moins mais il est bien plus efficace. En créant du jeu pour les autres. Mais aussi au sens premier du terme : il est littéralement plus efficace avec notamment un 38% de réussite derrière la ligne à trois-points. Evidemment du jamais vu pour DD. Il n’a jamais autant shooté de loin et il n’a jamais été aussi adroit.

DeMar DeRozan, enfin modernisé ?

Il est même particulièrement bouillant en ce moment. Ses 52 points quand tout le monde tirait encore une grande gueule de bois pour entamer 2018 attestent de la nouvelle dimension prise depuis plusieurs semaines. L’unique chef de meute des Raptors – Lowry a pris du recul et occupe maintenant le siège passager – n’a plus du tout peur de tenter sa chance au-delà des sept mètres. Il bombarde. Et ça marche ! Ses performances depuis deux semaines sont assez parlantes. Il reste sur huit matches fous à 29,6 points, 49% de réussite aux tirs, 54% à trois-points en six tentatives par rencontre, 92% aux lancers et 4,9 passes. Du très lourd.

DeMar DeRozan se serait-il enfin adapté ? C’est tout de même honorable de sa part d’avoir eu le courage de prendre du recul. D’abord mentalement pour accepter d’évoluer son jeu. Et ensuite physiquement, pour enfin shooter d’un peu plus loin. Ça paye pour Toronto. Les Raptors sont deuxièmes à l’Est avec 25 victoires en 35 matches. Maintenant, tout le monde connait la chanson avec cette équipe et les joueurs qui la composent : c’est en playoffs qu’il va falloir vraiment faire ses preuves. C'est ce qui sépare (encore) (toujours ?) les DeRozan des Kobe ou des MJ.

Les highlights de DeMar DeRozan contre Chicago