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[Streetball Legend] Demetrius « Hook » Mitchell : accro au bitume

Théophile HaumesserPar Théophile Haumesser Publié

Si le basket avait été sa seule drogue, Demetrius "Hook" Mitchell aurait pu devenir l'un des plus grands.

Retour sur l’une légende du streetball et probablement l'un des plus gros talents à n'avoir jamais joué en NBA, Demetrius Mitchell alias Hook Mitchell, un portrait publié dans REVERSE #13, en décembre 2007.

Photos : courtesy of Michael Skolnik

Si le basket avait été sa seule drogue, Demetrius "Hook" Mitchell aurait pu devenir l'un des plus grands. Les démons de la Bay Area en ont voulu autrement et sa légende n'en est que plus folle.

Toute sa vie, Hook Mitchell a été accro, un putain de camé en quête perpétuelle de sa prochaine dose. Survoler les cercles ne lui suffisait pas, il voulait planer au-dessus de la vie elle-même. « Above The Clouds » comme Guru, Primo et Deck. Mais après chaque envolée, chaque nouveau trip, chaque nouveau dunk écrasé sur la gueule d’un mec de trois têtes de plus que lui, dans les dernières nanosecondes de rush et d’extase, au moment de toucher le sol, la réalité et la gravité reprenaient inlassablement leurs droits... avec un crash test en guise d’atterrissage. Mais Hook connaissait le refrain, ça faisait déjà un moment que sa vie tournait en boucle sur la feutrine du bitume. Et inlassablement, il se relevait, repartait en chasse. A quand le prochain fix ? La prochaine montée d’adrénaline ? Le prochain adversaire en pleurs ?

Le roi de la Baie

Demetrius Mitchell aka Hook MitchellDurant les années 80, Hook n’était pas seulement l’un des meilleurs joueurs de la Bay Area, il en était le prince, le prodige. Un Rakim du ter-ter, genre « suivez le leader ». « I was a fiend, before I became a teen/I melted basketballs instead of cones of ice cream », ça aurait pu être sa mélodie s’il avait eu le verbe facile. Mais les lyrics n’ont jamais été sa force. Sa furie à lui s’exprimait sur l’asphalte fumant des plays du ghetto ou sur le parquet des petites salles étouffantes, où le quartier se pressait pour voir s’affronter les jeunes têtes qui représenteraient peut-être un jour Oakland devant les caméras du monde entier. Bill Russell l’avait bien fait, alors pourquoi pas d’autres ? Et dans ce cas, qui mieux que lui ? Un meneur de 1,76 m, tanké comme un Hummer, avec un shoot et 1,20 m de détente, qui n’aurait pas parié sur lui ? Les autres pointures de sa génération avaient toutes une taille de moins. Gary Payton, Brian Shaw, Greg Foster, Antonio Davis, tous forts, c’est clair, mais pas aussi prometteurs. Ces mecs-là, Hook les connaissait. Il a grandi avec eux. Partenaires ou adversaires, il a versé du sang, de la sueur et des larmes à leurs côtés.

Au lycée, la grande rivalité était d’ailleurs celle qui opposait GP et Hook Mitchell. Deux meneurs avec une putain d’attitude et un jeu étiqueté NBA. Mais au-delà des affrontements, ces deux-là avaient développé une relation forte basée sur l’estime qu’ils avaient l’un pour l’autre.

« C’est vrai qu’au lycée, on était rivaux », se souvient encore « The Glove ». « Hook avait Antonio Davis dans sa team et moi j’avais Greg Foster. Quand on s’affrontait, c’était chaud  ! Mais après les matches, on se retrouvait toujours pour traîner ensemble. On était comme des frères. »

Le fait de vivre dans un quartier cramé les rapprochait encore un peu plus. Mais la grande différence entre Hook et ses potes, c’est qu’après les matches, eux avaient un vrai endroit où rentrer et où se sentir en sécurité. Pour lui qui habitait le pire ghetto du coin, West Oakland, et dont les deux parents étaient en taule à cause de la came, il n’y avait rien, à part une maison pleine de gosses, laissés à la garde de sa seule grand-mère. Pas de cadre, pas de repères, pas d’autorité. Du coup, c’est chez Payton qu’il se réfugiait parfois pour dormir et étouffer un peu les appels de la rue.

Streets is watching

Mais le répit était toujours de courte durée. Avec le gouvernement Reagan, c’est toute «l’Amérique d’en bas» qui s’est retrouvée mise en marge, coupée du reste de la société, avec un gros bras d’honneur en guise d’aide sociale. Et Oakland était au premier rang des recalés. La misère a toujours la même sale gueule, que ce soit sous le soleil de Californie ou dans la lumière blafarde de Detroit ou Chicago. L’euphorie qu’il ressentait en crossant la concurrence ou en démontant un pivot adverse, Mitchell n’essayait pas de la retrouver sur les bancs de l’école, mais plutôt dans les vapeurs de marijuana et les highs de coke.

« J’ai commencé à prendre de la drogue vers douze ans », avoue-t-il aujourd’hui. « Dans mon quartier, c’était normal. C’était comme un rite de passage. »

Le pire, c’est que ce sont ses actions sur le terrain qui ont facilité ses exactions en dehors. La graine de star n’a pas tardé à devenir la mascotte des dealers et des thugs du coin qui l’ont pris sous leur aile. A chacun de ses games de lycée, une faune toujours plus suspecte se massait pour le voir à l’œuvre. «Les dealers venaient voir ses matches et ils lui filaient 50 dollars chaque fois qu’il smashait», fulmine toujours le père de Gary Payton, a.k.a. Mr. Mean. La vérité, c’est que ce n’étaient pas des billets qu’ils lui refilaient, mais un gramme de coke par dunk ! Hook en sniffait la moitié et revendait le reste. Pas vraiment l’hygiène de vie idéale pour un futur champion ou pour dégotter un ticket pour la NCAA.

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