Derrick Rose est le maillon faible

A part Tom Thibodeau, plus personne en NBA ne croit en Derrick Rose. Ni les dirigeants des autres franchises, ni les supporteurs des Minnesota Timberwolves et peut-être pas le joueur lui-même.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié

Derrick Rose est le plus jeune MVP de l’Histoire. Mais c’est peut-être aussi le plus grand « bust » dans l’histoire des MVP. Un paradoxe qui résume à lui seul le joueur et son parcours si complexe depuis ses débuts dans la grande ligue en 2008. D-Rose est bien parti pour devenir le premier MVP à ne pas faire son entrée au Hall Of Fame ! (Est-ce vraiment possible ?) (Basketball-Reference ne lui donne que 10% de chance d’intégrer un jour le panthéon du basket). Mais comment a-t-il pu en arriver là ? Aussi vite ?

La vie est une p*** pour l’un des basketteurs les plus doués de sa génération. Et survivre en NBA est une lutte. Un combat auquel n’était peut-être pas assez préparé celui qui n’a tout de même pas été gâté par la chance. Il y a le talent. Il y a le travail. Puis il y a les coups de pot. Lui n’a pas été verni de ce côté. Des blessures. Encore. Toujours. Genou, cheville. Cheville, genou. Et ainsi de suite. Il n’a manqué que cinq matches au cours de ses trois premières saisons avant d’être élu MVP en 2011 avec 25 points, 4 rebonds et presque 8 passes par match.

Depuis ? 249 rencontres disputées sur 476 possibles avant le coup d’envoi de cette saison depuis le moment où il a reçu le trophée. Chaud. Impossible de construire autour de lui. Impossible d’en faire un cadre ou de compter sur lui. Les blessures ont fini par prendre le dessus sur l’homme. Mentalement. Les insiders qui l’ont suivi de près décrivent un basketteur usé. Touché. Déprimé. Qui a perdu sa motivation. Les images d’un Rose s’entraînant seul sur le parquet de l’université de Cleveland State il y a trois semaines résumaient à elles seules le déclin du bonhomme.

Difficile de se souvenir que ce gars a été MVP. Qu’il fonçait dans le tas à la vitesse de la lumière, esquivait des défenseurs avec son corps élastique, absorbait les contacts et finissait en puissance près du cercle. Mais ça, il n’y a que les plus nostalgiques pour s’en souvenir. Ce sont des souvenirs. Ce joueur-là, il n’existe plus. Ou alors par intermittences très espacées. Les dirigeants NBA ont bien compris – et depuis longtemps – que le MVP de Chicago est mort et enterré. Spirituellement. Physiquement. Dégagé par les Cleveland Cavaliers le soir de la deadline, le vétéran a été coupé par le Jazz dans la foulée. Il s’est ensuite retrouvé sans club. Pendant plusieurs semaines. Pas d’appel. Pas de vrai contact. Ni d’équipe réellement intéressée. Seulement des propositions sur dix jours.

Dans un élan de bon cœur et histoire de compléter sa collection d’ex-Bulls à Minneapolis, Tom Thibodeau a fini par faire venir son ancien protégé aux Timberwolves. Il y retrouve Taj Gibson, Aaron Brooks et évidemment Jimmy Butler. Il ne manque plus que Joakim Noah et Carlos Boozer avant que le coach se fasse dézinguer par son public. Parce que les supporteurs de Minny ne veulent pas de Derrick Rose. Ils ne croient pas en lui. Et les chiffres leur donnent pleinement raison.

Cette nuit, le meneur a marqué 14 points (à 6/11) et distribué 3 passes décisives en 19 minutes. Il a même dunké. De très, très loin le meilleur de ses quatre matches avec Minnesota jusqu’à présent. Mais malgré cette belle prestation, les loups ont été (très légèrement) dominés quand il était sur le terrain (-1). C’était nettement pire lors de ses débuts. En 52 minutes avec sa nouvelle équipe, Rose a réussi l’exploit de compiler un +/- de -38 ! -38. En 52 minutes. Malgré ça, Thibodeau n’a cessé de revoir son temps de jeu à la hausse. Avec des conséquences néfastes pour son équipe qui reste sur deux revers de suite au plus mauvais moment.

Derrick Rose vole la place de Tyus Jones et c'est n'importe quoi

Les Wolves sont à la lutte pour les playoffs. Ils sont descendus à la huitième place de la Conférence Ouest après leur revers contre les Houston Rockets cette nuit. Ils ont le même nombre de victoires que les Pelicans, cinquièmes, mais sont dans une moins bonne dynamique. Derrick Rose est le joueur qui a le plus mauvais Net Rating ON/OFF de l’équipe (-36 sur 100 possessions) et de très, très loin. Autrement dit : Minnesota joue beaucoup mieux sans lui et nettement moins bien quand il est là. Le pire ? Il prend les minutes de Tyus Jones.

Et ça, ça rend malade les supporteurs de la franchise. Parce que si l’ancien MOP NCAA (période de March Madness oblige, souvenez-vous que Jones a mené Duke et Jahlil Okafor au sacre universitaire en 2015) n’est pas un top meneur, il a un profil bien plus intéressant que Rose. Il est plus moderne. Plus adroit de loin. Capable de jouer sans le ballon. Meilleur gestionnaire. Meilleur défenseur. Allez, la stat : le Net Rating ON/OFF de Jones est de +5. Autrement dit : Minnesota joue mieux quand il est là et moins bien quand il est sur le banc. Avec l’arrivée du vétéran, le voilà cloué sur le banc.

L’ancien MVP montre des flashs de son talent passé. Comme cette nuit. Mais il est cuit. A 29 ans. Son jeu n’est pas adapté à la NBA moderne. Il risque d’ailleurs de se prendre cette réalité en pleine poire – Isaiah Thomas aussi, à un degré moindre – quand il sera à nouveau sur le marché cet été. Il n’y aura pas toujours un Tom Thibodeau pour le relancer par bénévolat. C’est triste, parce qu’il a fait rêver des millions de passionnés. Mais il est temps d’arrêter de fantasmer. Ça sent fort le départ en Chine dans quelques mois et cela fait un moment qu’on le répète. Réveillons-nous. Derrick Rose, c’est devenu le maillon faible.

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