Fournier : « Je veux qu’on dise que j’étais un guerrier »

A quelques semaines du début de la préparation pour l'Euro, Evan nous parle de sa saison NBA et de ses objectifs, sans langue de bois.

Frédéric YangPar Frédéric Yang  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Interview
Fournier : « Je veux qu’on dise que j’étais un guerrier »
BasketSession : Evan, cette première saison avec le Magic d’Orlando a été plutôt positive malgré des hauts et des bas. De ton côté, comment l’analyses-tu ? Evan Fournier : Je pense avoir fait un très bon début de saison. J’étais dans le cinq de départ, j’avais des responsabilités, on me donnait le ballon en fin de match et j’ai fait gagner des rencontres à mon équipe. Après, il y a eu ce changement dans la composition d’équipe et je suis passé sur le banc. Pour être honnête, ça m’a énervé et même frustré mais j’ai tout de même réussi à avoir un bon passage avec des matches à plus de 20 points. Après cette phase, je me suis malheureusement blessé. Donc au final, c’est difficile de dire que c’était une saison positive parce que j’ai relativement peu joué en réalité et que ma fin de saison a été gâchée par des blessures. Mais en relativisant, je finis tout de même à 12 points de moyenne et j’ai eu des responsabilités. Il y a donc des points très positifs. [superquote pos="d"]"Nous avons perdu trop de matches en jouant chacun pour soi."[/superquote]BasketSession : Qu’est-ce qui a changé par rapport à ton passage à Denver ? Cette opportunité d’avoir plus de temps de jeu pour faire des stats ? EF : J’ai progressé tout simplement. Déjà pendant la campagne avec l’équipe de France au Mondial 2014, ensuite pendant la saison régulière avec le Magic grâce effectivement à mon temps de jeu. A Denver, lorsque je jouais plus de 30 minutes, je tournais tout de même à 16 points de moyenne donc c’est sûr que d’avoir plus de temps de jeu m’aide à être plus productif. BasketSession : Justement le fait d’avoir eu un rôle majeur cette saison te donne-t-il envie d’aller plus loin, de prendre encore plus de responsabilités ? EF : Évidemment, je ne souhaite pas m’arrêter là. De toute façon, je ne suis pas entré en NBA pour jouer 15 minutes. Je ne suis pas le seul à penser comme ça, tous les sportifs ont cette mentalité. Donc oui, je souhaite avoir un plus grand rôle et être meilleur dans les années à venir. BasketSession : Peux-tu nous parler de ton équipe ? Vous avez un pivot qui mériterait d’être All-Star (Vucevic), des jeunes joueurs qui montent en puissance (Oladipo, Payton, Harris, Gordon). Finalement, que manque-t-il à cette équipe pour jouer les trouble-fêtes à l’Est ? EF : Il faut tout simplement que l’on joue comme une équipe car ça n’était pas le cas l’année dernière. Il faut que l’on ait plus de constance et qu’on arrête de se cacher derrière notre jeunesse. Nous avons perdu trop de matches en jouant chacun pour soi, avec de l’isolation à outrance. On est pourtant obligé d’être altruiste car on n’a pas de All-Star, même si « Vooch » le mériterait et le serait sûrement s’il jouait dans une équipe avec un meilleur bilan. Il faut que l’on soit plus rigoureux. BasketSession : Penses-tu que cette équipe manque de leaders ? EF : Tout à fait, il manque un leader qui est capable de nous mobiliser. C’est justement là où notre jeunesse nous fait défaut car il n’y a personne dans le vestiaire qui a assez de crédit pour dire « Les gars, là c’est n’importe quoi » etc. Il nous manque clairement ce vétéran qui serait passé par plusieurs étapes et qui guiderait un peu l’équipe. [caption id="attachment_282521" align="alignright" width="318"] "Il faut qu’on arrête de se cacher derrière notre jeunesse."[/caption] BasketSession : Orlando en playoffs dès l’année prochaine, c’est faisable ? EF : Si Boston les a faits cette année, je pense que c’est possible. Si on était dans la Conférence Ouest, j’aurais sans doute un autre discours, mais à l’Est c’est beaucoup plus ouvert. On aurait pu les faire dès cette année je pense mais on a raté le coche. BasketSession : Peux-tu nous parler d’Elfrid Payton ? C’est un meneur avec un énorme potentiel ? Quelle impression t’a-t-il laissé ? EF : C’est un bagarreur et aussi un bon gars. Je pense qu’il a encore une grosse marge de progression mais il a beaucoup de qualité. C’est un féroce compétiteur qui joue tous les matches pour les gagner et défendre dur sur le meneur adverse, pour le dominer. Il a de grosses qualités mentales. Je pense qu’il peut aller très loin. BasketSession : Tu as pas mal de pépins physiques cette année, comment expliques-tu ces blessures ? EF : Je ne sais pas trop en fait. Je prends soin de mon corps, je ne sors pas le soir, je ne fais pas le con. Je pense qu’il y a une part de malchance car j’ai eu des blessures qui nécessitaient du temps pour guérir. J’ai fait une chute et mon os s’est déplacé tout simplement. Alors c’est peut-être dû à la répétition des matches ? Je ne sais pas. BasketSession : Un nouveau coach est arrivé, Scott Skiles, une légende de la franchise. Qu’est-ce qui va changer avec lui ? EF : Je pense qu’il va remettre de l’ordre dans l’équipe. Tout sera remis à plat et tout le monde connaîtra son rôle. En tout cas, c’est ce qu’il nous a fait comprendre et vu sa réputation, je le crois à 100%. Il a réputation d’être quelqu’un de carré et je pense que ça va nous faire du bien. On va beaucoup défendre, beaucoup courir. C’est un challenge qui me plaît. J’aime les coaches fermes qui n’hésitent pas à te recadrer ou à pousser une gueulante quand ça ne va pas. Par contre, je pense que Vooch ne va pas aimer ça (Rires). BasketSession : As-tu eu l’opportunité de le rencontrer avant de revenir en France ? EF : Oui je l’ai rencontré avant de partir. On a parlé en face à face pendant près d’une heure. Il me met dans son noyau dur avec Elfrid Payton, Vooch et Victor Oladipo. Bon, le problème c’est qu’il y a beaucoup d’arrières dans l’équipe donc il réfléchit actuellement à la manière dont il va nous assembler. En tout cas, il me fait confiance et c’est très positif pour moi. BasketSession : Pour la première fois de ta carrière, tu as évolué dans la Conférence Est ? Quelle différence as-tu noté entre l’Est et l’Ouest ? EF : La seule différence, c’est que les équipes de l’Ouest sont plus fortes. Quand on dit qu’à l’Est ça défend plus qu’à l’Ouest, c’est faux. Il n’y a pas de style de jeu différent. Les équipes sont juste meilleures à l’Ouest. [caption id="attachment_282531" align="alignleft" width="318"] "Il faut toujours garder en tête que c’est l’équipe qui te met en avant."[/caption] BasketSession : Justement, on a l’impression que cette saison NBA fut un peu une année de transition avec la montée en puissance d’Atlanta, Golden State. As-tu ressenti cela également ? EF : Non, je ne l’ai pas vraiment ressenti comme ça. Chaque année, de nouvelles équipes se révèlent, d’autres coulent. C’est la loi en NBA et c’est comme ça chaque saison. Le vrai événement pour moi, c’était le retour de LeBron James à Cleveland. Mais chaque année, il y a une révélation et j’espère que ce sera Orlando l’année prochaine. BasketSession : Penses-tu que la Ligue a évolué depuis que tu y joues ? On a l’impression que le spacing, le small-ball, que le jeu ultra collectif a pris le pas sur les individualités fortes et le jeu en isolation. EF : Clairement. Le Small Ball est quasiment devenu une norme. Quasiment toutes les équipes de NBA utilisent ce système. Après, ça reste une mode qui va durer un certain temps avant de laisser peut-être de nouveau la place à celle des intérieurs dominants. Aujourd’hui, le Small Ball avec des 4 fuyants est à la mode sans doute grâce aux équipes comme San Antonio ou Golden State, qui courent beaucoup et dont les joueurs sont très polyvalents. De toute façon, toutes les équipes se copient, avec les mêmes systèmes, les mêmes procédures, etc. BasketSession : Y a-t-il une équipe qui t’a impressionné cette saison ? EF : Cette année, on a joué Oklahoma et Westbrook nous a littéralement démontés. Mais sinon, Golden State a vraiment été impressionnant toute la saison. Les gens ne se rendent sans doute pas compte mais 67 victoires en saison régulière, c’est énorme ! BasketSession : Quel joueur t’a le plus impressionné depuis que tu évolues en NBA ? EF : Kevin Durant. Il est grand, mobile et très difficile à arrêter. Sinon, Westbrook m’a impressionné cette saison. Pas vraiment par son jeu mais son côté agressif et compétiteur. J’ai défendu sur lui la saison dernière et il réclamait toujours la balle. C’est vraiment intéressant d’affronter des joueurs comme lui. [superquote pos="d"]"Je ne pense qu’à l'Euro et je passe mes journées à me préparer pour ça."[/superquote]BasketSession : Et que fait-on pour arrêter ou plutôt limiter Westbrook ? EF : Il faut essayer de toujours rester en face de lui. Si tu te fais battre ou à peine déborder, c’est fini. Il faut vraiment rester en face de lui et l’inciter à tirer, et essayer de ne pas faire de faute. BasketSession : Et quelle impression te laisse LeBron James ? Beaucoup le trouve arrogant. EF : Quand il a dit qu’il était le meilleur joueur du monde en conférence de presse après le match 5, c’était peut-être déplacé mais c’est juste la vérité. Il a été bluffant pendant ces finales. Il a joué à un niveau impressionnant. BasketSession : Quels sont tes objectifs à long terme en NBA ? EF : J’espère avoir un rôle majeur et disputer un jour un All Star Game. A la fin de ma carrière, j’aimerais avoir décroché au moins une bague de champion et qu’on dise de moi que j’étais un guerrier sur le terrain. Les titres individuels passeront de toute façon par des succès collectifs. Le meilleur exemple est Kyle Korver qui a été All-Star grâce à son équipe qui avait le meilleur bilan de l’Est. Il faut toujours garder en tête que c’est l’équipe qui te met en avant. BasketSession :Que manque-t-il dans ton jeu pour que tu atteignes le niveau supérieur ? EF : A l’heure actuelle, il me manque un peu de tout. Il faut que je sois plus adroit, plus costaud, plus expérimenté, etc. Il y a tellement de compartiments de mon jeu que je dois travailler. C’est un long processus mais je suis confiant. BasketSession : Nous sommes à quasiment deux mois de l’Euro en France. Est-ce qu’entre vous, les joueurs, vous commencez déjà à en parler ? EF : On est tous pressé mais beaucoup de joueurs sont encore en pleine saison ou viennent tout juste de la finir. C’est vrai que l’on s’est un peu chauffé sur les réseaux sociaux mais je pense que l’on va vraiment se plonger dans la compétition lors du rassemblement. BasketSession : Et à titre personnel, as-tu déjà la tête à l’Euro ? EF : Je suis en vacances depuis un moment donc personnellement, oui, je suis déjà dedans. Je ne pense qu’à ça et je passe mes journées à me préparer pour cet événement. Disputer un Euro à domicile, c’est quelque chose d’énorme et ça me tient vraiment à cœur de gagner un titre avec l’équipe de France car même en jeunes, je n’ai pas eu cette chance.
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