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114 POR
106 DAL
98 LAC
91 PHO
118 MIN

Aux Knicks ou ailleurs, Ntilikina a besoin d’une meilleure situation

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Frank Ntilikina a le niveau pour jouer en NBA. En revanche, il n'est peut-être pas mis dans les conditions optimales pour vraiment le montrer.

C’est depuis le banc, t-shirt manches longues sur le dos, que Frank Ntilikina a assisté à la belle victoire des New York Knicks contre les Milwaukee Bucks samedi soir. Il n’a pas joué une seule minute. Mais ça ne l’a pas empêché d’encourager ses coéquipiers, de les applaudir et de célébrer ce beau succès décroché en prolongation. Ainsi est le jeune homme de 20 ans. Il a les défauts de ses qualités. Il pense d’abord aux autres, avant de se mettre en avant. Un état d’esprit souvent en décalage avec la réalité américaine et les exigences NBA. Si la plupart des franchises du championnat accordent beaucoup de valeur à l’altruisme, d’autres, les plus faibles, et ce n’est sans doute pas un hasard, peinent à vraiment apprécier un joueur qui ne cherche pas à marquer dès qu’il touche la gonfle.

Kevin Knox est un rookie. Il est à peine plus jeune que le Français (un an de moins). Mais il a eu le droit à 36 minutes de jeu lors du match contre les Bucks. Il en a profité pour mettre 26 points. Une performance chiffrée qui marque les esprits. Quand un débutant plante des pions, le public a immédiatement tendance à se dire que le gamin a du potentiel. Et c’est vrai, Knox a du potentiel. Mais son impact sur le jeu est très faible. C’est simple, il tire dès qu’il récupère la balle. Ni plus, ni moins. Et quand il est en réussite, ça donne un match à 26 points. OK. N’empêche que les Knicks ne marquent que 103,6 points sur 100 possessions quand il est sur le terrain. Alors qu’ils en encaissent 114,6. Soit un différentiel de -11, le plus mauvais de tout l’effectif.

Les joueurs de David Fizdale sont bien plus efficaces quand Knox est sur le banc. Pas un hasard. Un différentiel toujours négatif – normal, c’est New York, une équipe faible – mais nettement moins lourd : -2,4. Pour faire plus simple, les Knicks ne jouent jamais aussi bien que quand il n’est pas sur le parquet et jamais aussi mal que quand il squatte le terrain. Et pourtant, la gâchette US passée par Kentucky continue d’avoir des opportunités.

L’an passé, quand Ntilikina restait sur le banc, l’équipe de Manhattan encaissait 110,8 points sur 100 possessions. Pour seulement 104 quand il revenait en jeu. Une statistique qui illustrait à l’époque l’avance importante du jeune meneur en défense par rapport aux autres basketteurs de sa génération. Il est déjà l’un des purs stoppeurs de la ligue grâce à son engagement, sa lecture du jeu, ses longs bras, sa vivacité, sa mobilité et sa taille. Il est capable de défendre du poste un au poste trois, voire quatre, un vrai atout en NBA de nos jours. Jugez plutôt.

Mais il est demandé plus. Le peuple veut des points. Et il est vrai que Frank Ntilikina a un défaut d’agressivité. Il le dit lui-même, il aimerait bien s’inspirer de Russell Westbrook, l’un de ses joueurs préférés. Mais c’est contre-nature. Pour l’instant. Et le « pour l’instant » est terriblement important. Ce n’est pas que l’ancien joueur de la SIG ne prendra jamais ses responsabilités. Il avait même affiché des progrès dans ce domaine en début de saison avant d’être renvoyé sur le banc. C’est juste que sa personnalité est telle qu’il cherche d’abord à gagner la confiance de ses coaches et de ses partenaires. Il les fait briller. Et ensuite il se met en valeur.

Personne ne doute du talent ou du potentiel du bonhomme, pas même les Knicks, même s’ils n’ont sans doute pas pleine conscience des possibilités du garçon. En tout cas, le reste de la NBA est déjà sur le dossier. Quatre franchises s’intéresseraient de près au sophomore. Les Phoenix Suns, intrigués par son éventuelle association avec Devin Booker, mais aussi le Magic, les Grizzlies et les Nets. L’information a été démentie depuis pour Brooklyn, les sources se contredisent. Mais si l’on se fie à la plus sérieuse – ESPN – les voisins new-yorkais seraient donc sur les rangs.

Frank Ntilikina aurait peut-être besoin d’un nouveau départ. Ce n’est pas un mauvais joueur, il n’est juste pas dans la bonne situation. Pas dans la bonne équipe pour exprimer ses qualités (il serait parfait aux Grizzlies, en soutien de Mike Conley). Il a besoin de temps de jeu, de confiance et d'opportunités, comme Knox, pour engranger du rythme, de l'expérience et exprimer petit à petit ses qualités. Mais contrairement à ce qui peut se lire, il a le niveau. Et même les dirigeants des Knicks le savent. Ils ne vont probablement pas se séparer aussi vite de leur huitième choix de draft (2017). Parce qu’un meneur-arrière polyvalent qui plafonne à presque 2 mètres capable de bien défendre sur plusieurs positions, c’est très, très, très rare. Son développement va se faire progressivement. Il ne faut pas oublier qu’il n’a QUE 20 ans.

Un joueur comme Draymond Green – oubliez la comparaison en termes de jeu, simplement au niveau de la situation – ne voyait pas le jour lorsqu’il était sous-utilisé par Mark Jackson aux Golden State Warriors. 2,9 points par match lors de sa saison rookie, à 22 ans. 6,2 lors de sa saison sophomore, à 23 ans. Des stats similaires à celles de Frank Ntilikina, qui a trois ans de moins. Puis Steve Kerr est arrivé et Green s’est affirmé comme un All-Star. Pourtant à l’époque, certaines voix s’élevaient déjà pour dire qu’il n’était pas fait pour la NBA. Comme pour le « French Prince » aujourd’hui.

Vous vous souvenez des débuts de Boris Diaw en NBA ? 4,5 pts pour sa saison rookie, 4,8 lors de sa saison sophomore. Et il avait deux ans de plus que Frank. Et que disait le public à l'époque ? Qu'il n'avait pas le niveau et devait retourner en Europe. Un an après, il débarquait à Phoenix et explosait. Il est désormais retraité et est considéré comme une légende du basket français. Pour info, Ntilikina est à 5,9 points avec des pourcentages à peine inférieur à ceux de Knox.

Il y a des joueurs qui brillent au sein d'équipes faibles. Ce sont généralement ceux qui font des statistiques sans avoir d'impact sur le succès de leur franchise. Puis il y a ceux qui sont plus forts, plus à l'aise, en étant entouré d'autres bons joueurs. Ce sont ceux qui contribuent généralement à faire de leur franchise un candidat aux playoffs ou au titre. On sait dans quelle catégorie se trouve Frank Ntilikina. Donnez-lui du temps et une meilleure situation, aux Knicks ou ailleurs, et vous verrez qu’il a toutes les qualités pour faire une très belle carrière dans la ligue la plus relevée du monde.