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Hoiberg était-il le seul responsable ?

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Les Chicago Bulls ont licencié Fred Hoiberg hier, au grand soulagement des supporteurs. Le coach n’était pourtant pas l’unique problème au sein de la franchise.

« Fred n’a jamais vraiment eu sa chance. » L’opinion de Steve Kerr, qui estime que Fred Hoiberg, fraîchement licencié par les Chicago Bulls « sans avoir eu de talents pour construire l’équipe », ne sera probablement pas partagée par les supporteurs de la franchise de l’Illinois. De nombreux internautes passionnés des taureaux ont exulté sur les réseaux sociaux après l’annonce du renvoi de celui qui était en poste depuis 2015. Mais on comprend Kerr. On comprend d’abord qu’il défend les intérêts de la profession en prenant la défense de l’un de ses pairs. On le comprend aussi parce, d’un certain point de vue, certes discutable, l’entraîneur des Golden State Warriors n’a pas complètement tort.

Hoiberg a eu de la matière pour travailler. Mais peut-être pas de la bonne matière. Il a débarqué d’Iowa State avec la réputation de génie offensif après avoir mené les Cyclones au tournoi NCAA à quatre reprises en cinq ans. Il était alors comparé à… Steve Kerr. Comme lui, il remplaçait un coach populaire auprès des supporteurs locaux : Mark Jackson à Oakland et Tom Thibodeau à Chicago. Au moment où Hoiberg a été nommé aux Bulls, Kerr venait de mener les Warriors au titre – le premier sous l’ère Curry – après avoir modernisé l’équipe devenue une machine à gagner. Les dirigeants des Bulls espéraient la même évolution en se séparant d’un Thibodeau démodé.

La formation de la « Windy City » était alors encore considérée parmi les candidats au titre. Avec Jimmy Butler, Pau Gasol, Taj Gibson, Derrick Rose, Joakim Noah ou encore Nikola Mirotic dans ses rangs. Solide. Mais ça manquait de cohérence. Surtout à une époque où le « small ball » prenait de plus en plus d’ampleur. L’effectif ne collait pas avec la philosophie de jeu de Fred Hoiberg. Alors ça n’a pas marché. Les Bulls se sont ensuite décidés à entamer une reconstruction qui semblait inévitable. Butler étant au cœur du projet suite au transfert de Rose et au départ de Gasol. Le Front Office s’était enfin mis en tête d’offrir à leur coach le groupe pour qu’il puisse mettre en place ses principes de jeu.

Sauf que Dwyane Wade s’est soudainement retrouvé sur le marché en 2016. Chicago se cherchait une nouvelle idole locale après le transfert de D-Rose aux Knicks. « Flash » s’est donc pointé, quitte à forcer l’organisation à changer ses plans. Hoiberg a hérité d’une triplette avec Butler, Wade et Rajon Rondo. Trois joueurs qui ont besoin de la balle pour exister. Un trio impossible à faire fonctionner convenablement. Les Bulls ont tout de même fait les playoffs et ils menaient même 2-0 contre les Boston Celtics au premier round. Rondo s’est blessé et ils ont perdu les quatre matches suivants.

John Paxson, le Président de la franchise, et Gar Forman, le GM, ont admis (sans l’avouer publiquement pour autant) l’échec de leur expérience en laissant filer Rondo puis Wade (coupé via un buyout qui a coûté une vingtaine de millions) tout en se séparant de Butler dès l’été suivant. Hoiberg a alors eu la tâche de reconstruire l’équipe. Il a développé quelques jeunes joueurs intéressants : Lauri Markkanen, Bobby Portis ou Kris Dunn. Il espérait pouvoir continuer sur la lancée de l’an dernier mais des blessures ont gâché le début de saison. Et il n’a finalement pas eu la chance de pouvoir coacher son effectif au complet depuis octobre.

Il a été licencié avant. Avec 115 victoires et 155 défaites au compteur en un peu plus de trois ans. Il n’est clairement pas exempt de reproches. Ses décisions étaient parfois (souvent ?) contestables. Mais ses erreurs ne doivent pas faire oublier le problème de fond qui ronge les Bulls. Et ce n’est pas son renvoi qui va changer l’organisation du jour au lendemain. Car le mal vient de plus haut. Au sein même de la direction. Paxson et Forman ont aussi été pendant longtemps les cibles des critiques.

Est-ce de la faute de Fred Hoiberg si les deux « stratèges » ont eu l’idée lumineuse d’associer trois slasheurs à l’époque où le tir à trois-points n’a jamais été aussi importants ? Est-il responsable du transfert incroyable dans lequel les taureaux ont lâché Taj Gibson ET Doug McDermott pour Cameron Payne (et Anthony Morrow et Joffrey Lauvergne, deux joueurs qui ne sont plus là en NBA) ? Que pouvait-il faire quand sa franchise, pourtant en reconstruction, décide de passer son tour sur Jordan Bell et de le vendre aux Warriors pour quelques millions ?

Paxson et Forman ont plutôt bien drafté. Mais ça ne doit pas faire oublier leur gestion catastrophique de cette organisation depuis plusieurs années. Jim Boylen, l’assistant qui a été promu, est d’ailleurs le cinquième coach nommé par les deux compères. Déjà. Après, il est vrai qu’il y avait un problème avec Fred Hoiberg. Les dirigeants des Bulls ont parlé de « l’état d’esprit » du groupe. Il était apprécié par les joueurs mais était-il vraiment respecté ? Il n’a pas peut-être pas eu les bons éléments à sa disposition, OK. Mais un coach doit aussi savoir s’adapter à l’effectif qu’il a sous la main. Il a rarement su le faire avec brio. Son licenciement était peut-être nécessaire. Mais il n’est qu’une première étape dans le plan de redressement d’une franchise mythique qui peine à se relever.