Giannis Antetokounmpo : NEW KING

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

La tête de LeBron James n’est pas encore tombée que son successeur est déjà tout trouvé. Donnez donc la couronne à Giannis Antetokounmpo. Pour monter sur le trône, désormais, il faudra s’assoir sur ses genoux.

Sans (grosse) surprise, Giannis Antetokounmpo a donc été sacré MVP NBA hier durant la cérémonie de remise des trophées. Une consécration qui nous semblait inévitable pour l'homme à tout faire des Milwaukee Bucks et que nous avions annoncée en décembre 2017 lorsque nous l'avions mis en couverture du numéro 65 de REVERSE. Voici le portrait que nous avions alors tiré de lui.

Affalé sur le banc comme un ancien au comptoir d’un bar, Reggie Evans interpelle le gamin longiligne en lui tapant sur le torse.

« Hey, t’as quel âge toi ? »

Giannis Antetokounmpo se retourne et marmonne sa réponse, sans que la moindre émotion soit lisible sur son visage d’adolescent.

« Vingt ans. »

Puis il reporte son attention sur le jeu, laissant son interlocuteur perplexe.

« Vingt ans », répète le vétéran, pantois. Il finit par lâcher un « Putain ! » en levant les sourcils avant de siroter à nouveau sa bouteille de Gatorade.

Nous étions alors en février 2015, à peine un an et demi après les débuts de Giannis Antetokounmpo en NBA. Encore aujourd’hui, cette anecdote est celle qui résume le mieux le personnage. La réaction d’Evans, nous l’avons tous eue. Que ce soit devant une action irréelle ou une performance incroyable de la version basketballistique de l’Inspecteur Gadget. Mais ce bon vieux Reggie était un visionnaire. Il sentait le phénomène débouler. Car à l’époque, Giannis, c’était surtout beaucoup de blablas sur azerty. L’idole de la toile, des couche-tards aux yeux éclatés devant leur League Pass, des adeptes des Vines (R.I.P.), GIFs et des réseaux sociaux. Le chouchou d’internet a grandi sous nos yeux. Littéralement.

Son corps de crevette s’est renforcé de plusieurs kilos de muscles quand l’enfant à peine sorti de son quartier d’Athènes est devenu un homme. Les traits de son visage se sont endurcis. Surtout, il est passé de bête de foire amusante à boss du NBA game. En même pas quatre piges. Une ascension qui donnerait même le vertige à Edmund Hillary, premier homme à avoir escaladé l’Everest. Il a brutalement progressé pour aujourd’hui atteindre les sommets : rookie exotique la première saison, titulaire indiscutable la seconde, star en devenir la troisième, All-Star la suivante avant de s’imposer comme l’un des dix (cinq ?) meilleurs joueurs du monde depuis quelques mois. Un mot, Reggie ? « Putain ! »

Pour le trône, tout se réglera par le sang

Même à l’aube de 2018, c’est toujours la même histoire. Un pianotage sur Google ou Wikipédia à propos de Giannis Antetokounmpo et c’est le coup de crosse derrière la tête. Yep, l’athlète le plus terrifiant de ce championnat peuplé de mammouths aux dimensions surhumaines vient tout juste de fêter ses vingt-trois balais. Putain. Putain. Reggie, putain ! Vingt-trois ans. Il est tellement fort que c’est presque logique d’oublier à quel point il est jeune. Malcolm Brogdon, son coéquipier élu Rookie Of The Year en 2017, a deux piges de plus que lui, alors qu’il a été drafté trois années plus tard ! Son règne n’a même pas encore vraiment commencé. Mais il domine déjà tous les U25 les plus prometteurs de cette ligue. Il est au-dessus du (gros) lot.

Giannis Antetokounmpo
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La concurrence n’est pas moche, mais elle vend des marrons en comparaison des exploits chiffrés de la superstar des Bucks. Anthony Davis est l’homme de verre incapable d’enchaîner trois matches sans se péter quelque chose. Karl-Anthony Towns est à la défense ce que Tex est à l’humour : un outrage. Nikola Jokic a des lacunes dans son jeu en plus d’avoir le physique d’un mec qui gère la buvette à la mi-temps des matches de foot en Serbie. Ben Simmons est brillant, mais il raterait une vache dans un couloir. Joel Embiid doit prouver qu’il est capable de rester en bonne santé tout une saison, ce qui n’est toujours pas d’actualité. Kristaps Porzingis est trop occupé à essayer de gérer des mannequins aux gros fessiers sur Instagram. Quant à Andrew Wiggins, il a plus le sens de la gagne de Tracy McGrady que de Kobe Bryant. Game over.

Antetokounmpo est le seul vrai prétendant au trône. Il y a du LeBron James en lui.

« Je pense qu’ils sont similaires, notamment dans la façon dont ils comprennent comment impliquer leurs coéquipiers pour gagner. Je ne dis pas qu’il est aussi fort que James, mais il est proche de ce que LeBron était en tant que joueur à 22 ans », osait Jason Kidd, son coach, en octobre dernier.

Le King, évidemment, est la référence absolue. Giannis suit ses traces, à pas de géants. Il est d’ailleurs le seul à se rapprocher d’aussi près du maître incontesté, par son impact sur le terrain et sa domination – physique et même technique – de ses adversaires. Il a aussi cette capacité à voir par-dessus la défense, lui, le meneur de 2,11 m. Meneur. 2,11 m. Reggie ? « Putain ! » Comme James, le jeune homme est un ailier capable de créer du jeu. Un « point forward ». Sauf que lui a poussé la définition du terme encore plus loin.

« Oubliez la notion de ‘‘forward’’, ce gars est un arrière. Le ‘‘point forward’’ était censé installer l’attaque en transition. Sans être Magic Johnson non plus. Il fallait juste décharger un peu de pression des épaules du meneur. Mais Giannis pousse, attaque, pénètre et ressort la balle. Il a donné une toute nouvelle dimension à ce rôle avec Jason Kidd », explique Marques Johnson, l’un des premiers « point forward » de l’Histoire désormais devenu consultant TV lors des matches des Bucks.

« Je ne sais pas si c’est vraiment un ‘‘point forward’’. C’est un joueur hybride. Du jamais vu », ajoutait Steve Smith, qui lui aussi avait été affublé de cette étiquette.

Avec tous ces points communs, le jeune homme est le parfait héritier au pouvoir. Un cran au-dessus des autres prétendants. Il est même encore plus que ça, finalement. Comme Apple, il est une révolution à lui tout seul. Même LeBron James a vu en lui son successeur.

Sur le terrain, les petits ne respectent pas les grands

Garder ses amis proches et ses ennemis encore plus près. Le champion de Cleveland connaît ses classiques. Quand il repère un jeune qui grimpe, il veut en savoir plus sur lui. Alors quand il est témoin de la montée en puissance d’un potentiel rival, il a sa méthode – pacifiste en apparences – pour déceler les motivations, la personnalité et les points faibles de son adversaire : l’inviter à travailler avec lui. Une vraie fausse collaboration estivale pour tester la concurrence. L’occasion de jouer dans sa tête en dévoilant sa toute puissance. Une manière aussi d’occuper une position de force. Celle du mentor qui éduque la relève.

Cela fait donc deux années de suite que les entraîneurs personnels du quadruple MVP ont contacté le camp de Giannis Antetokounmpo pour un featuring entre juillet et août. Toujours sans succès. Il a poliment refusé à chaque fois, et ce malgré les encouragements des dirigeants de Milwaukee, flattés que leur bijou soit sur le radar du meilleur joueur du monde. Giannis Antetokounmpo est là pour couper la tête du roi, pas pour faire le beau sur sa prochaine story Instagram. Une démarcation complète à l’époque où les basketteurs se disent fiers d’évoluer au sein d’une « fraternité » NBA. Lui ne rentre pas dans ce moule. Ce qui peut agacer ses confrères. Notamment LBJ. Parce que s’il se la joue grand seigneur en l’invitant dans son royaume, le King a aussi déjà été frustré par l’attitude du bonhomme.

Il y a un an, des Bucks en pleine bourre corrigeaient les Cavaliers à la surprise générale un soir de décembre. 118-101. Une bonne claque dans la gueule des champions en titre. Une défaite difficilement digérée par LeBron James.

« En privé, James ne comprend pas pourquoi Giannis Antetokounmpo et Jabari Parker jouent à un niveau plus élevé que d’habitude quand ils affrontent Cleveland. Il se demande pourquoi ces deux-là ne deviennent pas de vrais professionnels en jouant tout le temps de la sorte », racontait Dave McMenamin, reporter ESPN proche du vestiaire des Cavs à l’époque.

Quelle hypocrisie. Ça mérite un « putain » ça, Reggie. Comme si LeBron James ne connaissait pas cette envie de se surpasser lors d’un match en particulier. Comme s’il n’avait jamais coché certains duels ou rencontres à enjeux sur son calendrier personnel. Mais il n’était pas le seul à se plaindre, même s’il n’a jamais publiquement remis en question les stars du Wisconsin. Moins subtil, John Wall a craché son dédain dans la presse après une fessée infligée par les Bucks à ses Wizards.

« Ils nous ont botté le cul, mais nous n’avons pas apprécié le fait qu’il [Giannis] reste sur le terrain alors qu’ils avaient 20 ou 30 points d’avance. Ils font beaucoup plus de trash-talking qu’avant. Nous avons pris ça de manière personnelle. »

Pareil. Comme si le meneur All-Star n’avait jamais voulu gonfler ses stats lors d’une rencontre déjà pliée. Ce sont là des signes qui ne trompent pas. Cette tension, cette colère à peine masquée, les dents qui grincent, témoignent surtout de la peur ou, du moins, de l’angoisse suscitée par le « Greek Freak » auprès de ses opposants. Même les plus prestigieux d’entre eux.

Il ne cherche pourtant pas à leur manquer de respect. Il admet volontiers ne pas être au niveau de James par exemple. C’est simplement qu’il ne se mélange pas. Il se place au-dessus de la mêlée. En marge des jeunes joueurs admiratifs de leurs idoles qui se seraient tous rués sur l’invitation du King. Tous auraient accepté pareil honneur. Pas lui. Les aigles ne volent pas avec les pigeons, ni même avec les autres rapaces. Ils volent seuls, de leurs propres ailes. La mentalité de vainqueur d’une superstar unique amenée à devenir le prochain visage de la NBA. La nouvelle référence.

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