Les Warriors, l’art d’une défense capable de faire déjouer LeBron James

Malgré les 44 points inscrits par LeBron James lors du Game 1 des Finales NBA, les Golden State Warriors sont parvenus à faire déjouer les Cleveland Cavaliers.

Damien Da SilvaPar Damien Da Silva | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Analyse
Les Warriors, l’art d’une défense capable de faire déjouer LeBron James
« Personne ne me laisse marquer 40 points. Je vais les chercher mes 40 points. Ce n'est pas comme s'il me laissait aller au panier. Personne ne me laisse faire ça, je le fais tout seul. » Cette phrase est signée LeBron James, il n’a pas vraiment apprécié les récentes sorties des joueurs des Golden State Warriors après le Game 1 des Finales NBA remporté par la franchise californienne. En effet, les hommes de Steve Kerr se sont félicités de leur performance défensive en expliquant qu’ils avaient accepté de prendre autant de points de la part de l’ailier pour se concentrer sur les autres éléments des Cleveland Cavaliers. Même si cette tactique était tout de même à deux doigts d’échouer avec les deux tirs ratés dans les derniers instants du QT4 par LeBron James et Iman Shumpert, le pari de Kerr s’est révélé gagnant en prolongation avec une nette domination des Warriors et seulement deux petits points pour les Cavaliers (marqués à quelques secondes de la fin de la rencontre). Retour sur les choix judicieux des Californiens défensivement sur ce Game 1.

La mission : fatiguer LeBron James et le couper des autres joueurs

Stopper LeBron James ? Un doux rêve pour certaines franchises, les Chicago Bulls et les Atlanta Hawks ont espéré pendant longtemps avoir dans leurs rangs deux joueurs capables, avec Jimmy Butler et DeMarre Carroll, de gêner l’ailier des Cleveland Cavaliers. Même si le joueur des Bulls a été à la hauteur de sa réputation défensivement, il a finalement été dominé par LBJ. À partir de ces précédentes séries, Steve Kerr a fait un choix audacieux : de toute façon, LeBron James va réaliser une grosse performance offensive, alors autant le « laisser faire » mais en le coupant de ses coéquipiers.
« Quand on regarde les choses, on peut dire que c'est exactement ce que nous voulions. Nous avons réussi à stopper tous les partenaires de James. Bien sûr, Kyrie Irving est parvenu à apporter, mais James va devoir avoir de très grandes nuits offensives pour eux. S'il parvient à nous battre comme ça, nous pourrons l'accepter. Mais comme ça, nous éliminons les tirs ouverts de J.R. Smith, les dunks de Mozgov et les rebonds offensifs de Tristan Thompson », a confié Harrison Barnes à USA Today.
[superquote pos="d"]"Nous pouvons vivre avec le fait de laisser LeBron James marquer 40 points (...) nous avons l’impression que les autres joueurs sont la clé", Andrew Bogut.[/superquote]Résultat sur le Game 1 ? 44 points pour James dont seulement 15 sur des passes décisives de ses partenaires et autour de lui, la performance des Cavs a été décevante. Outre Kyrie Irving (23 points) et Timofey Mozgov (16 points), les hommes de David Blatt n’ont pas été à la hauteur de ce rendez-vous. Pour revenir à l’analyse de Barnes, « éliminer » c’est un mot fort puisque Mozgov a tout de même réalisé un bon chantier dans la raquette et que Tristan Thompson a capté 6 rebonds offensifs, mais « limiter » serait totalement adapté. L’un des impacts les plus flagrants de cette tactique des Warriors, c’est sûrement le match catastrophique de J.R. Smith. Seul joueur du banc des Cavs à avoir marqué des points, l’arrière est passé à côté de cette rencontre avec 9 petits points à 3/13 aux tirs dont un 3/10 à longue distance.
« J'ai tenté de trouver mon rythme, c'était difficile et ils ont commencé à être vraiment attachés à moi. Je dois faire un meilleur boulot dans mes tirs et créer des opportunités pour les autres », a jugé Smith pour le NY Post.
Au final, les Warriors sont persuadés que la clé de ces Finales NBA n’est pas leur défense sur LeBron James, mais la capacité des autres éléments autour de lui à réaliser des actions importantes. Une analyse qui colle assez bien aux victoires des Cavs lors des précédentes séries sur ces playoffs 2015. Car si la star de la franchise de l’Ohio est gigantesque ces dernières semaines, il ne faut pas oublier que les Cavs ont fait la différence aussi grâce aux bonnes performances de certains "joueurs de l'ombre" comme Iman Shumpert,  J.R. Smith, Tristan Thompson ou encore Matthew Dellavedova.
« Il a réalisé beaucoup de tirs difficiles, contestés. Nous pouvons vivre avec le fait de le laisser marquer 40 points car nous avons l’impression que les autres joueurs sont la clé de cette série pour eux. Je ne pense honnêtement pas que LeBron a envie de prendre 40 tirs et je pense que notre défense a un peu prévu cela. Je crois qu’il veut davantage créer, et on le force à continuer à shooter », s’est félicité Andrew Bogut.
Et le plus fort, c’est que cette méthode des Warriors a fait la différence en prolongation. Sans Kyrie Irving (sorti sur blessure), LeBron James a été obligé de prendre encore plus ses responsabilités lors des 5 dernières minutes et il s’est montré usé après un match éprouvant pour lui offensivement avec de nombreuses tentatives en isolation (28 sur 38). Du coup, l’ailier a raté trois tirs et a concédé trois turnovers en OT offrant ainsi la victoire aux Californiens. Une tactique payante pour Draymond Green.
« 38 shoots, beaucoup de jeu en isolation, peut-être que cela a un peu sorti les autres joueurs de leur rythme. Mais il va faire ce qu’il fait toujours, il va porter cette équipe sur ses épaules. C’est pour ça qu’il est LeBron James, il est excellent. Nous avons trouvé le moyen de gagner avec un James à 44 points. On veut continuer à essayer de fatiguer LeBron, c’est le plan. »
Ce plan fonctionne bien grâce à la profondeur de banc des Warriors et les nombreuses possibilités pour défendre sur LeBron James. Avec Harrison Barnes, Draymond Green, Klay Thompson, Steve Kerr dispose de plusieurs armes pour « freiner » l’ailier des Cavs. Mais c’est la performance d’un autre joueur de la franchise californienne qui mérite une mise en lumière.

André Iguodala, l’homme à la base du plan

Harrison Barnes a eu du mérite, Draymond Green a tout donné, Klay Thompson a fait le boulot, mais André Iguodala a dominé LeBron James ! Et oui le mot est fort, comme le boulot d’Iggy sur ce Game 1.
« Il y avait beaucoup d’adrénaline mais c’était sympa. Il n’y en avait pas trop et j’ai pu rester concentré tout le match. Mais nous avons mis beaucoup de joueurs sur LeBron. Il a mis des tirs difficiles et c’est ce que nous voulons faire toute la série, l’obliger à prendre des shoots difficiles et l’user », a répondu Iguodala à chaud.
Sans parler de la mentalité exceptionnelle du garçon qui a accepté de passer d’un rôle de superstar (aux Philadelphia Sixers) à celui de 6e homme en l’espace de quelques mois, l’ailier a réalisé une prestation défensive magistrale face à James. Les chiffres sont explicites : - face aux autres défenseurs, James a marqué 27 points à 12/22 avec seulement une perte de balle. - face à Iguodala, James a inscrit 11 points à 4/14 avec trois pertes de balle. Tout sauf un hasard. Comme nous vous l’indiquions juste après la rencontre, André Iguodala semble être l’arme idéale de Steve Kerr pour embêter LeBron James sur ces Finales NBA. Et bien évidemment, ce n’est pas seulement une observation sur ce Game 1. Même si Iguodala est moins dans la lumière depuis plusieurs mois, il reste l’un des meilleurs défenseurs à son poste en NBA. Il ne faut pas oublier qu’il était désigné par Coach K, le sélectionneur de Team USA, comme le grand spécialiste américain dans cet aspect du jeu lors des compétitions internationales. Et son coach actuel, Kerr, en a parfaitement conscience.
« André est l'un des défenseurs les plus intelligents que j'ai vus. Il a une très bonne vision du jeu, il lit très bien où chacun se situe sur le parquet. Ça peut faire sourire de dire qu'un joueur a très bien défendu sur un autre qui a mis 44 points, mais je pense qu'André l'a très bien fait. Il l'a obligé à prendre des shoots difficiles. André a été fantastique toute l'année. Les chiffres ne le montrent pas toujours, mais il est très important pour nous », a précisé Kerr pour ProBasketBall Talk.
[superquote pos="d"]"La clé, c’est de faire ce qu’il faut que ce soit aussi compliqué que possible pour eux en les forçant à prendre des shoots difficiles", André Iguodala.[/superquote]Dans cette ligue, il n’y a pas beaucoup de joueurs qui peuvent se vanter d’avoir été un jour considéré comme un « LeBron stopper » (terme utilisé aux USA). Avec Paul Pierce et Kawhi Leonard, André Iguodala est assurément l’un des joueurs qui donne le plus de mal au « King ». Alors bien évidemment, l’ancien leader des Sixers n’est pas un remède magique face à James, le talent de la star des Cavs reste incroyable mais Iguodala dispose des qualités physiques et du QI basket pour être à la hauteur de ce défi. Au final, c’est l’ailier qui décrit le mieux le travail qu’il doit réaliser face à James.
« Au début de ma carrière, j’ai appris auprès de vrais vétérans comme Aaron McKie. Il disait toujours : ‘Écoute, tu ne peux pas arrêter ces gars-là. C’est joueurs marqueront leurs points quoi qu’il arrive. Les gens viennent les voir jouer. Ils obtiendront toujours des lancers francs et ils trouveront leur rythme à chaque match. La clé, c’est de faire ce qu’il faut que ce soit aussi compliqué que possible pour eux en les forçant à prendre des shoots difficiles. Il faut défendre sur tous les tirs en espérant qu’ils les ratent. De temps en temps, tu peux espérer réussir une interception ou dévier un ballon. Il faut les faire sortir de leur rythme' », a raconté Iguodala à Yahoo Sports.
Et même si rien n’assure qu’André Iguodala va tenir la distance sur l’intégralité de la série, l’homme de 31 ans a prouvé en onze saisons en NBA qu’il était capable de tenir la dragée haute aux meilleurs joueurs de la Ligue en défense. Et LeBron James ne fait pas exception…

Oui, LeBron James a déjoué

Si LeBron James a été visiblement piqué par les explications des joueurs des Warriors après la rencontre (cf début d’article), l’ailier sait parfaitement qu’il n’a pas forcément réalisé un énorme match. Bien évidemment, c’est dur à dire car il a tout de même marqué 44 points, mais le « King » a déjoué. Oui c’est fou, mais le talent de LBJ est tellement grand qu’il peut inscrire un nombre important de points tout en étant dans le faux.
« Nous devons tous faire mieux, moi aussi. Je ne pense pas avoir été génial, je dois faire les choses encore mieux pour nous aider à être plus précis offensivement. Mais ce n'est pas seulement à propos de moi, ce n'est pas juste à propos d'un gars, c'est à propos de nous tous », a analysé James pour USA Today.
Et même si James ne veut pas le reconnaître, il a été forcé par les Warriors de changer sa façon de jouer, c’est d’ailleurs la plus grande réussite des Californiens lors de ce Game 1. Physiquement, les défenseurs de Golden State parviennent à répondre au défi de James et Andrew Bogut est parfait dans son rôle de protecteur de raquette pour se mettre sur la route du cercle. Résultat ? LeBron James a déjoué… Encore une fois, les chiffres sont explicites avec les statistiques de James sur les playoffs (en rouge) et lors du Game 1 (en jaune) : Via ProBasketBall Talk. Comme vous pouvez le constater, les Warriors ont tout simplement rendu l’accès du cercle extrêmement difficile à James, il a seulement inscrit trois layups sur l’intégralité de la rencontre (dont un « offert » en fin de prolongation). Obligé de prendre sa chance à mi-distance, LBJ a eu un rendement bien moins efficace et a forcé son jeu. Et ce n’est pas le seul élément qui renforce cette analyse. Avec 22 de ses 38 tentatives (pour 7 paniers réussis) en dehors de la raquette lors du Game 1, James a réalisé son record de tirs tentés à mi-distance en playoffs dans l’intégralité de sa carrière. Mais plus frappant encore, avec 28 tirs effectués en isolation (sans passe avant) lors du Game 1, il a explosé sa moyenne en playoffs (20 tirs en isolation par rencontre). Outre les chiffres, cette « LeBron James dépendance » automatique, en plus de rendre le jeu des Cavs très stéréotypé, fatigue énormément la star des Cavs (peut donc expliquer sa prolongation ratée) et coupe les autres joueurs de la rencontre. Comment rentrer dans le rythme d’un match si un joueur monopolise autant la gonfle ? Car même si James est fantastique, il ne pourra pas gagner tout seul ces Finales NBA et il doit trouver un moyen d’impliquer ses partenaires dans le jeu offensif de son équipe, comme il l’a très bien fait lors des tours précédents avec 9,3 passes décisives par match sur ces playoffs 2015 (seulement 6 lors du Game 1 alors qu’il y a eu une prolongation). [superquote pos="d"]Avec la blessure de Kyrie Irving, la réponse des Cavs doit être collective.[/superquote]Désormais, David Blatt connaît le plan de jeu défensif des Warriors, il sait les armes à disposition de Steve Kerr et il va devoir trouver des solutions pour laisser James donner son meilleur tout en permettant à ses autres éléments de hausser également leurs niveaux de jeu en attaque. Comme toujours, les ajustements sont indispensables en playoffs. Avec la blessure de Kyrie Irving, forfait pour l’intégralité des Finales et absent pour trois à quatre mois, le risque pour les Cavs, c’est de se reposer encore plus sur LeBron James alors que le changement doit être impulsé collectivement. Face à ce groupe des Warriors très profond, la franchise de l’Ohio va devoir proposer une réponse collégiale pour exister dans cette série. Sinon, bien évidemment, le talent de LBJ pourrait permettre aux Cavs d’arracher un ou deux matches, mais le titre NBA finira à Oakland. En tout cas, même si les Warriors sont désormais les grands favoris de ces Finales, l’intérêt de cette série est encore fort avec de nombreuses interrogations : les Warriors peuvent-ils réaliser une telle performance défensive sur l’ensemble d’une série ? André Iguodola peut-il tenir la distance également ? Quelle réponse sur le parquet pour LeBron James ? Les J.R. Smith, Iman Shumpert, Matthew Dellavedova sont-ils capables de hausser leurs niveaux de jeu ? David Blatt, pourtant si créatif offensivement en Europe, peut-il trouver une solution pour dynamiser le jeu collectif de son équipe ? Steve Kerr, avec ses choix défensifs et son small ball, a-t-il encore d’autres tours dans son sac ? Vivement la nuit prochaine...
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