Analyse : Comment Harrison Barnes a relancé sa carrière

Trop rapidement présenté comme une star en devenir, Harrison Barnes a découvert un nouveau rôle plus obscur mais non moins important avec Steve Kerr. Analyse de l'un des facteurs X des Warriors.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Analyse : Comment Harrison Barnes a relancé sa carrière
Le tir à trois-points de Draymond Green était trop long. Harrison Barnes l’a immédiatement senti et il a anticipé la trajectoire de la balle. Cette dernière a ricoché sur le cercle avant d’atterrir dans les mains du jeune ailier des Golden State Warriors. Deux défenseurs se sont alors jetés sur lui. Une première feinte de tir, un pied de pivot, une deuxième feinte de tir et les deux intérieurs des Houston Rockets étaient dans le vent. Il n’avait plus qu’à dunker sauvagement. Plus tard durant la rencontre, alors que les Texans menaient au score dans le quatrième QT, le jeune homme a hérité de la balle derrière l’arc, excentré sur l’aile droite. Plutôt que de shooter bêtement, il a remonté la gonfle jusqu’à sa tête, faisant ainsi mine de tirer et attirant la défense vers lui, avant de passer le cuir à Shaun Livingston, servi en pleine course. Le meneur longiligne de Golden State a conclu en puissance au cercle et les Warriors sont repassés devant au tableau d’affichage sur ce dunk. Ils n’ont plus été rejoints. Nous vous présentons le Harrison Barnes nouveau. Dans le sillage de ses 20 points (à 7/9 aux tirs) et 6 rebonds, les Warriors ont battu les Rockets hier soir, décrochant ainsi leur quatorzième succès consécutif, le dix-neuvième de la saison. La franchise d’Oakland est solidement accrochée en tête de la NBA et elle ne montre aucun signe d’essoufflement (relativisons, seule une vingtaine de matches ont été disputés). Si Stephen Curry, et à un degré moindre Klay Thompson, font la une des médias lorsque l’on évoque les Warriors, il ne faut pas oublier pour autant le travail de sape des joueurs de l’ombre que sont Marreese Speights, Andre Iguodala, Livingston, Green ou Barnes.

Harrison Barnes, victime de la hype

[caption id="attachment_220277" align="alignleft" width="300"] Harrison Barnes a explosé une première fois pendant les PO 2013 (16 pts et 5 rbds de moyenne).[/caption] Superstar au lycée, formé au sein de la prestigieuse université de North Carolina et drafté en septième position en 2012, le natif de l’Iowa n’était pas présenté comme un « joueur de l’ombre » mais comme un potentiel All-Star à son arrivée dans la ligue. Discret pendant sa saison rookie, il s’est illustré dès ses premiers playoffs. On a alors vu pour la première fois le vrai visage d’Harrison Barnes. Placé en ailier-fort suite à la blessure de David Lee, il s’est révélé dans ce rôle. Les Warriors ont éliminé les Denver Nuggets avant de pousser les San Antonio Spurs jusqu’à une sixième manche au second tour. Fort de ses 16 pts et 5 rbds de moyenne alors qu’il était encore un rookie, Barnes confirmait déjà les espoirs placés en lui. La suite fut moins glorieuse. [superquote pos="d"]Mark Jackson n'exploitait pas au mieux les forces d'Harrison Barnes[/superquote]Mark Jackson l’a sorti du cinq la saison suivante. Andre Iguodala avait signé entre-temps un contrat de 48 millions de dollars sur quatre ans. Le jeune sophomore a donc été relégué sur le banc mais son coach attendait tout de même beaucoup de lui. Barnes était censé mener la deuxième unité. On lui demandait d’être un scoreur, ce à quoi il était destiné en arrivant en NBA. Cela n’a pas fonctionné. Il a aligné des statistiques à peine supérieures à celles de sa première saison – 9,5 pts et 4 rbds – tout en étant moins adroit (39,9% de réussite aux tirs et 34,7 à trois-points).
« C’est dur d’attaque en isolation lorsque vous avez une défense déjà en place face à vous. Il y a très peu de joueurs capables de le faire dans cette ligue », confie le jeune joueur. « Regardez à quel pourcentage shootent les meilleurs joueurs – ‘KD’, Melo, ces gars-là – dans ces situations. Et pourtant ces mecs sont les meilleurs. Donc imaginez-moi. Je devais être à 15 ou 20% en isolations. Ce n’était pas fait pour moi. »
Mark Jackson et son staff ne l’avaient pas compris. Les Warriors jouaient essentiellement en isolation, encore plus lorsque Stephen Curry se reposait sur le banc. Barnes était alors chargé de faire sauter le verrou de la défense adverse sans en avoir pour autant la capacité. Le gamin est athlétique mais il n’a pas l’aisance balle en main d’un Kevin Durant ou la puissance d’un LeBron James. Se créer son propre tir, et être efficace, face à une défense NBA même lambda n’est pas une mince affaire. Steve Kerr l’a compris et il a repensé, retouché et révolutionné l’attaque des Warriors.

Un rôle plus adapté à ses qualités

[caption id="attachment_220279" align="alignleft" width="300"] Harrison Barnes se sent bien plus à l'aise au sein du système de Steve Kerr.[/caption] Le nouveau coach a d’abord offert une place de titulaire à son joueur de 22 ans, laissant ainsi Andre Iguodala, un joueur plus à l’aise en dribble, se charger de guider la deuxième unité. Dans le cinq, Harrison Barnes touche moins de ballon mais son rôle est essentiel au succès des Warriors. La présence de Stephen Curry et Klay Thompson sur le parquet lui ouvrent des espaces pour shooter de loin ou couper fort vers le cercle. Libéré de tout marquage, il est un sniper plus que correct (53% de réussite aux tirs cette saison et 44,9% à trois-points). Son sens du placement, ses qualités athlétiques et son QI basket lui permettent de couper au bon moment et au bon endroit afin de finir près du cercle. Il ne force plus, le jeu vient à lui.
« La balle tourne bien, je suis mis dans de bonnes positions (pour tirer). Cela me correspond mieux », assure l’intéressé.
[superquote pos="d"]Un profil à la Luol Deng ? [/superquote]Ses statistiques n’impressionnent pas. Il tourne à 11,6 pts par rencontre, ce qui reste relativement faible pour un joueur censé être « une future star NBA ». En revanche, ses 6,4 rebonds de moyenne témoignent de son activité grandissante sous les panneaux. Il n’hésite pas à aller au charbon. Seuls quatre ailiers – Tobias Harris, Kawhi Leonard, Carmelo Anthony et Josh Smith – captent plus de rebonds que lui depuis le début de la saison. Barnes est mis au service de l’équipe et il s’en satisfait. Et les Warriors ont besoin de lui. Il contribue activement au succès de son équipe. Les hommes de Steve Kerr sont bien meilleurs des deux côtés du parquet lorsque Harrison Barnes est présent sur le terrain. Il est suffisamment athlétique et mobile pour « switcher » avec Draymond Green sur tous les écrans. Il se bagarre aux rebonds pour compenser l’absence d’un deuxième intérieur traditionnel. En attaque, il se fait oublier pour marquer des paniers faciles et convertir des tirs ouverts de loin. Il n’a plus le profil d’une star montante mais son impact sur son équipe est grandissant. Il se mute peu à peu en l’un de ces « glue guys », ces joueurs susceptibles de d’affecter une rencontre de plusieurs façons différentes, un peu comme le faisait Luol Deng à Chicago ou un Doug Christie à l’époque glorieuse des Sacramento Kings (à qui sont parfois comparés les Warriors d’aujourd’hui). Il n’a plus besoin de marquer 20 points pour exister. Mais il arrive aussi parfois que le talent pur du jeune homme refasse surface. Dans un bon soir, il pourrait plier une rencontre en inscrivant une dizaine de points en un QT. Il n’est pas un « go-to-guy » mais les Warriors n’en ont pas besoin. Ils ont déjà Stephen Curry. En revanche, Harrison Barnes a un vrai rôle à jouer dans la quête grandissante des finales NBA.
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