Rockets – Thunder, une rivalité naissante ?

Déjà opposés en avril dernier, les Houston Rockets et le Thunder d'Oklahoma City nous ont offert hier un spectacle digne des playoffs. Même si elles ne se détestent pas, les deux équipes avaient même des comptes à régler.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Rockets – Thunder, une rivalité naissante ?
Intensité, énergie, combativité, exploits individuels et collectifs, actions de grande classe, incartades et « trash talking »… la rencontre entre les Houston Rockets et le Thunder d’Oklahoma City sentait bon les playoffs cette nuit. Mais pas seulement. On sait que le terme rivalité est parfois employé un peu à tout va. Pacers – Heat, Clippers – Warriors, Warriors – Rockets et maintenant Rockets – Thunder… il est facile de monter des rivalités de toutes pièces. Oublions donc quelques instants la puissance du terme pour nous concentrer sur les faits. Il y avait une atmosphère spéciale hier soir à la Chesapeake Arena. Ceux qui ont veillé tard pour regarder le match l’ont forcément senti.

La rancœur de Russell Westbrook

L’incident entre Russell Westbrook et Patrick Beverley est évidemment la première chose qui nous vient à l’esprit pour évoquer l’animosité entre les deux équipes. En réalité, leur confrontation ne fut que la première d’une série d'événements houleux. Les deux hommes ont un passé récent connu des amateurs de basket NBA. En effet, lors des derniers playoffs, Beverley s’est jeté sur le meneur du Thunder alors que ce dernier était en passe de demander un temps mort le long de la ligne de touche. Une fracture du ménisque, plusieurs mois de rééducation et deux rechutes plus tard, Westbrook retrouvait son bourreau. Et il était à bloc.
« On était déjà remonté à bloc après nos deux défaites de suite », feint Kevin Durant au journaliste de The Oklahoman.
Ce dernier n’est pas dupe. « RW » est un compétiteur féroce. Beverley aussi. Les deux meneurs de jeu se sont rapidement cherché des noises et Westbrook est apparu nettement plus déterminé, appliqué et concentré que lors des derniers matches – ce qui ne veut pas dire qu’il ne l’était pas auparavant. Le All-Star joue toujours avec beaucoup de passion.
« C’est ce que j’aime chez lui, il ne cherche pas à se faire des amis », note Scott Brooks, son coach.
C’est évident. Mais la superstar du Thunder semblait motivée à l’idée de faire payer Patrick Beverley et donc les Rockets – effet papillon oblige. A deux reprises, ils sont passés près de s’échanger des coups. Les arbitres sont intervenus très rapidement mais les journalistes présents sur place rapportent que les insultes ont fusé tout au long de la partie. Mais le « beef » entre Westbrook et Beverley n’est pas un cas isolé. [youtube hd="0"]https://www.youtube.com/watch?v=p76VgWa5odk[/youtube]

La rancœur de James Harden

Il fut une époque où James Harden était encore un joueur adulé par la foule de la Chesapeake Arena. « The Bearded One », qu’il l’appelait… Aujourd’hui devenu l’un des meilleurs joueurs de la ligue, il n’a peut-être pas le temps d’être nostalgique. Mais comme il l’a déjà exprimé plusieurs fois, il lui arrive de repenser à cette époque. Harden et Durant sont des amis proches. Ils ont avoué s’échanger des textos et s’appeler dès qu’ils en ont l’occasion. On est là bien loin d’une rivalité. Mais venons-en aux faits. Le Thunder, sûrement dans la panique, a transféré son sixième homme aux Houston Rockets alors que les dirigeants avaient sans doute d’autres solutions. On ne refera pas l’histoire ou alors il faudrait carrément en faire un autre article. Mais toujours est-il qu’Harden a été « sacrifié » par sa propre franchise. Compétiteur comme il est (les séances d’entraînement avec Harden, Westbrook et Durant étaient réputées dans tout le pays), le barbu n’a sans doute pas oublié. A chacune de ses confrontations avec son ancienne équipe, il cherche à prouver quelque chose. « Vous avez eu tort, voilà ce dont je suis capable », pourrait-on extrapoler. Autrement dit, lui aussi était remonté comme une pendule cette nuit. Et comme si cela ne suffisait pas, les joueurs du Thunder ont eux-aussi mis la star des Rockets sur les nerfs. Reggie Jackson lui a fait « une Patrick Beverley » le long de la ligne de touche. Harden n’a pas spécialement réagi mais les deux bancs n’ont pas manqué de se jauger du regard.
« J’ai parlé avec James à la fin du match. C’est passé », tempère justement Reggie Jackson.
Quelques minutes plus tard, le rookie Steven Adams, réputé pour ses coups en douce, a envoyé valser Harden au sol. Flop pas flop ? Peu importe, l’ancien joueur du Thunder s’est relevé rapidement afin de défier le Néo-zélandais en tête à tête. Mais Scott Brooks s’est retrouvé sur son chemin.
« Je lui ai dit des choses dont ma mère ne serait pas fière », expliquait son ancien coach après coup.
S’en sont suivies un débat à distance assez engagé et James Harden a même eu quelques brèves discussions intenses avec des fans assis aux premiers rangs. Son ancien public, doit-on vraiment le rappeler.
« Ce sont juste deux grandes équipes qui cherchent à gagner. C’est aussi simple que ça. Ces confrontations sont toujours assez physiques en NBA. »
James Harden n’a pas tort. Les deux équipes ne se détestent pas spécialement. Elles partagent simplement après le même objectif.

La rancœur de Kevin Durant

En blessant – involontairement sans doute – Russell Westbrook, Patrick Beverley a mis fin aux rêves d’Oklahoma City l’an passé. Le Thunder menait alors 3 victoires à 0 au premier tour des playoffs. Dwight Howard n’était pas dans le paysage texan et les Rockets n’avaient pas encore l’allure d’un outsider. Sans Westbrook, Kevin Durant s’est retrouvé terriblement esseulé et il a dû faire face à ses propres limites. Houston a remporté les deux rencontres suivantes avant de finalement sombrer dans le Game 6. Le Thunder a ensuite été balayé par les Memphis Grizzlies en cinq manches. Bien que seul et performant, « KD » a été critiqué lors des derniers playoffs. Certains de ses détracteurs ont vite fait des raccourcis. En substance, sans Westbrook, le Thunder ne serait rien. On suppose que ces critiques sont les mêmes qui estiment aujourd’hui qu’Oklahoma City serait une meilleure équipe sans son meneur de jeu All-Star. Bref, passons. On a reproché à Durant son incapacité à rendre les autres meilleurs. On lui a reproché de ne pas porter sa franchise sans Westbrook. On lui a reproché de ne pas terrasser les Houston Rockets, revenus subitement dans la course (de 3-0 à 3-2 donc). La superstar n’a pas oublié. Tout comme elle n’a pas oublié le traitement de faveur que lui a réservé le rugueux Francisco Garcia. L’ailier des Rockets a malmené Durant physiquement en avril dernier. Cette nuit, les deux hommes se sont vite retrouvés nez-à-nez, prêts à en découdre. Une faute technique pour « KD » et un flot d’insulte des deux côtés.
« C’est une affaire personnelle (entre lui et moi », remarque Durant. « Mais ce n’est pas comme si je le détestais ou comme si je détestais les Rockets. »
Les deux équipes se respectent. Mais elles ont quitté le parquet sans se serrer la main. Ambiance tendue et atmosphère de playoffs oblige. Il est trop tôt pour parler de rivalité, on vous l’accorde.
« Pour ça, il faudrait que l’on continue à se rencontrer en playoffs », conclut Reggie Jackson.
Oui, c’était plus qu’un match de saison régulière. En fait, ce match donnait des allures de playoffs et même mieux, de finales de Conférence. Comme les Clippers ou les Warriors, le Thunder et les Houston Rockets ont des stars assez jeunes mais déjà extrêmement motivée à l’idée de gagner un titre. Les deux formations ont tout le temps pour s’affronter plusieurs années de suite en playoffs. A ce moment-là, on pourra peut-être se replonger en arrière, repenser à ce match et ce dire : c’est là que tout a commencé.
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