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ITW Stephen Brun : « Je partais pour trouver quelqu’un qui me botte un peu les fesses… je ne suis pas déçu »

Théophile HaumesserPar Théophile Haumesser Publié

A peine le temps de se remettre de sa terrible désillusion avec l'équipe de France que déjà Stephen Brun devait faire ses valises pour son nouveau club, Split, en Croatie. Une fois sur place, après avoir re-déménagé pour se rapprocher du centre ville et de la salle, et avoir récupéré une connexion internet et une […]

Stephen Brun

A peine le temps de se remettre de sa terrible désillusion avec l'équipe de France que déjà Stephen Brun devait faire ses valises pour son nouveau club, Split, en Croatie. Une fois sur place, après avoir re-déménagé pour se rapprocher du centre ville et de la salle, et avoir récupéré une connexion internet et une ligne téléphonique, il nous explique les raisons de son départ, revient sur sa saison galère avec Gravelines et surtout sur son aventure estivale avec l'EDF. Le tout avec humour et franchise, sans la moindre trace de langue de bois. Bref, du pure Stephen Brun dans le texte...

BASKET SESSION : Comment ça se passe pour toi, à Split ?
Stephen Brun : Franchement, ça va. Pour moi, c'est ma première expérience à l'étranger, donc j'appréhendais un peu, j'avais peur, mais ils m'ont vraiment bien accueilli. Les gars de l'équipe se sont bien occupés de moi, donc ça va.

BASKET SESSION : Tu t'attendais à quoi en partant là-bas ?
S.B. : Bah le club, je le connaissais, c'est quand même un club légendaire. Dans les couloirs, partout il y a des photos de Kukoc, Radja, Maljkovic... c'est un club mythique ! Je connaissais aussi le coach, Slobodan Subotic, c'est un énorme coach en Europe. Je savais qu'il était rigoureux et je partais aussi pour ça, pour trouver quelqu'un qui me botte un peu les fesses, et franchement, je ne suis pas déçu (rires).

Stephen Brun sous le maillot de l\'EDFBASKET SESSION : D'après ce que j'ai compris, les entraînements sont rudes...
S.B. : Oh putain, les entraînements ! C'est intense. A la fin de l'échauffement, je suis déjà mort (rires). Après l'échauffement, si le coach disait que l'entraînement est fini, je pourrais dire que l'entraînement était dur, alors imagine la suite ! C'est super intense et il nous fait faire des exercices où on courre tout le temps. Et puis, dans l'équipe, les deux autres étrangers, ce sont des trentenaires, moi j'ai 28 ans, et après ce ne sont que des gamins qui ont entre 20 et 24 ans et ils ont faim ! Ils sont à 5000%, donc c'est bien, mais putain c'est intense...

BASKET SESSION : Ces dernières années, à Split, ils ont toujours eu un effectif super jeune.
S.B. : C'est vrai qu'ils sont graves orientés sur la formation des joueurs Croates. D'ailleurs, on est que trois étrangers, et le reste, c'est que des gamins... mais des gamins qui jouent au basket.

BASKET SESSION : Qu'est-ce qui t'a poussé à choisir Split ?
S.B. : Déjà, j'avais envie de partir à l'étranger, voir ce qui se fait ailleurs et découvrir une autre culture basket. En France, je n'avais pas grand-chose d'intéressant et j'avais vraiment envie de découvrir autre chose. Quand j'ai eu l'opportunité d'aller à Split, ça m'a tout de suite parlé, parce que, quand j'étais jeune, c'était un club énorme en Europe. Après il y avait le coach, il a entraîné le Pana, Olympiacos... J'ai pas hésité très longtemps.

"Je sais que je vais être jugé sur mes performances et que si je ne suis pas bon, je rentre à la maison."

BASKET SESSION : Vu la jeunesse de l'effectif, ils attendent de toi que tu joues un rôle de vétéran et de cadre de l'équipe, non ?
S.B. : Ouais, normalement, c'est comme ça. Moi je n'ai jamais eu l'habitude d'être un vétéran, c'est bizarre parce que j'ai beaucoup plus de responsabilités au niveau du leadership et j'ai plus de pression aussi. Parce que quand tu es un joueur français en France, tu as plus de sécurité, tu es un peu dans un cocon. Là, je vais avoir un rôle d'étranger, donc la pression va être accrue. Je sais que je vais être jugé sur mes performances et que si je ne suis pas bon, je rentre à la maison. Mais c'est un challenge qui me plait. J'avais envie de découvrir tout ça et de connaître cette pression de joueur étranger. En plus, on va jouer une belle compétition, l'Adriatic League, dans laquelle on va rencontrer des équipes d'Euroleague et d'ULEB (Partizan, Etoile Rouge de Belgrade, Cibona Zagreb...), ça joue quand même dur. C'est du haut niveau et j'avais envie de connaître ça en ayant un rôle majeur et, pour l'instant, ça répond à mes attentes. Le championnat commence demain (samedi), donc on verra comment ça se passe par la suite.

Stephen Brun score 11 ptsBASKET SESSION : La saison galère avec Gravelines, ça a joué dans ton envie de voir autre chose ?
S.B. : Non, pas forcément. Parce qu'avant même d'entamer la saison avec le BCM, j'avais dans la tête de partir à l'étranger. J'avais envie de faire une bonne saison collectivement pour pouvoir me montrer et me vendre plus facilement. Bon, ça n'a pas été le cas collectivement. Individuellement, ça a été correct, sans plus...

BASKET SESSION : Avec le recul, qu'est-ce qui a fait que l'équipe est partie en vrille comme ça, l'an dernier ?
S.B. : (Dégoûté) J'sais pas... Si quelqu'un de l'extérieur était venu dans le groupe, il se serait dit qu'il y avait une bonne ambiance, mais c'était un peu malsain entre nous. On faisant semblant d'être un bon groupe, mais je crois pas qu'on n'était si soudé que ça. Il y avait des clans et la mayonnaise n'a pas pris. Voilà, après il y a eu l'épisode "Stephen Brun dans le journal qui a lâché des trucs", et après Fred Sarre s'est fait coupé... Franchement, c'est mon seul regret de la saison, parce qu'en aucun cas je ne voulais qu'il se fasse couper. Ce n'était pas du tout mon but, et ça reste pour moi un grand technicien et un énorme coach. Avec les résultats sportifs, cet épisode avec Fred Sarre reste mon plus grand regret de la saison dernière.

"Après le match de la Turquie, honnêtement, je pleurais dans le vestiaire."

BASKET SESSION : Forcément, on va parler un peu équipe de France. Quel est le sentiment qui domine quand tu repenses à tout ça ?
S.B. : Tous les jours j'y pense... (Visiblement encore sous le choc) C'est une énorme déception pour moi et pour toute l'équipe. On n'a pas été à la hauteur des attentes du basket français... Après le match de la Turquie, honnêtement, je pleurais dans le vestiaire, parce que je suis quelqu'un qui a vécu à fond cette campagne et qui était à fond dedans. Quand on a appris qu'on n'était pas qualifié, la tristesse a pris le dessus, mais il n'y avait pas que moi, il y avait du monde qui était aussi déçu que moi. Ça m'a fait mal, même là j'y pense encore. Après, ici, j'ai dû me mettre dans le bain direct, mais j'y repense encore très souvent. On a échoué...

BASKET SESSION : A quel moment du dernier match contre la Turquie est-ce que vous avez su qu'il fallait absolument gagner ?
S.B. : On ne l'a jamais vraiment su, mais j'ai une image forte dans ma tête. Au sortir d'un temps mort, à 1'30 de la fin, Crawford Palmer vient vers moi et il me dit "Il faut gagner absolument !", avec de la rage dans le ton... Là j'ai compris qu'il s'était passé quelque chose dans les autres groupes et qu'on n'était pas en position favorable.

BASKET SESSION : Cette équipe de France a pas mal été décriée, on a entendu dire par exemple qu'elle était montée de "bric et de broc". Comment vous l'avez vécu ?
S.B. : Pour nous, c'était aussi une source de motivation de montrer aux gens qu'ils se trompaient sur cette équipe, même si c'est difficile de monter une team en deux mois. Avoir un vécu collectif et une osmose dans le jeu, c'est super dur ! Les autres équipes qu'on a jouées, elles étaient ensemble depuis deux ou trois ans, les mecs se connaissaient. Nous, on a eu deux mois pour faire cette équipe. Après, on peut dire qu'elle était composée de joueurs de Pro A qui ne sont même pas des joueurs majeurs dans leurs clubs, mais nous on était là ! Il fallait que les gens se mettent dans la tête que c'était nous l'équipe de France. C'est bien beau de parler des absents... Après, on peut débattre pendant des années et des années sur "s'il y avait eu untel ou untel", mais le problème c'est qu'ils n'étaient pas là et qu'il fallait faire avec. Nous on avait à cœur de montrer aux gens qu'ils avaient tort et malheureusement, on n'a pas réussi...

"A Limoges, Tony a fait un match d'extraterrestre."

BASKET SESSION : D'un point de vue personnel, qu'est-ce que tu retires de cette expérience ?
S.B. : J'ai appris pas mal de choses. J'ai eu l'opportunité de m'exprimer sur le terrain parce que j'ai eu quand même pas mal de temps de jeu. Mais je n'en ressorts pas forcément satisfait, parce que je n'ai fait que deux bons matches sur six, c'est pas terrible. Mais ce qui fait mal aussi, c'est pour Tony surtout. Parce que lui il est venu, et ce qu'il a fait sur les six matches, je crois qu'on ne se rend pas bien compte à quel point c'est exceptionnel. Je lisais à droite, à gauche, que ça déplaisait qu'il joue pour lui, mais il faut que les gens comprennent que s'il veut marquer à chaque action, il peut le faire. Personne ne peut l'arrêter ! Après, c'était à nous de nous hausser à son niveau ou du moins de l'aider plus. Lui, en NBA, il a déjà gagné des titres, mais il a vraiment à cœur de faire quelque chose avec l'équipe de France, pour avoir un palmarès rempli en NBA et en EDF. Ça m'a fait mal de le voir triste après avoir tout donné à Limoges. Ce soir-là, il a fait un match d'extraterrestre. On n'a pas été assez bon, à côté de lui, pour lui permettre d'aller en Pologne et de ramener quelque chose avec cette équipe.

BASKET SESSION : Comment vois-tu ton avenir en équipe de France ?
S.B. : J'avais déjà fait la préparation avant le mondial au Japon et je n'avais pas été retenu jusqu'à la fin, parce que je sais très bien qu'à mon poste... (Il s'interrompt) Je dis ça en toute honnêteté, ce n'est pas pour faire de la fausse modestie... A mon poste, il y a des joueurs qui sont meilleurs que moi et ça j'en suis conscient. Tu prends Florent Piétrus au poste 4... tu ne peux pas comparer Florent Piétrus et Stephen Brun ou Boris Diaw et Stephen Brun, voilà, il y a des joueurs qui sont au-dessus de moi. Après, c'est sûr que si on fait appel à moi je viendrais, parce que j'adore jouer pour le maillot de l'équipe de France, vivre en communauté avec les gars, retrouver les mecs l'été, manger avec eux et se raconter nos histoires qu'on a vécues dans nos clubs... J'ai de grosses affinités avec certains joueurs de cette équipe et c'est vraiment une aventure extraordinaire. Moi, si je reçois une convocation pour la suite, il n'y a aucun souci, j'irais... Mais si je ne suis pas sélectionné, je comprendrais tout à fait, parce que je sais très bien qu'il y a d'autres joueurs qui sont meilleurs que moi.