Jimmy Butler a trouvé sa place en NBA

Après s’être longtemps cherché, Jimmy Butler a peut-être enfin le rôle qui lui correspond le mieux. Et c’est ce sont les Philadelphia Sixers qui en profitent.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié

Avez-vous observé Jimmy Butler lors du Game 3 entre les Philadelphia Sixers et les Toronto Raptors hier soir ? Si non, nous vous invitons à le faire. Si oui, vous avez probablement été séduit par la performance de l’arrière All-Star, au bord du triple-double (22 pts, 9 rbds et 9 pds). Mais ce n’est pas juste les statistiques, les paniers ou même les passes. C’est l’expérience complète d’un joueur – et donc d’un homme – qui est en train d’élever son jeu vers de nouvelles hauteurs depuis quelques semaines. Quels sont les stéréotypes sur Jimmy « Buckets » ? Un excellent basketteur au caractère un peu spécial. Exécrable par moment, adorable par d’autres.

Un individu généreux mais paradoxalement taxé d’égoïsme qui s’est taillé une réputation pas toujours flatteuse depuis deux ans. Jimmy, c’est le gars qui joue dur, qui a envie de gagner mais qui serait aussi capable de se mettre ses camarades à dos et de râler quand ça ne va pas dans son sens. Pas un leader. Vous l’avez lu, entendu, relu, parfois de notre main. Maintenant, il est peut-être pour nous, pour nous tous, de faire une mise à jour et de comprendre ce qui se passe sous nos yeux depuis le début des playoffs.

Butler, à l’image de son match cette nuit, est impeccable. Et pas seulement dans le jeu. Son attitude. Irréprochable en dehors des parquets, alors que certains craignaient qu’il mette à feu et à sang le vestiaire de Philadelphia. Au contraire, il s’affirme comme un ciment. Il ne fait pas de vague. Il s’est plaint, une fois, après une défaite. Comme Joel Embiid qui a traditionnellement deux ou trois soirs dans la saison où il exprime à la presse sa frustration de ne pas avoir plus souvent la balle au poste bas. Jimmy aurait pu râler. Il y a des rencontres où les systèmes ne tournent pas assez autour de lui – surtout quand on connaît ses capacités. Mais non. Il se fond dans le collectif. Il sait qu’il aura de toute façon ses moments à lui.

Au final, il a même amené un état d’esprit. Celui d’une star qui ne rechigne pas devant le sale boulot. Tout le monde est conscient que Jimmy Butler joue dur et c’est communicatif auprès de ses coéquipiers. Ils ne le craignent pas, ils le respectent. C’est beaucoup plus important. Peut-être par manque d’expérience, le natif de Tombale avait tendance à se braquer quand ses partenaires ne se calquaient pas sur sa mentalité. C’est ce qui a mené aux clashs avec les Chicago Bulls puis les Minnesota Timberwolves des paresseux Andrew Wiggins et Karl-Anthony Towns.

Il manquait de pédagogie. Parce qu’il n’a pas l’habitude d’être dans ce rôle. Que ce soit au lycée ou même à la faculté, Butler n’était pas considéré comme un patron ou futur patron. Il n’a pas souvent eu les clés. Il est arrivé en NBA par la petite porte, le dernier choix du premier tour lors de la draft 2011. D’abord, il a chauffé le banc. Ensuite, il a fini par se faire une place dans la rotation de Tom Thibodeau en jouant dur. Mais même là, il n’était pas présenté comme un futur All-Star. Il s’est battu pour en arriver là. Et ça résume sa vie, lui qui a été abandonné par sa mère.

Jimmy Butler a mis du temps mais il semble avoir compris. Maintenant, on peut le voir encourager ses coéquipiers, les conseiller, les guider. Bien plus souvent que par le passé. Comme hier soir, quand il encourageait Embiid à tenter sa chance le plus possible. Il essaye de jouer juste quand il a la balle et de garder son équipe concentrée sur ce qui compte vraiment quand il est sur le banc. Ses déclarations vont exactement dans le même sens. Après une défaite, il ne fustige plus les coupables – d’ailleurs, même quand il le faisait, il se pointait toujours du doigt en premier. Il relativise : « ce n’est que du basket ». Il était l’un des seuls à ne pas sombrer dans la frustration quand les Sixers ont perdu contre les Brooklyn Nets en ouverture des playoffs. Aussi l’un des seuls à tenir son rang sur ce match. Philly en a gagné quatre de suite dans la foulée.

Il était aussi le seul à tenir tête à Kawhi Leonard lors du Game 1 des demi-finales de Conférence. Hier soir, il a laissé le haut de l’affiche à Embiid et il a fait tout le reste du boulot autour. Il est devenu un leader. Tout en étant une seconde option, voire première bis, d’une équipe qui prend une toute nouvelle ampleur grâce à lui. C’est peut-être son rôle en NBA. Pas vraiment « franchise player », pas vraiment superstar mais tout de même essentiel à une organisation ambitieuse. Pour les Sixers, ça peut faire toute la différence entre un second tour de playoffs et une première finale depuis 2001.

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