Embiid et Simmons, les fantômes de Philly

N.SPar N.SPublié

Pour des raisons différentes, Joel Embiid et Ben Simmons passent pour le moment au travers dans cette demi-finale de l'Est face aux Raptors.

Après la gifle reçue à Toronto dans ce Game 5, les Sixers n'ont plus d'autre choix que de remporter les deux derniers matches. Auquel cas, ces playoffs et plus globalement cet exercice 18/19 resteront comme un échec. Sans progression par rapport à l'an passé, et même en légère régression vu le contexte. La franchise a fait les choses en grand depuis octobre. Tout d'abord en allant chercher Jimmy Butler en échange de son précieux "3 and D" Robert Covington mais aussi de Dario Saric. Puis en récupérant l'un des meilleurs ailiers de l'Ouest cette saison aux Clippers, Tobias Harris, juste avant la deadline. Avec ces deux trades risqués - Butler et Harris seront free agents cet été - Philly a fait all-in pour rejoindre les NBA Finals et détrôner les Warriors. Jimmy Buckets répond aux attentes dans cette post-season, Tobias Harris un peu moins mais reste correct. Non, le principal problème de Brett Brown réside dans les deux autres maillons du Big Four, Joel Embiid et Ben Simmons.

Joel Embiid trop faible et trop ciblé

Le premier cité est un cas particulier. Et a certaines circonstances atténuantes. Blessé au genou en fin de saison régulière, le Camerounais ne semblait déjà pas à 100%. Depuis deux rencontres, c'est une certitude qu'il ne l'est pas. Malade au point de ne pas savoir s'il pouvait être sur le parquet lors du Game 4, Embiid est apparu une nouvelle fois affaibli la nuit dernière. Trop affaibli. Sur les deux défaites, il a planté 24 points, 12 rebonds à 7/17... en cumulé !! On ajoutera à ça 8 ballons perdus, dont certains sur des phases anodines, sur le seul Game 5.

En parallèle, il n'est plus un dernier rempart de choix pour les Sixers. Tout au long de cette 5e manche, les Raptors ont mitraillé dans la peinture, notamment dans le deuxième quart, là où les Canadiens ont fait l'écart. Le pivot s'est même trouvé entre deux eaux, loin du cercle et de son adversaire direct. On l'a vu trop souvent faire l'impasse sur Marc Gasol derrière l'arc. L'Espagnol en mis trois. Sans agressivité sur les pick, Joel Embiid est bien trop faible physiquement dans cet état pour avoir un quelconque impact positif. Même au rebond, il est loin de ses standards de saison avec 7,6 soit 6 de moins qu'entre octobre et avril (13,6). Et quand ce n'est pas un virus qui le met en dedans, c'est la défense des Dinos qui l'a encerclé judicieusement.

En enlevant sa masterclass du Game 3, il a été pris dans la tenaille entre le petit frère Gasol et son compère en sélection ibérique pendant un temps, Serge Ibaka. Sans compter les nombreuses aides venues des ailes. C'est simple, Joel Embiid c'est 13 pions, 7 prises à 18/42 et 4 belles perdues sur les Game 1, 2, 4 et 5. La maladie ok, mais pas en début de série. Et sans un Embiid un minimum en forme et donc dominant, Philly prendra la porte, sans contestation possible.

Ben Simmons tout simplement spectateur

Plus délicat encore, le dossier Ben Simmons. Lui n'est ni blessé, ni malade. Mais pas besoin pour se tenir loin du jeu et fuir ses responsabilités. All-Star cette saison, il n'arrive simplement pas à trouver sa place dans cette demi-finale. Son talent est bel et bien là, chacun sera d'accord. Mais on ne peut s'empêcher de penser aux déclarations de Jared Dudley "Il est excellent sur transition, moyen sur demi-terrain". C'est clairement le cas, du moins sur cette série de playoffs.

Le plan de jeu des Raptors repose sur deux principes défensifs, couper tout forme de jeu rapide par un repli efficace et ralentir Joel Embiid. Jamais l'Australien ambidextre n'a pu prendre son élan pour filer au cercle ou lâcher la balle à ses coéquipiers. Charles Barkley avait estimé, juste avant la série, que Ben Simmons avait "peur" lorsqu'il était opposé à Kawhi Leonard. Il était rentré dans sa tête en saison régulière, au point de provoquer au 2e année un nombre incalculables de ballons perdus (un match à 10 notamment). C'est peut-être le cas tant on le sent sur la retenue et incapable de développer son jeu.

Là encore, la défense de la bande à Nick Nurse est bien plus stricte lorsqu'il a la balle en début de possession. Quand les autres équipes NBA, dont les Nets au tour précédant, se mettaient systématique dans la raquette pour l'attendre, les Raptors sont bien plus hauts. Il n'a ainsi pas le loisir de prendre de la vitesse et servir ses compères dans des conditions plus que confortables. Avec sept points et 4 passes dans un match charnière, on est loin du Ben Simmons choisi par les coaches pour le ASG. Au total c'est 9,4 points sur la série entière, plus 4,6 passes. Pas ce qu'on attend d'un joueur de ce calibre, même sophomore.

On ne parlera pas de son shoot qui reste le problème central de son jeu. l'été dernier, il avait expliqué s'être focalisé sur d'autres aspects que son tir extérieur. Mais on parle d'un gars qui ne regarde pas le cercle à plus de 3 mètres, qui n'a mis qu'un seul shoot à trois points en deux ans, et qui tourne à 58% aux lancers. Sans shoot ne serait-ce que correct, c'est tout son avenir qui pourrait en pâtir. Sans shoot, il n'y aura pas d'explosion possible. Il n'y a qu'un seul Giannis et même lui commence à mettre dedans extérieur. Cela ne changera pas du jour au lendemain, encore moins dans cette série face aux Raptors. Mais en cas d'élimination précoce, le staff des Sixers va devoir songer sérieusement à prendre en main sa pépite de ce côté-là.