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Havlicek, le Celtic qui ne s’arrêtait jamais

Guillaume RantetPar Guillaume RantetPublié

Avec le décès de John Havlicek, c'est une légende de la NBA et des Boston Celtics qui s'est éteinte cette semaine. Retour sur sa carrière.

Nous sommes le 9 avril 1978. Le Boston Garden est en larmes. Et pour cause : l'enceinte légendaire des Boston Celtics dit au-revoir à John Havlicek, un homme qui lui fut fidèle durant seize ans, et avec lui, à une partie de son histoire. Celle qui a vu les C's marcher sur la NBA, en remportant notamment onze titres en treize ans. Celle qu'il a contribué à forger. En prenant le relais de Bill Russell, Bob Cousy, K. C. Jones, Sam Jones et autres cadors de Boston lors de son arrivée, pour (re)guider les Celtics vers les sommets. Si le nom de Bill Russell est souvent associé à l'âge d'or de la franchise, John Havlicek, décédé jeudi des suites de la maladie de Parkinson, en est indiscutablement le co-auteur.

L'appel de la NFL

1960. Jerry Lucas, la future star des Cincinnati Royals, des Warriors et des Knicks, remporte le tournoi NCAA dans les rangs d'Ohio State. Dont faisait partie, également, John Havlicek. Une première saison universitaire couronnée de succès pour ce dernier, qui ne s'adonne pas qu'au basket. En effet, le garçon aime également jouer au foot US. Au lycée, là où un adversaire l'a surnommé « Hondo », estimant qu'il ressemblait à l'acteur John Wayne dans le film du même nom, il officiait comme quarterback. D'où l'obligation d'effectuer un choix de riche. Et d'opter soit pour la NBA, soit pour la NFL. Car en 1962, il n'y a pas que les Boston Celtics qui draftent le futur Hall of Famer. Les Cleveland Browns le choisissent également au septième tour. Les C's, eux, le font au premier. Et en septième position. Le symbole d'un talent encore plus grand sur les parquets qu'avec le ballon ovale. D'une polyvalence qui n'a pas fini de faire parler, aussi.

Le dernier maillon

La NFL ? John Havlicek s'y est bien mis. Un court moment. Car après une mutation au poste de wide receiver, et un camp d'entraînement avec les Browns, lui et son éphémère franchise ont compris. Ce sera la NBA, donc. Et une équipe en or, qui a déjà gagné quatre titres consécutifs lorsqu'il débarque en tant que rookie avec des joueurs comme Bill Russell, Bob Cousy, de K. C. Jones, de Sam Jones... Celui que l'on continue d’appeler « Hondo » afin de ne pas écorcher le nom qu'il a hérité de son père tchèque cire le banc. Normal. Puis saisit sa chance. Et surprend. Sur les traces de Frank Ramsey, sixième homme chez les C's dans les années 50, John Havlicek deviendra tout simplement l'un des meilleurs sixièmes hommes de l'histoire de la Ligue. Dépannant en tant qu'arrière, ou comme ailier. Un tueur dans les derniers instants du match, qui fait la différence quand les cadors de Boston n'ont pas pu/su la faire. La preuve avec ce fameux match 7 de la finale de conférence face aux Sixers en 1962. Money Time. Les C's mènent 110-109. Philly a la balle. La passe de Hal Green est interceptée par « Hondo ». Dans les gradins, le commentateur Johnny Most exulte :

"Greer is putting the ball in play. He gets it out deep and Havlicek steals it! Over to Sam Jones! Havlicek stole the ball! It's all over... It's all over! Johnny Havlicek is being mobbed by the fans! It's all over! Johnny Havlicek stole the ball !"

Les Celtics remportent le titre. Encore.

Un nouveau rôle

Les saisons passant, John Havlicek monte en grade. En 1967, Tommy Heinsohn prend les rênes de l'équipe. C'en est fini du rôle de supersub pour lui. Mais il continue d'impressionner, menant son équipe au scoring, au rebond et à la passe. Petit hic : les C's se font manger par les Sixers en finale de conférence 4-1 sur la série. Les coéquipiers de Wilt Chamberlain sont au-dessus. Ils remporteront le titre dans la foulée. Cette fois, John n'a pas offert la victoire aux siens. A l'issue de la saison, l'American Basketball Association et les Carolina Cougars le draguent. Deux millions de dollars sont mis sur la table pour attirer « Hondo ». Mais ce dernier veut rester chez lui. Et il a raison : il remporte deux titres consécutifs face aux Lakers.

Avant de connaître, avec les C's, une traversée du désert longue de quatre années. Dans laquelle les Celtics réaliseront tout de même une saison régulière à 68 victoires lors de l'exercice 1972-1973, John Havlicek inscrira 54 points face aux Hawks en demi-finale de Conférence, puis ne permettra pas à son équipe de battre les Knicks en finale de Conférence, touché à l'épaule. « Hondo » remportera néanmoins ses septième (1974) et huitième (1976) titres. Sera désigné MVP des finales lors de son avant-dernière consécration. Puis mettra un terme à sa carrière, à 38 ans.

A toute épreuve

Entre 1966 et 1972, John Havlicek ne manque jamais à l'appel chez les Celtics en dehors de trois petites rencontres de saison régulière. Dont on peut lui faire cadeau en disant qu'il était l'un des athlètes les plus réguliers que la ligue ait connu. Rapide et endurant match après match, Red Auerbach, coach entre 1950 et 1966 de Boston, disait de lui qu'il était « le cœur de l'équipe ». En 1966, Frank Deford, de Sports Illustrated, était sous le charme :

« Il a une vitesse, une puissance et une agilité rares pour un joueur de cette taille (1m96 pour 92 kilos, ndlr). Il va trop vite pour la plupart des ailiers et est trop imposant pour les arrières. »

Bill Bradley, l'ancien ailier des New York Knicks, l'avouait aussi, non sans admiration :

« Défendre sur John Havlicek est la plus difficile tâche que j'ai à faire dans la saison. »

Une condition physique parfaite, une régularité à toute épreuve et un talent hors-norme : là se trouvent bien les éléments du cocktail qui a permis à John Havlicek de devenir le joueur ayant disputé le plus grand nombre de matches avec Boston (1270) et ayant inscrit le plus grand nombre de points avec la franchise (26 395). Treize fois All-Star, il est devenu le premier joueur à avoir scoré au moins 1 000 points lors de seize saisons consécutives. Un marathon qu'il a effectué les mains dans les poches. Et qui a eu comme ligne d'arrivée ce match du 9 avril 1978 face à Buffalo. Une ligne franchie avec 29 points, 8 rebonds et 4 passes par le stakhanoviste. Avant qu'il parte. Fasse pleurer. Et laisse des souvenirs. Beaucoup de souvenirs. Dont, bien sûr, les mots du commentateur Johnny Most :

« Greer is putting the ball in play. He gets it out deep and Havlicek steals it! Over to Sam Jones! Havlicek stole the ball! It's all over...It's all over! Johnny Havlicek is being mobbed by the fans! It's all over! Johnny Havlicek stole the ball ! »