Ces joueurs que votre équipe aurait mieux fait de ne pas oublier

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Nous sommes à la recherche du nouveau Jeremy Lin.

Des dizaines et des dizaines de joueurs tombent dans l’anonymat chaque saison. Certains naviguent de franchise en franchise, de contrats de dix jours en contrats de dix jours en espérant se faire une place quand d’autres finissent par se trouver un nouveau job en dehors des frontières du pays. Mais on parle de joueurs NBA. La très large majorité ont le niveau pour jouer dans le championnat le plus relevé du monde. Ils étaient simplement au mauvais endroit, au mauvais moment.

Difficile de penser qu’un garçon comme Anthony Randolph, star du Real Madrid, n’a pas sa place dans un roster NBA alors qu’il brille sur le circuit Euroleague. Il a débuté à 19 ans aux Golden State Warriors. Il a connu quatre équipes différentes en cinq saisons, sans jamais s’imposer. Il est allé faire carrière ailleurs.

Si l’intérieur longiligne et athlétique n’a pas percé, d’autres ont eu la chance de rebondir après avoir été baladé d’une organisation vers une autre (puis vers une autre).

Jeremy Lin est sans doute le prophète de ses joueurs en quête d’un deal longue durée, voire même d’abord d’une simple opportunité à saisir. Juste une occasion de montrer ce qu’ils valent vraiment. Et c’est généralement à ce moment-là que tous leurs anciens employeurs et coaches finissent par se souvenir de leur nom.

Quand Lin est passé de porteur d’eau à star des New York Knicks, des membres des Rockets et des Warriors, deux franchises qui ont recalé l’actuel meneur des Brooklyn Nets, ont surfé sur la « Linsanity » en essayant de faire gober à leurs fans qu’ils ont toujours cru en Lin. Et blablabla, et blablabla.

Cela peut être frustrant de voir un joueur exploser sous d’autres couleurs que celles de son équipe. Et ce sont bien ces gars-là qui nous intéressent aujourd’hui. Les nouveaux Jeremy Lin. Ou, avec plus des attentes plus réalistes – Lin était une exception – et de la hype en moins, les nouveaux Ish Smith.

Tim Frazier

Portland est mon équipe favorite. Et s’il y a bien un joueur que j’aurais voulu voir rester – pas à l’époque où il portait les couleurs des Blazers mais maintenant, avec le recul – c’est Frazier. Il a joué 40 matches dans l’Oregon, plus qu’avec n’importe quelle autre franchise. Le meneur passé par l’université de Pennsylvania State a le profil idéal pour disparaître des radars : 26 ans, non drafté, trois franchises en autant d’années passées en NBA. Il a surtout l’attitude du mort de faim qui compte bien faire son trou dans la ligue d’une façon ou d’une autre.

J’essaye de regarder tous les matches des Blazers. Vendredi dernier, Portland recevait New Orleans. J’ai raté les deux ou trois premières minutes de la rencontre. Et, en branchant le League Pass, je suis tout de suite tombé sur cette action.

La coupe dans le dos de la plus mauvaise défense NBA depuis le début de la saison. La feinte. Le placement du corps. Et surtout toute la hargne. Toute la rage. Le regard bien appuyé vers Damian Lillard encore au sol.

Frazier ne s’est pas arrêté là. Il a enchaîné. Il flanquait un trois-points à peine quelques secondes plus tard. Puis un flotteur avec la planche. Jrue Holiday faisait son retour ce soir-là mais c’était bien lui dans le cinq majeur. Il est resté 32 minutes sur le parquet, le temps d’inscrire 12 points et 8 passes contre son ancienne équipe, sécurisant au passage l’une des rares victoires des Pelicans.

J’avais à peine remarqué Tim Frazier quand il jouait à Portland. C’était juste un nom. Le mec qui rentre dans le garbage time, moment à partir duquel je n’ai plus envie de regarder un match. En gros, inconnu au bataillon ou presque. Dès son arrivée à New Orleans, en mars dernier soit un mois après avoir été coupé par les Blazers, il cumulait plus de 13 points, 42% derrière l’arc, 4 rebonds et 7 passes de moyenne en 29 minutes. Ses stats individuelles sont un poil moins flatteuses depuis le début de saison – principalement en termes d’adresse – mais il est tout de même le sixième meilleur passeur NBA avec 7,6 caviars par rencontre.

Le retour d’Holiday dans la rotation devrait réduire le temps de jeu et les responsabilités qui lui ont été accordées. Mais il a peut-être déjà montré assez pour glaner une place de back-up crédible à la mène. Un profil qui manque justement aux Blazers, qui peine à jouer sans Lillard ou C.J. McCollum pendant que Shabazz Napier poireaute sur le banc…

Sean Kilpatrick

Les Brooklyn Nets dans leur intégralité pourraient figurer dans cet article. De Joe Harris à Justin Hamilton en passant par Yogi Ferrell ou Trevor Booker, l’effectif regorge de joueurs plus ou moins oubliés voire même rejetés. Sans véritable attrait pour les principaux free agents et sans picks, la franchise n’a d’autres choix que de miser sur des joueurs dont personne ne veut. Jeremy Lin étant leur ambassadeur, c’est finalement assez logique qu’il ait été bombardé leader des Nets.

Sean Kilpatrick est l’exemple le plus parlant au sein des sans grades de Brooklyn. Non drafté, il a signé un premier contrat avec les Golden State Warriors le 20 octobre 2014. Il a été viré cinq jours plus tard, sans avoir disputé le moindre match. Il a dû attendre plusieurs mois, mars 2015, pour goûter à nouveau à une atmosphère NBA le temps de quatre petites rencontres avec les Minnesota Timberwolves. Il a été invité au camp d’entraînement des Pelicans mais il n’a pas été retenu dans l’effectif au coup d’envoi de la saison dernière. Il a signé quatre contrats de dix jours en cours d’exercice. Et maintenant le voilà bombardé dans la rotation des Nets.

Kilpatrick s’est illustré en jouant dur. Il est aujourd’hui l’une des trois-quatre premières options offensives de l’équipe. Le joker offensif en sortie de banc (13,5 points par match). Et il a même un contrat garanti jusqu’en 2018.

Nik Stauskas

Vous avez dit Stauskas ?

Stauskas.

Stauskas ?

Stauskas.

Ok, Stauskas.

Sauce Castillo a été drafté en huitième position en 2014. Il n’intègre donc pas la même catégorie que Tim Frazier et Sean Kilpatrick. Mais son parcours est lui aussi assez chaotique. C’était une semi-surprise de le voir sélectionner aussi haut – et merci aux Sacramento Kings pour ce moment générateur de blagues pour chacun des articles impliquant Stauskas de près ou de loin – et il était même promis à jouer en Europe avant une progression fulgurante lors de sa deuxième année sur les bancs de Michigan (17 pts par match lors de sa saison sophomore en NCAA).

Il a rapidement disparu des radars. Sacramento est la franchise idéale pour briser la carrière d’un rookie qui se cherche encore son poste – ou son rôle – sur le parquet. Les Kings ont filé un premier tour de draft aux Philadelphie Sixers juste pour se débarrasser de Stauskas.

Ses débuts au sein de l’effectif le plus ridicule de la ligue (l’an passé) n’ont pas été brillants et ça sentait déjà l’exil pour le Canadien.

Sauf que, sauf que… le natif de Mississauga est en passe de relancer sa carrière. On dit souvent qu’il faut deux saisons complètes pour que les joueurs sortis de l’université s’adaptent aux exigences physiques et tactiques de la NBA. Si Nik Stauskas n’est pas un candidat au MIP, il commence à s’affirmer comme un joueur de rotation crédible à Philly.

Son jeu n’a pas changé. Il prend à peine plus de tirs que la saison dernière. Il n’a pas révolutionné sa façon de faire et ses lacunes fondamentales restent les mêmes (défense, défaut de vitesse pour son poste). Mais il est juste beaucoup plus efficace. Il affiche 10 points par match en 24 minutes à 54% de réussite aux tirs et 46% à trois-points.

De quoi faire toute la différence. Son aptitude à planter de loin est un plus pour les Sixers de Joel Embiid, fréquemment défendu par deux joueurs. La confiance de Stauskas a été revu à la hausse et il n’hésite plus à aller attaquer le cercle balle en main.

Le chemin est encore long pour le sniper de Pennsylvanie mais il a enfin entamé son développement et c’est prometteur.

James Ennis

Deux photos valent parfois mieux que de longues lignes.

James Ennis

James Ennis 2

 

 

Vous l’aurez compris, le chemin menant James Ennis à la reconnaissance NBA a été plus que semé d’embûches. Plus réputé pour ses dunks spectaculaires que pour son jeu, le Californien a pourtant d’autres attributs en stock. Il est solide, notamment en défense, et les Memphis Grizzlies encaissent 5 points de plus sur 100 possessions quand leur ailier aux épaules carrés rejoint le banc de touche.

Sans être manchot en attaque, Ennis manque encore de tranchant et d’adresse derrière la ligne (9,1 points à 44% aux tirs, 34% derrière l’arc mais aussi 5,3 rebonds) mais il a glané une place de titulaire au sein d’une équipe de Memphis taillée pour les playoffs.

Tim Hardaway Jr

Les New York Knicks ont peut-être tourné le dos un peu trop vite à Tim Hardaway Jr. Jeune joueur prometteur pendant ses deux premières saisons (10,8 pts, 35% à trois-points en 151 matches avec l’équipe de la grosse pomme), ce « fils de » a été transféré à l’aube de l’exercice précédent. Tout ça dans l’optique de récupérer Jerian Grant (lui-même envoyé aux Chicago Bulls dans le cadre du trade de Derrick Rose).

Les Knicks ne croyaient plus en Hardaway Jr. Les Hawks ont pris le pari. Il est aujourd’hui leur joker offensif en sortie de banc et cumule plus de 12 points par match en à peine 21 minutes.

Nick Young

Le vrai cas particulier de cette liste, dans tous les sens du terme. Il y a encore quelques mois, l’avenir de Nick Young en NBA était encore plus incertain que celui de sa relation avec Iggy Azalea. C’est dire. Empêtré dans une sale histoire, clown permanent, bouffeur de ballon inefficace et défenseur absent, le showman était bien parti pour aller ambiancer Josh Smith dans un concours à trois-points en Chine. Les Lakers auraient essayé de le transférer sans qu'aucune franchise ne veuille de lui. Zéro valeur sur le marché.

Luke Walton a sauvé sa carrière. Ou plutôt, il lui a donné une opportunité de la sauver lui-même. Young l’a saisi. Titulaire au sein du backcourt des Los Angeles Lakers, il est le stoppeur attiré – et ce n’est pas une blague – des mauves et or. Et il se défonce ! Il défend dur ! Il ne fait toujours pas de passe mais ce n’est pas ce qui lui est demandé. Il a simplement à shooter dès qu’il est libre. Avec plus de 14 points par match à 45% aux tirs et 38% derrière l’arc, Swaggy P est sur le chemin de la rédemption.