Kadour Ziani : Du quartier au Madison Square Garden

Kadour Ziani : Du quartier au Madison Square Garden

20 après les débuts de la Slam Nation, la légende du dunk Kadour Ziani est toujours au service du basket et d’une discipline qu’il a élevée au rang d’art.

Julien DeschuyteneerPar Julien Deschuyteneer  | Publié

Kadour ZianiREVERSE : Ton nom est carrément indissociable de la Slam Nation. Comment l'aventure est née ?
KADOUR ZIANI : C’est quand je me suis fait repérer aux finales du France Basket Tour au Zénith, retransmises par Canal. Jérémy Medjana faisait le tournoi, on se fait défoncer par son équipe. Derrière, je fais une démonstration de dunks, en partant cinq ou six fois des lancers-francs. C’était pour le caméraman de Canal. En fait, j'étais venu voir George Eddy en lui disant « Je fais 1,80 m et je dunke des lancers-francs ». Il m'a dit « OK d'accord, montre-moi ». Je lui montre une fois, il appelle le caméraman : « Fais-moi un sujet sur lui ». J’ai fait cinq prises, il voulait tous les angles. J’avais fait d'autres dunks, j'ai fini avec un reverse où je mets la tête dans le cercle. Mais c'est le dunk des lancers-francs qui les a le plus scotchés. C'est un dunk mythique. Peu le faisaient, Erving, Jordan... Et ils n'avaient pas ma taille. Un petit blanc qui ressemble à rien, avec un short de foot, des chaussette Burlington, des chaussures de volley, des dreadlocks, un maillot Robinson. Qu’est-ce que c’est que ce gars-là ?

REVERSE : C’est là que Jérémy te repère.
KADOUR ZIANI : A cette époque, il organise les championnats de France de dunks à Orchies et il se dit « Whaou là, il y a un phénomène ». Mais impossible qu'il vienne me parler, parce qu'on s'est bien embrouillé pendant le match, alors il est allé parler à mon frère. Il lui explique qu'il organise les 24h du basket à Orchies, avec un championnat de France de dunks. Il veut que je participe, il a jamais vu ça. Il m'invite, je gagne la première édition. L'édition suivante, il y a Abdoulaye Bamba, Salomon Sami, etc. Le concours prend une énorme ampleur. Bouna N'Diaye et Jérémy se disent qu'ils vont organiser des shows avec cette génération de dunkeurs. C'est comme ça qu'ils créent la Slam Nation. Et c’est aussi pour eux le début de Comsport.

Quand Vince Carter est venu nous voir, on a vu dans son regard qu'il trouvait ça fort ce qu'on faisait.

REVERSE : Quel souvenir gardes-tu du premier show officiel, lors du tournoi de Tourcoing ?
KADOUR ZIANI : J'étais content parce qu'on n'était plus dans la compétition, on pouvait s'amuser. Mais on voulait quand même montrer qui était le meilleur. En plus, il y avait des teams internationales. Donc on allait être jugé. Il fallait qu’on cartonne, pour que les gens comprennent qu’il se passait quelque chose. On a dunké 45 minutes, c’était dingue. On avait plein de dunks à faire mais on ne savait pas comment calibrer le show parce que c'était notre premier. On s'est dit qu'aux prochains, on ne pourrait pas dunker autant, sinon jamais on ne pourrait faire une carrière là-dedans. C’est là qu’on a décidé de monter un vrai show, minuté, avec une écriture, une montée en puissance, comme ça on pouvait vendre un vrai concept. Mais à Tourcoing, on a eu la confirmation qu'on était parmi les meilleurs dunkeurs du monde. On pouvait le revendiquer. On savait qu'on était la meilleure troupe et on voulait dire que dans cette troupe il y avait les meilleurs dunkeurs du monde.

Helicopter était chaud. Mais moi dans ma tête, j'étais en mode « Lui c'est Helicopter, mais moi je suis une fusée ».

REVERSE : Ce que vous avez pu démontrer par la suite, y compris devant des joueurs NBA.
KADOUR ZIANI : Oui, Vince Carter, quand il est venu nous voir à Turin, on a vu dans son regard qu'il trouvait ça fort ce qu'on faisait. Je ne me souviens plus ce qu'il a dit exactement mais il nous l'a fait comprendre.

REVERSE : Ton plus beau souvenir, c'est les Philippines ?
KADOUR ZIANI : La tournée en Asie, c'est la plus belle que j'ai faite. Tu retrouves toute l'histoire de ma vie dans cette tournée : ma mentalité, ma volonté de sans cesse prouver, ma relation aux blessures, le côté dur au mal, acharné, le côté débrouillard. J'avais dunké blessé pendant cette tournée. J'avais quatre points de suture sur le doigt, j'avais mis un dé à coudre, j'avais strappé et j'étais allé au dunk. Je me suis blessé plusieurs fois là-bas, mais j'allais au charbon. Abdoul ne comprenait pas pourquoi j'y retournais alors que j'étais blessé. C'est tout un passif derrière : une famille nombreuse, la cité, représenter le quartier, représenter soi, la fierté, tout donner, ne rien regretter. Alors rien ne pouvait m'arrêter. Ils avaient misé beaucoup sur nous, on est les meilleurs dunkeurs du monde, alors il fallait le prouver. J'avais des choses à prouver au monde entier, je voulais frapper leur imaginaire.

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