Il y a 35 ans, Jabbar défiait l’âge et le temps

Il y a 35 ans, Jabbar défiait l’âge et le temps

Kareem Abdul-Jabbar fête ses 73 ans aujourd'hui. L'occasion de revenir sur ce titre de MVP des Finales en 1985, où il a terrassé Larry Bird à... 38 ans.

Guillaume RantetPar Guillaume Rantet | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / G.O.D.

Boston Garden, 9 juin 1985. C'est fait : les Los Angeles Lakers sont champions. Sur le tableau d'affichage, 111-100 en faveur des visiteurs. Dans les tribunes, des larmes. Surtout, de la déception. Le Game 6 aura été fatal aux Boston Celtics. C'est la première et unique fois qu'ils laissent filer une finale dans leur enceinte. En face, les Angelenos exultent. Parmi eux, Magic Johnson, 25 ans, James Worthy et Byron Scott, 23 ans, ou encore Michael Cooper, 28 ans. Et, bien sûr, Kareem Abdul-Jabbar, 38 ans. Le vétéran. Le leader. L'homme fort de l'effectif de Pat Riley. Celui qui est logiquement désigné MVP des Finales, devenant ainsi le plus vieux joueur de l'histoire à recevoir la prestigieuse récompense, alors qu'on le croyait incapable de rebondir suite à ses difficultés du Game 1. Ce 9 juin 1985, Kareem Abdul-Jabbar prouvait (encore) qu'au fil des années, il n'avait rien perdu de sa splendeur.

Une malédiction historique

Pourtant, tout avait mal commencé pour Kareem Abdul-Jabbar et son équipe lors de ces Finales. Le score de la première manche ? 148-114 pour les C's. Une déculotté restée dans les mémoires comme le « Massacre Memorial Day ». Avec seulement 12 points et 3 rebonds au compteur, à l'image de son équipe, le pivot souffrait et allait jusqu'à demander pardon à ses coéquipiers pour son coup de moins bien. En cette fin de mai 1985, les Angelenos se rappelaient du cruel destin qui fut le leur depuis le début de l'histoire de leur franchise. Celui d'une équipe, la meilleure de la Conférence Ouest, qui se faisait à chaque fois voler ses rêves par Boston. À cette date, les Lakers avaient en effet perdu huit finales face aux Celtics : 1959, 1962, 1963, 1965, 1966, 1968 et 1969. Et, bien sûr, 1984, la finale de l'an passé perdue lors du Game 7.

Le retour de Lew Alcindor

Pour le début de ce remake, cette chance qui se présentait à eux pour se venger des hommes en vert, une aussi grosse défaite avait l'effet d'une véritable gifle infligée à tous les Californiens. Ils avaient beau avoir marché sur les Suns au premier tour (3-0), puis sur Portland (4-1) et enfin sur les Nuggets (4-1), le destin se répétait. Encore. Sauf que le sursaut d'orgueil du célèbre pivot de LA était imminent.

Ce game 2, Jabbar le termine avec 30 points, 17 rebonds et 8 assists. Les Lakers s'imposent 109-102. Les compteurs sont remis à zéro. Ou presque : de retour au meilleur de sa forme, Kareem Abdul-Jabbar fait office de monstre inarrêtable chez les Lakers.

Le retour de Lew Alcindor

On se croirait alors de retour en 1971. Un flashback s'impose. Cette année-là, les Milwaukee Bucks se hissent en finales face aux Baltimore Bullets grâce, en grande partie, à leur sophomore drafté en première position il y a deux ans. Son nom : Lew Alcindor. Désigné Rookie of the Year l'an passé, et épaulé par Oscar Robertson, il joue un rôle fondamental dans la série de vingt victoires consécutives des Bucks. Un record NBA à l'époque. Avec 32 points par match de moyenne, il est désigné MVP. Puis continue face aux Bullets. Résultat : un sweep, et un premier titre de MVP des finales. Le 1er mai, au lendemain du titre, Lew Alcindor devient Kareem Abdul-Jabbar. Il a 23 ans lorsqu'il réalise cette saison incroyable qui fait de lui l'un des rares joueurs qui ont enchaîné un titre de MVP avec un autre de MVP des finales. Il devient aussi l'un des plus jeunes joueurs à avoir remporté cette distinction.

Quatorze ans après, le revoilà. Si son adversaire des finales, Larry Bird, 28 ans, vient d'être désigné MVP pour la deuxième fois consécutive et Michael Jordan, 22 ans, rookie de l'année, il rappelle à tout le monde qu'il faut encore compter sur lui.

La suite ? Des points et des rebonds. Énormément. Le Game 3 est remporté par les Lakers. Abdul-Jabbar finit à 26 pts, 14 rebonds et 7 assists. Surtout, il place son nom au sommet du classement des meilleurs scoreurs all-time en playoffs, dépassant les 4 457 points de Jerry West. Lors du quatrième match, ses stats sont en légère baisse : 21 points, 6 rebonds et 4 assists. Le corollaire de la victoire de Boston, en somme, même à l'arrachée (107-105). Enfin, il enchaîne avec deux performances à 36 points, 7 assists et à 7 rebonds puis 29 points, 4 assists et 7 rebonds. Pour mériter plus que quiconque son titre de MVP des finales. Si Magic Johnson termine la série avec un second triple-double, il ne peut que s'incliner, applaudir, et célébrer son vétéran.

Les Lakers se sont payés les Celtics. Enfin. Kareem a chassé le fantôme. Brisé la malédiction, et ouvert la voie : deux ans plus tard, les Angelenos battront également Boston en finales. Idem en 2010.

La fontaine de Jouvence

En face, Larry Bird enrage. S'il a été désigné MVP, MVP des finales et champion en 1984, et s'apprête à connaître la même destinée en 1986, il a dû plier. La faute à une autre légende vivante, mais également à une main douloureuse qui l'a contraint à réaliser un terrible 12/29 lors du Game 6. Lors de ces six matches, le quasi-quadragénaire, lui, tournait à 26 points, 9 rebonds et 5 assists en moyenne par rencontre. Il a mené son équipe au scoring lors de quatre d'entre elles et rajouté quelques belles lignes à son CV, remportant ainsi son quatrième titre NBA (il en gagnera deux autres consécutivement, en 1987 et 1988) pour un retour au sommet de la Grande Ligue après ses six titres de MVP (le dernier en 1980).

Kareem Abdul-Jabbar jouera encore quatre saisons en NBA. Auprès des fans de balle orange, son nom restera à jamais synonyme de fontaine de Jouvence et d'éternité.

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Cet article a été publié pour la première fois en juin 2015 sur BasketSession

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