Il y a du Michael Jordan et du Kobe Bryant chez Kawhi Leonard

Kawhi Leonard s'affirme de plus en plus comme un scoreur d'élite. Au point de laisser entrevoir des flashes de deux des plus grandes légendes NBA.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Analyse
Il y a du Michael Jordan et du Kobe Bryant chez Kawhi Leonard
Oser citer le nom d’un basketteur et celui de Michael Jordan dans la même phrase est un exercice difficile. Risqué, même. Dans l’esprit du lecteur, associer deux noms revient à les mettre au même niveau. L’espace d’un instant, d’un article, d’un paragraphe ou même simplement d’un titre. La réaction est humaine. Personne n’est l’égal du plus grand joueur de tous les temps. Pas encore. Mais quitte à brusquer l’âme de quelques poignets de fans, posons ici ce qui nous saute parfois aux yeux : il y a du MJ et du Kobe Bryant chez Kawhi Leonard. Bon, s’il fallait être plus précis, disons d’abord qu’il y a du Kobe chez Kawhi. Mais le Black Mamba a volontairement calqué minutieusement son jeu sur celui de son idole. Comme Leonard a pris exemple sur la légende des Los Angeles Lakers. Le passage de témoin. Ce sentiment est d’abord une notion abstraite. Dur à argumenter. Comment crédibiliser une simple impression visuelle ? Les ressemblances sont surtout frappantes dans la façon de jouer. Tout ce qui est « technique », même si le terme lui-même a une définition parfois assez vague. Signé chez Jordan Brand, Leonard a déjà eu l’occasion de rencontrer le G.O.A.T. Il s’est aussi entretenu avec Kobe Bryant. Ce dernier racontait justement que la star des Spurs n’était pas très bavarde mais qu’elle posait des questions « très précises » sur l’exécution de certains moves. Kawhi a travaillé ses classiques. Ça se sent sur le terrain. Le jeu de jambe. Les tirs à mi-distance. Les feintes. La défense. La domination. Dans l’attitude corporelle, c’est du Kobe. Du Jordan. https://www.youtube.com/watch?v=zEZUDc5TUsY
« Il est vraiment excellent. Il met des tirs sur la tête de deux défenseurs. J’avais l’impression de voir Kobe », déclarait par exemple DeMarcus Cousins au sujet du bonhomme en octobre dernier. Sa déclaration avait ensuite fait l’objet d’un débat entier sur ESPN.
C’était avant même la montée en pression de Leonard. Il s’est depuis affirmé comme un candidat au MVP. Les comparaisons avec Kobe se sont multipliées, de Reggie Miller à Gregg Popovich lui-même. Si jamais vous vous êtes déjà demandé ce que Bryant aurait donné aux Spurs, cette saison apporte des éléments de réponse. Son jeune clone est une version moderne et collective de l’un des meilleurs joueurs de l’histoire. Toutes proportions gardées bien sûr. Mais avec San Antonio, la perception est toujours la même : quand une individualité brille, ses performances s’accompagnent d’un astérisque presque péjorative. Le collectif légendaire – presque devenu mythe – des éperons a une réputation flatteuse. Mais il fait perdre de la valeur aux accomplissements des stars des Spurs, de Tim Duncan (pourtant déjà considéré comme l’un des plus grands joueurs de l’histoire) à Kawhi Leonard. Même Kevin Durant, pourtant acteur de la ligue, le qualifiait de « joueur de système ». Ah, le fameux système des Spurs. Une fausse bonne idée.

Les Spurs sont devenus l'équipe d'un seul homme

[superquote pos="d"]L'explosion de Leonard a poussé Popovich a changé de tactique [/superquote]Ce système des Spurs, il a marqué les esprits en 2014. Il a tellement marqué les esprits que la plupart des observateurs n’ont toujours pas fait la mise à jour et imaginent encore les hommes de Gregg Popovich livrer des récitals de basket chaque soir. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce beau jeu était une nécessité. Bien sûr que toutes les équipes ont envie de se partager la gonfle. Mais à San Antonio, en 2014, c’était primordial pour gagner. C’était stratégique. Pop s’est toujours adapté aux forces de son effectif. Et à son époque. En 2014, Duncan était déjà en fin de carrière. Il n’était plus aussi dominant au poste bas. Le basket était déjà de plus en plus tourné sur le pick-and-roll et le tir extérieur. Tony Parker et Manu Ginobili étaient déjà moins tranchants. Leonard commençait seulement son ascension. L’alignement était finalement idéal. Faire tourner la balle entre tous ces mecs-là représentait un moyen pour compenser l’absence d’une superstar capable de faire la différence seule. Et encore. Ce que beaucoup oublient, c’est que la finale 2014 a tourné à la correction à partir du moment où Kawhi a pris conscience qu’il avait les capacités pour dominer la série. Les deux premiers matches étaient serrés (une victoire pour les Spurs, une pour le Miami Heat de LeBron James). Puis il a inscrit 29, 20 et 22 points lors des trois rencontres suivantes pour rafler le trophée de plus jeune MVP des finales de l’histoire. D’ailleurs, après coup, Popovich a bien insisté sur le fait que le titre était principalement le fruit de l’explosion de son protégé. Son compliment, pourtant inhabituel, est presque passé inaperçu. Mais Pop sait : sans cette prise de conscience de Leonard, les Spurs n’auraient sans doute pas gagné de la sorte. Ils n’auraient peut-être même pas remporté une nouvelle bague et LeBron se pavanerait encore à Miami. Alors, le système des Spurs, c’est bien beau. Mais il faut nuancer. Encore aujourd’hui, les Texans jouent plus intelligemment que la plupart des équipes de la ligue. Mais ils se sont adaptés à leurs nouvelles forces. Au singulier, plutôt. Leur nouvelle force : Kawhi Leonard. Les isolations sont de plus en plus nombreuses. Parce que la superstar masque à elle seule les lacunes d’un roster trop vieux, pas assez talentueux pour viser le titre et qui a malgré tout gagné plus de 60 matches en saison régulière. Sauf que même ça, les Spurs le font différemment des autres. Là où des coaches laissent simplement leur meilleur joueur remonter la gonfle et jouer son un-contre-un, Popovich propose d’abord des écrans, des coupes pour ensuite laisser Leonard jouer son vis-à-vis en tête-à-tête. La plupart des mouvements offensifs ont pour objectif de lui offrir une isolation. Et il est « impossible à défendre » comme le soulignait David Fizdale, le coach des Memphis Grizzlies.

Un "Killer Instinct" à développer

[caption id="attachment_382289" align="alignleft" width="318"] Kawhi Leonard tourne à 32 pts et 58% aux tirs depuis le début des playoffs.[/caption] Impossible à arrêter. Comme Jordan ou Bryant. Toutes proportions gardées, encore une fois. Maintenant, quand les Spurs sont en difficultés, quand ils ont besoin d’un panier, ils balancent la gonfle à Leonard. C’est exactement ce qui s’est passé cette nuit. Il a marqué les 16 derniers points de son équipe dans le quatrième QT, dont un shoot Jordanesque. Il a planté 24 de ses 43 points à cheval entre la dernière période et la prolongation. Il a égalisé à 108 partout sur un tir à trois-points dans le corner avant que Marc Gasol plombe les espoirs des Texans. Leonard a parfois été comparé à Scottie Pippen mais c’est justement cette aptitude à marquer sur plusieurs possessions de suite qui le rapproche plus d’un Kobe Bryant ou d’un Michael Jordan. Sauf que Danny Green n’est pas Pippen, justement. Et Pau Gasol a bien vieilli depuis 2009. Il pointe à 32 points après quatre matches de playoffs. A 58% aux tirs et 52% à trois-points. Augmentez légèrement le volume de tirs (« seulement » 17 par match), baissez le pourcentage de réussite et vous obtenez un Kobe à 35 points par rencontre. Ce sont des similitudes, pas des comparaisons définitives. La prochaine étape, elle est sans doute mentale pour Kawhi. Il sait être décisif mais il doit maintenant se forger un état d’esprit de « tueur ». Comme l’étaient ses deux aînés.
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