Kevin Garnett : Retour vers le futur

Jean-Sébastien BlondelPar Jean-Sébastien BlondelPublié

Les capacités hors norme de Kevin Garnett ont fait de lui un joueur révolutionnaire, son intensité en a fait une légende.

Transe avec les loups

Quelle ironie, alors, qu’il se soit retrouvé dans le fin fond du Minnesota. Lui, le prototype du basketteur du futur, ce monstre de polyvalence et de détermination prêt à tout bousiller sur son passage, coincé dans une ville qui ne se distingue que parce qu’elle abrite le plus grand centre commercial du pays, condamné à tenter d’écrire seul des pages honorables dans une franchise sans histoire (et pour cause, elle n’a vu le jour qu’en 1989) qui n’avait jusqu’alors jamais gagné 30 matches en une saison et qui ne l’a fait que deux fois depuis son départ en 2007.

Les Timberwolves auront bientôt trente ans et, jusqu’au court passage de Jimmy Butler, n’avaient jamais joué un match de playoffs sans lui, ni gagné plus de 40 rencontres. S’il avait eu la chance d’être drafté par une équipe digne de ce nom, parlerait-on de lui comme de l’un des tout meilleurs joueurs de l’histoire ? Lui préférerait-on toujours Tim Duncan ? On ne pourra évidemment pas réécrire sa carrière, mais on ne peut pas non plus passer sous silence l’inaptitude de ses dirigeants à l’entourer de joueurs dignes de son talent.

Kevin GarnettEn douze saisons avant son transfert à Boston, il n’aura eu comme joueurs décents pour l’épauler que des têtes brûlées (Stephon Marbury, J.R. Rider, Ricky Davis et Latrell Sprewell), deux bons meneurs diminués par des blessures (Terrell Brandon et Sam Cassell), et deux joueurs qui n’ont eu d’All-Stars que l’étiquette, pas l’impact (Tom Gugliotta et Wally Szczerbiak). Déjà, si tous ces joueurs avaient joué ensemble, l’effectif aurait été trop dysfonctionnel pour véritablement inquiéter les grosses cylindrées de l’Ouest. Mais cette collection de lieutenants décevants s’est étalée sur douze longues années. Il a fallu attendre 2004 pour que Garnett, au sommet de son art et justement élu MVP après une saison historique (24/14/5, ce que personne n’avait réalisé depuis Kareem Abdul-Jabbar, 28 ans plus tôt), passe le premier tour des playoffs et se rende jusqu’en finale de conférence avec pour seule aide Cassell, Sprewell et la carcasse de Szczerbiak.

On lui aura longtemps reproché d’avoir mis autant de temps à passer le premier tour et son abominable Game 5 en 1998 contre Seattle (7 pts, 4 rbds, 3/11 aux tirs et 10 ballons perdus) – alors que les Wolves avaient mené 2-1 dans la série – lui a collé l’étiquette de loser pendant des années. Oui, KG est le seul mec, ces trente dernières années, à avoir perdu 10 ballons sans marquer 10 points dans un match de playoffs et, oui, c’était à ce moment-là le game le plus important de sa carrière, d’autant que de ses sept éliminations successives, c’est la seule série qui soit allée jusqu’au match décisif.

Mais comme le confiait très justement au Bleacher Report son ancien coéquipier Sam Mitchell, qui le coachait l’an passé, « quand on y pense, c’est le seul Timberwolf qui ait vraiment compté… ». On devrait donc, avec le recul, le féliciter d’avoir hissé avec une telle régularité ses équipes de bras-cassés en playoffs. Se demander comment il pouvait chaque soir marquer ses deux douzaines de points, prendre plus de rebonds que quasiment n’importe quel intérieur (KG a été quatre fois de suite meilleur rebondeur de la ligue), distribuer le ballon avec plus de brio que la plupart des arrières NBA et trouver en plus le moyen d’être systématiquement dans le meilleur cinq défensif en fin de saison (avec Michael Jordan et Kobe Bryant, il est le seul à l’avoir été neuf fois).

S’il a réussi à avoir un tel impact défensif et offensif soir après soir et année après année dans un contexte aussi déprimant, c’est parce que son intensité et sa compétitivité ont toujours été à la limite du psychiatriquement inquiétant.

« Il est en mode match toute la journée », remarque Mitchell, qui est également celui qui a joué le plus de matches à ses côtés.

« On continue de se demander s’il va finir par péter les plombs à faire ça, mais non. »

Tyronn Lue n’est peut-être pas du même avis, lui qui a vu KG s’emporter tellement en regardant un épisode d’une émission de télé réalité de Puff Daddy qu’il a fini par trouer la cloison d’un coup de tête bien appuyé. Pour le commun des mortels, Kevin est probablement barge. Mais c’est également sa plus grande force.

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