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Shaq-Kobe : fight, respect et cul à l’air, le meilleur de leur face à face

Shaï MamouPar Shaï Mamou Publié

Voici une version écrite et condensée de l'entretien de 40 minutes tant attendu entre Kobe Bryant et Shaquille O'Neal. Un beau moment entre deux très grands champions.

Shaquille O'Neal et Kobe Bryant ont enfin eu ce face à face pour évoquer leurs années en commun. Cette période dorée pour les Los Angeles Lakers, qui a aussi été une immense source de frustration pour les fans tant le duo dominant semblait capable d'accomplir des choses encore plus exceptionnelles. A l'image de la réunion entre Isiah Thomas et Magic Johnson, ce sont les petites anecdotes et l'affection que se portent finalement les deux hommes qui sont les plus intéressantes à constater.

Voici la version écrite des meilleurs moments de cet entretien.

Shaq : "D'où te vient cet instinct de tueur ?"

Kobe : "Mon instinct de tueur, je pense qu'il est né de l'isolement qui était le mien en tant que seul garçon afro-américain de l'endroit où nous vivions en Italie. Je ne parlais pas la langue, donc tout tournait autour du jeu. J'y trouvais du réconfort et une revanche par rapport à ceux qui ne m'avaient pas accepté parce que j'étais un étranger. Ça démarré comme ça et ça a continué pendant le reste de ma vie."

Le début de leur relation

Shaq : "Tu te rappelles ce que tu m'as dit la première fois ?"

Kobe : "Que j'allais être le meilleur joueur de tous les temps ? Je ne m'en souviens pas, mais ça ressemble fort à quelque chose que j'aurais pu dire (rires)."

Shaq : "Tu m'as même dit que tu allais devenir le Will Smith de la NBA. Tu m'as aussi dit que tu allais être meilleur que Mike. Je sais que ça t'a guidé. Le jour où tu l'as dépassé [au classement des scoreurs] je suis sûr que tu t'es pavané dans ta voiture"

Kobe : "Tu sais quoi ? Je pensais que ce serait le cas. Quand je suis arrivé dans la ligue, il avait tous ces surnoms, Black Panther, Black Jesus, je voulais voir ce qu'il en était de près. Mais au final, le gars est devenu mon grand frère. Il a vu quelque chose en moi qui lui a rappelé ce qu'il était. Il m'a pris sous son aile. M'a montré et enseigné beaucoup."

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Kobe : "A l'époque, j'étais allé voir un match à Orlando, vous jouiez contre les Pacers. Penny Hardaway était un peu mon modèle et j'étais allé le voir pour prendre une photo, mais il m'avait rembarré. Toi tu m'avais dit de venir en prendre avec toi, tu m'avais demandé d'où je venais, etc... C'est notre première rencontre".

Shaq : "Moi je me souviens de quelque chose, je ne sais pas si tu es au courant. Je jouais toujours à Orlando, on était à Atlanta. On reçoit un appel de Jerry West à 2 heures du matin avec mon agent, on était en soirée. Il me dit : j'ai ce que tu veux. J'avais demandé 150 millions et Jerry m'en a obtenu 120. Avant que je ne signe mon contrat dans la foulée, il m'a arrêté pour me dire : 'écoute, je viens de recruter ce gamin à Charlotte. Ensemble, vous allez décrocher trois ou quatre titres'. C'est la première fois que j'entendais parler de ton talent. Ce que j'aimais chez toi, c'est que tu en voulais déjà. A 18 ans, tu étais l'un de ceux qui en voulaient vraiment dans l'équipe. Le match contre Utah, où tout le monde t'est tombé dessus après ton airball, je ne t'en voulais pas. Sur les images, on peut voir que je suis le premier à venir te voir et à te parler. Je t'ai dit que les gens riaient aujourd'hui, mais qu'après ils auraient peur de toi dans les dernières minutes. Je sentais ça chez toi à 18 ans".

Kobe : "Moi je me rappelle du premier entraînement de Travis Knight avec nous. Tu as annihilé ce gamin avec du trashtalk, il avait peur de monter dans le bus. Et là j'ai remarqué que tu ne respectais pas les gens que tu étais capable de victimiser. Tu les testais et regardais ce qu'ils étaient prêts à laisser passer".

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Shaq : "Mon moment préféré de Kobe, c'est le match où je me fais éjecter en Finales contre Indiana. Je me dis : 'Et voilà, j'abandonne encore l'équipe'. Tu as posé ta main sur moi et m'a dit : 'Ne t'inquiète pas grand, je m'occupe de tout'.

Kobe : "Ce n'était pas encore mon moment. Ce titre, c'était le tien. Tu avais bossé dur pour nous emmener jusque-là. Un truc que tu ne sais pas sur ces matches contre les Pacers : je tournais un truc l'été d'avant à UCLA et Reggie Miller était là. Je lui ai dit : jouons en un contre un. On l'a fait et je l'ai étudié à la loupe. En attaque, en défense, pour voir ce que je pourrais exploiter. Quand on a joué contre eux, je savais à quoi m'attendre, je savais quoi exploiter chez lui.

Les embrouilles

Shaq : "Entre 96 et 99, c'était le pire point de frustration pour moi. Ça l'était peut-être un peu pour toi, mais pour moi, être considéré comme le meilleur big man mais ne pas réussir à gagner un titre... Je crois que ça nous a mis un coup à tous les deux. Je sais que tu voulais gagner et moi aussi. J'étais un peu fou. Je ne voulais pas qu'on ait ce statut de joueurs qui n'ont pas de titre. J'avais lu dans le journal que Kareem Abdul-Jabbar avait dit, quand on lui pointait mes stats, que je n'étais pas encore un grand puisque je n'avais rien gagné".

Kobe : "Je comprends ton point de vue de l'époque. On te disait, 'Sois patient avec ce gamin, sois patient'. Mais tu ne pouvais pas l'être parce que tu devais gagner maintenant, du coup le 'gamin' devait grandir maintenant. Notre première embrouille, c'était pendant la saison du lockout. C'est là que tu as dû te dire : OK, ce mec est fou. On jouait un pick up game à Southwest College, dans des équipes différentes, et on se parlait mal. Tu n'arrêtais pas de dire : prends ça petit bâtard, prends ça ! J'ai regardé autour de moi et me suis rendu compte que le bâtard c'était moi. Donc j'ai dit : 'Qu'est ce que tu vas faire, hein ?' C'est là que j'ai vu une grosse main venir dans ma direction et je me suis décalé pour l'éviter. Les autres sont venus pour arrêter ça. Je me suis rendu compte que tu recherchais ça, que ça te touchait, que ça te consumait. J'ai compris à cet instant qu'on parlait le même langage. Quels qu'étaient nos désaccords, on savait que l'on devait gagner. On devait trouver un moyen pour que ça fonctionne et on l'a fait."

Shaq : "Après le premier titre, j'étais heureux. Dans ma tête, tout était terminé, j'allais pouvoir faire ce que je voulais. Mais les gens ont commencé à se demander si on pourrait le refaire, si on pouvait devenir une dynastie. Ça m'a agacé, mais je savais qu'avec toi j'aurais quelqu'un de toujours prêt. C'est pour ça qu'il y pas mal de fois où j'arrivais au training camp hors de forme. Je n'avais pas besoin d'être en forme pour dunker. Parce que je t'avais, je pouvais me la couler douce".

Kobe : "Tu vois, c'est ça qui me rendait fou !"

Shaq : "Je me prenais des coups, on me faisait du hack a Shaq, j'étais crevé mec ! J'étais à la maison, à la cool en train de nager et de boire des pina coladas. Je me disais : 'C'est bon, le gamin dans mon équipe peut marquer 40 points quand il veut'

Kobe : "Moi pendant ce temps-là je passais 10 heures à la salle".

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Kobe : "Quand il y a eu les déclarations dans la presse entre nous, j'ai roulé vite pour arriver à l'entraînement. C'était moi au max de ma folie. Pour moi, on allait se battre et ça allait être génial. J'allais me faire cogner, mais ce serait bon. Au final, Brian Shaw était déjà là sur place pour calmer les choses. [...] Je sais que j'ai allumé le feu. Je sais parfaitement ce que j'ai dit. Je me disais qu'on allait agir en adultes et se battre pour régler ça".

Leur place dans l'histoire

Kobe : "J'aurais adoré jouer contre les Bulls de Mike ou les Lakers de Magic à leur apogée. Mais c'est impossible, donc à quoi bon se demander si on était les meilleurs ? Mike et Scottie diront que ce sont eux. Magic et les autres aussi".

Shaq : "Ce qui fait que c'est nous, c'est qu'aucun autre duo n'a eu autant de controverses à gérer. On était les plus énigmatiques, personne n'arrivait à nous décrypter. On était le duo "petit/grand" le plus dominant qui ait jamais vu le jour".

Kobe : "Je me demande toujours ce que Phil Jackson et Johnny Bach auraient pu faire avec les Bulls pour nous stopper. C'était qui le pivot, Cartwright ?"

Shaq : "C'est du gâteau"

Kobe : "Et les gens qui nous parlent du Showtime de Magic et de sa vitesse, du small ball qu'il y a pu avoir aussi, en disant qu'on n'aurait pas pu jouer à telle ou telle époque... Je crois qu'ils ne comprennent pas à quel point on contrôlait le rythme d'un match. Avec toi dans la raquette, le jeu s'arrêtait. Les mecs ne pouvaient pas bouger en défense, courir partout ou prendre des rebonds longs, etc..."

La série face aux Kings

Kobe : "Tu te rappelles ce match contre les Queens ? [...] J'ai toujours voulu demander à Vlade pourquoi il avait giflé le ballon sur le panier de Robert Horry. Si tu veux le faire, mets le ballon dehors, non ? [...] Bref, quand on est arrivé là-bas, tu te souviens ?

Shaq : "Quand on est arrivé, les gens nous montraient leur cul. Donc au retour, on a tous mis notre cul contre la fenêtre du bus !"

Kobe : "Heureusement que les gens n'avaient pas de téléphones pour filmer à l'époque ! C'est mon moment préféré".

Shaq : "Je savais qu'on allait gagner ce match. Pendant l'hymne, comme souvent, j'ai essayé d'établir le contact visuel avec Vlade Divac et je l'ai vu baisser les yeux. Pareil pour Stojakovic".

Le point de non-retour

Kobe : "Pour la série contre les Pistons, c'est de ma faute. Je n'ai pas fait ce qu'il fallait pour qu'on puisse mettre en place nos automatismes. Je n'ai pas assez impliqué Gary Payton, Karl Malone et les autres recrues. On est arrivés dans cette série avec un mauvais équilibre et c'est ma responsabilité. On aurait dû la gagner."

Shaq : "Oui, facilement. Avec Ben Wallace qui défendait sur moi...".

Kobe : "Je sais, c'est fou".

Shaq : "C'est vrai que tu allais aller aux Bulls ?"

Kobe : "Oui. On me parlait de Penny, on disait qu'on était les mêmes, etc... Je ne voulais pas que l'on dise que je n'avais jamais gagné sans Shaq. J'étais bloqué avec cet argument et ça ne m'allait pas. Je devais partir.

Shaq : "J'avais entendu ça, mais je n'y croyais pas".

"Kobe : "On cherchait une maison à Chicago."

Shaq : "Tu allais quitter Los Angeles pour te geler le cul à Chicago ?"

Kobe : "Oui. Et puis Rob Pelinka m'a appelé pour me dire : 'Shaq a demandé son trade'.

Shaq : "Jerry Buss m'a appelé, il m'a dit : 'Je ne peux pas perdre Kobe, je vais tout recommencer à zéro. J'étais déçu, mais j'ai compris. Au final, c'était bien pour le jeu."

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Kobe : "Il y a eu ce rap où tu parlais de moi en train de te lécher le c..."

Shaq : "C'était dans un comedy club, pour le fun".

Kobe : "Je sais, j'ai adoré tout ce que tu as dit, même si je m'en suis servi comme motivation".

Shaq : "Les gens adoraient entretenir notre embrouille, mais jamais on ne serait allés se voir en famille pour s'embrouiller. En fait, c'était du 'je t'aime, mais je n'ai pas envie de te voir'

Shaq : "Il y a cette année où on a reçu le trophée de MVP tous les deux. Il y avait, toi, moi et Shareef sur scène. Tu m'as dit de ramener le trophée chez moi pour que je le donne au petit. Shareef t'adore et c'était un super moment pour lui. On vivait des moments difficiles à cette période. Là, je me suis dit que pendant tout ce temps j'avais peut-être déconné pendant la durée de notre embrouille. Je te dois des excuses".

L'après

Shaq : "Après qu'on se soit séparés, tu as essayé de gagner plus de titres que moi ?"

Kobe : "Absolument ! Je savais que tu en gagnerais un. Avec l'énergie qu'il y avait autour de l'équipe à Miami, avec D-Wade... Je savais que je devrais en gagner deux ou trois. J'avais besoin que tu gagnes et que les gens disent : voilà ce qu'ils ont lâché, Kobe aurait dû partir, pas Shaq. J'avais la colère et l'envie dont j'avais besoin. Immédiatement après votre titre, je suis allé courir, m'entraîner et faire tout ce qui était humainement possible."

Shaq : "Tu crois que j'étais dégoûté quand tu as gagné le cinquième titre ?

Kobe : "Bien sûr que tu l'étais !"

Shaq : "J'ai défoncé ma maison ! Et puis juste après, quand tu as sorti ton 'j'en ai gagné une de plus que Shaq devant la presse... (rires). Phoenix m'a tradé à Cleveland, puis Cleveland m'a tradé à Boston, j'avais 38 ans, plus de genoux, plus de hanches. J'ai dû accepter le fait que tu en aurais 5 et moi 4.