Kris Dunn : Du cauchemar au rêve, parcours d’un survivant

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Kris Dunn a peut-être mis un peu plus longtemps que prévu avant de peser en NBA, mais c'est déjà un miracle qu'il soit arrivé aussi loin.

Depuis son arrivée aux Chicago Bulls, Kris Dunn prouve que les Minnesota Timberwolves ne s'étaient pas totalement trompés en misant sur lui lors de la draft 2016. Mais au-delà de ses belles perfs ces dernières semaines, c'est le parcours du bonhomme qui continue d'impressionner. Voici le portrait que nous avions fait de lui dans le numéro 58 de REVERSE, alors qu'il venait tout juste d'être drafté. 

Dans quelques mois, Kris Dunn débutera sa carrière sous le maillot des Wolves. Un rêve encore impossible à imaginer il y a quelques années, lorsqu’il luttait non pas pour sa carrière, mais pour sa survie.

Le curriculum vitae de Kris Dunn, l'un des jeunes joueurs les plus forts et les plus intrigants à débarquer en NBA la saison prochaine, a de quoi séduire les dirigeants des quatre coins des Etats-Unis. Plus de 16 points, 5 rebonds et 6 passes en moyenne lors de sa dernière année à l'université de Providence. Deux titres de meilleur joueur de la Big East auxquels s'ajoutent deux trophées de meilleur défenseur de sa conférence, une poignée d'autres distinctions individuelles mais aussi un diplôme en sciences sociales, l'aboutissement de son cursus complet à la faculté. Mais sa réussite n’est pas l’aspect le plus intéressant de son parcours.

Les erreurs et les difficultés rencontrées ont elles aussi leur place sur un CV. Elles témoignent de notre capacité à rebondir et à traverser les épreuves les plus dures. Dans le cas de Dunn, elles définissent la personnalité du basketteur mais aussi de l'homme qu'il est devenu. Car pour apprécier pleinement le succès de ce jeune homme de 22 ans, il faut savoir d’où il vient… ou plutôt d’où il « revient ».

Mamanoutai

« Je me suis levé un matin et j'ai demandé à mon frère où était maman. Elle n'était pas rentrée à la maison depuis trois ou quatre jours. Personne ne savait où elle était avant qu'un voisin ne nous prévienne qu'elle était en prison pour vol. »

Non, il ne s’agit pas une réplique tirée de « The Wire », mais bien d’un souvenir « d’enfance » de Kris, le plus jeune des deux fils de Pia James Dunn. La vie n'était pas facile pour la mère de famille et ses deux gamins, John Jr et Kristopher. Ils ont fui leur Connecticut natal lorsque Pia s'est séparée de John Seldon, prenant soudainement la direction d'Alexandria, en Virginie, sans avertir leur père.

« Je me souviens du jour où nous avons quitté le Connecticut. Kris devait avoir cinq ou six mois », raconte l'aîné. Les deux frangins partageaient leur chambre du petit deux pièces dont elle peinait à payer le loyer. « Il n'y avait parfois pas d'eau chaude », ajoute Kris.

Pour lui qui n'avait pas connu d'autre réalité, c'était presque normal. En revanche, les absences répétées de sa mère semaient le doute dans sa tête.

« Je ne comprenais pas pourquoi elle volait alors qu'elle avait un boulot. Puis c'est devenu une manie. »

Conduite sous l'influence de stupéfiants, fraude à la carte de crédit, vols... Pia multiplie les courts séjours en prison jusqu'au jour où ses deux enfants se sont retrouvés livrés à eux-mêmes. John Jr était de passage quelques jours chez leur père dans le Connecticut quand son petit frère l'a appelé.

« Il m'a dit que maman était partie, qu'elle était en prison. »

A respectivement 13 et 9 ans, les deux garçons ont dû lutter pour survivre. Seuls.

« Nous n'en avons parlé à personne parce que nous ne voulions pas être séparés. Je me levais à six heures pour préparer Kris pour l'école. »

C'est justement au sein de leur établissement scolaire qu'ils prenaient parfois des douches. Bien que vivant dans des conditions particulièrement instables, ils avaient décidé de ne jamais ouvrir la porte à quiconque venait frapper.

« On s'assurait que personne ne sache ce qui nous arrivait. On faisait tout pour survivre. Mon frère vendait ses fringues. Je jouais contre des gars au basket ou aux dés, au blackjack, tous ces trucs-là. Mais je misais de l'argent que je n'avais pas donc je faisais tout pour gagner. Si je perdais, je devais courir le plus vite possible. » Ils ont tenu comme ça pendant cinq mois ! « C'était l'enfer. On ne souriait jamais », ajoute Kris.

« Je joue avec beaucoup, beaucoup de colère. C'est pour ça que je joue aussi dur. » Kris Dunn

Cette période infernale est gravée à jamais pour celui qui a dû grandir vite et dire adieu à l'insouciance de l'enfance bien avant l'âge. Il en a d’ailleurs gardé des traces. Cette souffrance, il y a souvent repensé à chaque fois qu'il mettait les pieds sur un terrain.

« Je joue avec beaucoup de colère. Beaucoup, beaucoup de colère. C'est mon passé. Mon passé et mes difficultés. C'est pour ça que je joue aussi dur. J'ai créé cet animal en moi et maintenant je n’ai même plus besoin de repenser à mon passé et à mes galères. C’est inscrit en moi. »

Ses adversaires sont comme les épreuves qu'il a dû traverser. Il doit les surmonter pour atteindre ses objectifs. Cette fougue et cette détermination caractérisent le meneur le plus dominateur du circuit universitaire au cours des deux dernières saisons. Une fois sur un parquet, la douleur emmagasinée pendant son enfance se transforme en force et en motivation. Le basket l'a aidé à faire de ses sentiments les plus sombres une énergie pour avancer.

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