LeBron James meneur, ça change vraiment quelque chose ?

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

LeBron James va jouer meneur aux Los Angeles Lakers la saison prochaine. Un peu comme il le fait depuis le début de sa carrière.

Alors que le marché s’est calmé après un démarrage tonitruant, une nouvelle a déchaîné les passions : Chris Haynes a annoncé l’intention des Los Angeles Lakers de faire jouer LeBron James à la mène la saison prochaine. Et comme toujours quand ça concerne le King ou la franchise hollywoodienne, cette information a provoqué de nombreuses réactions et autres commentaires.

Pourtant, pour nous, le premier constat c’est que… le natif d’Akron a toujours plus ou moins joué meneur depuis le début de sa carrière. Appelez-ça comme vous voulez, mais c’est bien lui qui créait le jeu et dirigeait les attaques de ses équipes depuis son entrée dans la ligue en 2003. D’ailleurs, les plus anciens se souviendront que c’est exactement à ce poste qu’il a débuté en NBA !

Le 29 octobre 2003, il disputait son premier match avec les Cleveland Cavaliers en jouant 42 minutes à la mène, avec à ses côtés les ailiers Ricky Davis et Darius Miles ainsi que les intérieurs Carlos Boozer et Zydrunas Ilgauskas. Il a été décalé à l’aile assez rapidement mais il a, dans les faits, gardé le même rôle. Certains parlent de « point forward ». La ligue a évolué avec le temps et finalement, les meneurs sont ceux qui remontent la balle et jouent les picks-and-roll. Ça peut être aussi bien James Harden que Giannis Antetokounmpo ou LeBron James.

Hormis Kyrie Irving, James n’a jamais vraiment été aligné avec un autre playmaker d’élite au cours de sa carrière. Ce n’est pas un manque de chance mais plutôt une question de complémentarité. Il veut le ballon, alors il faut lui donner en l’entourant d’un « meneur » capable d’étirer les lignes. Il y a eu Mo Williams, devenu All-Star à ses côtés. Puis Mario Chalmers par exemple.

Lonzo Ball allait plus ou moins être cantonné à ce rôle s’il avait été conservé par les Lakers. Parce que même avec un jeune génie de la passe dans son équipe, James a évidemment conservé les clés du camion. 31% des possessions lui étaient destinées l’an dernier. Le double de celle de Ball. Parmi les six joueurs NBA à avoir eu le plus de fois la balle entre les mains lors de la saison écoulée. Alors qu’il soit désormais officiellement « listé » en tant que meneur, ça ne changera pas grand-chose à son rôle sur le terrain. Il continuera de faire exactement la même chose : remonter la gonfle, dicter le tempo, prendre des picks-and-roll et chercher ses coéquipiers démarqués.

Par contre, ça insinue un changement pour les joueurs alignés autour de lui. Un peu comme Ben Simmons aux Philadelphia Sixers. LeBron James au poste un, ça sous-entend deux ou trois ailiers avec lui en plus d’un ou deux intérieurs. Un cinq de grande taille. Selon ce qui a été rapporté hier, Danny Green complétera le backcourt. On peut donc imaginer que Kyle Kuzma sera en trois, avec Anthony Davis et DeMarcus Cousins ou JaVale McGee. C’est long et physique mais ça ne nous convient pas à première vue.

Kuzma sur l’aile, ça fait déjà grincer des dents. Il est plus efficace dans un rôle d’ailier-fort fuyant. Il risque d’être limité en dribble et peut-être même en vitesse pour jouer trois sachant qu’il n’est pas non plus un tireur d’élite à trois-points. Son poste, dans cette NBA, c’est le poste quatre. Les Angelenos peuvent toujours lui confier un rôle de sixième homme et titulariser Jared Dudley mais l’analyse est exactement la même : c’est un quatre. Kentavious Caldwell-Pope a plus le profil mais il a été décevant depuis plusieurs saisons maintenant.

Le cinq « Tall Ball » n’est pas le plus rassurant en défense malgré l’avantage des centimètres. DeMarcus Cousins a clairement perdu en vitesse latérale depuis sa blessure. Il est lent, chaotique, pataud. McGee n’a jamais été en mesure de contenir un extérieur en cas de changement sur pick-and-roll. Et puis revenons-en à LeBron James. Le mettre en un, ça signifie qu’il va défendre sur les meneurs adverses ? Ou sur un arrière au cas où Danny Green se charge du meilleur playmaker d’en face ? Il y a des attaquants qui vont bien se marrer.

James n’a jamais défendu pleinement sur les meneurs. Il l’a fait par moment quand il était au sommet de sa carrière physiquement. Mais ça fait déjà deux ans qu’il a complètement arrêté de défendre pendant la saison régulière. Et même en playoffs, il n’est plus le joueur dominant qu’il a parfois été de ce côté du parquet. Il va fêter ses 35 ans et il sort d’une saison tronquée par une blessure gênante à l’aine. Il n’a plus les cannes pour se coltiner des arrières plus petits et plus vifs. Encore moins pendant toute une saison avant des playoffs qui s’annoncent intenses et engagés.

Au final, il est probable que les Lakers misent rapidement sur un cinq composé de James, Avery Bradley, Danny Green, Kyle Kuzma et Anthony Davis. Et si ce ne sont pas les cinq qui débutent les matches, ce sont sans doute ces gars-là qui les finiront. On en revient là à un groupe très classique. Bradley n’est pas un meneur mais il mesure 1,88 mètre. Plus petit que certains « point guards ». Il défendrait sur eux dans cette situation. Avec un James qui crée le jeu mais qui est opposé à des postes trois. Du grand classique.

Cette détermination à le faire jouer meneur montre surtout que les Californiens manquent de bons playmakers. Rajon Rondo est sur la phase descendante de sa carrière depuis un moment. Alex Caruso manque d’expérience. Il y a donc des chances que LeBron James passe toute sa saison à créer du jeu possession après possession. De quoi se crever avant les playoffs. Exactement ce que Magic Johnson ne voulait pas. Il espérait que le quadruple MVP accepte un rôle de finisseur. Mais le naturel a repris le dessus et James a vite repris la balle des mains de Ball.

En jouant meneur, LBJ va sans doute alimenter Anthony Davis en ballons. Ce ne serait pas étonnant qu’il soit proche du triple-double de moyenne tandis que Davis sera proche des 30 points par match. Pour le reste, c’est juste du blabla estival.