LeBron James est revenu à Cleveland… pour gagner !

Qu'on ne nous baratine pas avec cette histoire de former les jeunes talents. LeBron James est de retour dans l'Ohio avec la ferme intention de gagner un titre... dès maintenant.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
LeBron James est revenu à Cleveland… pour gagner !
« Avant que l’on s’intéresse à mon talent pour le basket, j’étais un gamin du nord de l’Ohio. Les gens m’ont vu grandir ici, j’ai le sentiment d’être comme un fils pour eux. Je veux les inspirer. Ma relation avec l’Ohio est plus grande que le basket. (…) Je veux toujours gagner des titres mais le plus important pour moi est de ramener un trophée dans l’Ohio. C’est un long processus, je ne promets pas un sacre immédiat. Je sais que ça prendra du temps. (…) Nous avons une équipe jeune et je me vois comme un mentor désormais. Je suis excité à l’idée de guider ces jeunes talents. Je pense que je peux aider Kyrie Irving à devenir l’un des meilleurs meneurs de la ligue. Je pense que je peux aider Tristan Thompson et Dion Waiters. Je suis prêt à relever le challenge. Je suis de retour à la maison. » Tous ces mots choisis avec précaution sont extraits de la lettre de LeBron James publiée sur Sports Illustrated en juillet dernier. L’enfant roi revient au pays. Parti sans couronne, il est de retour avec deux titres de champion NBA dans ses valises. Le ‘King’ a très certainement un lien fort avec l’Ohio. On ne le remet pas en question. Cet attachement l’a incité à faire son retour aux Cavaliers. Comme il l’écrit à travers cet essai, il savait « qu’il reviendrait jouer à Cleveland ». Mais il ne savait pas quand. Les dirigeants de la franchise sont finalement parvenus à le convaincre de rentrer à la maison au meilleur moment : lorsque LeBron James est au sommet de son art. [superquote pos="d"]Wiggins et Bennett oubliés involontairement dans la lettre ? Foutaises.[/superquote]Le paragraphe de la lettre consacré à son nouveau rôle de mentor auprès des jeunes talents a sans doute été trop exposé. LeBron James a vu sa popularité grimper à nouveau en flèche à l’annonce de son retour à Cleveland. Le meilleur joueur de la planète qui revient aider son équipe de cœur et guider des joueurs prometteurs vers la victoire, avouez que le tableau est séduisant. Bullshit. Foutaises. Que l’on ne vienne pas nous faire croire une seule seconde qu’il ne savait pas ce qui l’attendait. Que l’on ne vienne pas nous faire croire qu’il n’était pas conscient de la suite des opérations. Que l’on ne vienne pas nous faire croire que les noms d’Andrew Wiggins et Anthony Bennett – les deux premiers choix des deux dernières drafts – ont été oubliés involontairement de l’essai. BULLSHIT. LeBron savait. Et on ne peut pas lui en vouloir. Il aura 30 ans en décembre prochain. Si l’on écarte l’idée d’une blessure, on peut estimer sans prendre de risques qu’il sera encore un joueur d’élite pendant cinq ou six ans avant de décliner progressivement. C’est long et c’est peu à la fois. A-t-il vraiment le temps d’attendre qu’une star en devenir s’acclimate pendant trois saisons avant d’être en mesure de jouer le titre ? Non, niet, nein. Quel est le principal argument avancé par les fans pour comparer les meilleurs joueurs de l’histoire entre eux ? Les bagues. Quel est le principal argument avancé par les détracteurs de James ? Ses deux bagues face aux cinq de Kobe Bryant, aux six de Michael Jordan, etc. LeBron est un incroyable compétiteur. Il veut gagner, il veut marquer l’histoire.

L’été monumental des Cleveland Cavaliers

[caption id="attachment_174567" align="alignleft" width="300"] Les Cavaliers n'ont jamais vraiment songé à conserver Andrew Wiggins...[/caption] Dans un papier très intéressant retraçant les origines des différents mouvements des Cavaliers cet été, le Plain Dealer explique que Chris Grant – l’ancien GM des Cavaliers licencié en cours de saison dernière – rêvait déjà de Kevin Love et LeBron James il y a plus d’un an. Le plan était déjà en tête mais il semblait fou et flou. Il manquait aux dirigeants un levier pour enclencher le processus. Puis est arrivé le soir de la loterie. La franchise avait à peine un peu plus d’un pourcent de chances de décrocher le gros lot. Les Dieux ont été cléments avec les Cavaliers. Cléments avec une équipe en perdition qui a cumulé les erreurs depuis des années. Cléments avec une cité qui court après un titre majeur depuis plus d’un demi-siècle. Le premier choix revient aux Cavaliers. David Griffin, le GM, exulte sur le plateau de NBA TV pendant que Julius Erving (représentant des Philadelphie Sixers) tire une tronche pas possible. [superquote pos="d"]LeBron n'allait quand même pas attendre que Wiggins se développe pour jouer le titre [/superquote]Le quotidien de l’Ohio raconte que les dirigeants de Cleveland n’ont pas tardé à rencontrer ceux des Timberwolves. Nous sommes encore au mois de mai. Les playoffs battent leur plein et LeBron James est encore en course pour décrocher un troisième titre consécutif avec le Miami Heat. Flip Saunders est de passage à Cleveland. Au programme, un dîner avec Griffin. Il pose ses conditions : il veut le premier choix de draft et d’autres assets en échange de Kevin Love. Les Cavaliers hésitent. Non pas sur le transfert, mais sur le moment propice pour effectuer l’échange. Doivent-ils d’abord convaincre LeBron ? Doivent-ils recruter Love pour vendre le projet au ‘King’ ? Les deux parties attendent. La blessure de Joel Embiid contraint Griffin à revoir ses plans pour la draft. Il sélectionne finalement Andrew Wiggins, un jeune prodige canadien apprécié par Flip Saunders. L’offre des Cavaliers s’affine. Mais le moment n’est pas encore venu. Avant de convaincre LeBron James ou Kevin Love, il faut vendre le projet à Kyrie Irving. Drafté en première position en 2011, le meneur All-Star ne veut plus jouer dans l’Ohio. La franchise va mal. Elle vient de licencier son GM et son coach, Mike Brown, déjà viré en 2010 et recruté à nouveau en 2013 avant d’être mis à la porte un an plus tard. Stupide. Irving a vu ses dirigeants drafter Dion Waiters plutôt qu’Harison Barnes ou Andre Drummond. Il y a eu le fiasco Anthony Bennett, l’échec Andrew Bynum, etc, etc. Il n’y croit plus. Il rencontre Dan Gilbert et David Griffin à New York dès l’ouverture de la free agency le premier juillet. Ses employeurs lui promettent que les choses vont changer à Cleveland. Encore mieux : ils évoquent avec insistance les arrivées possibles de Kevin Love et LeBron James. Irving prolonge alors dans l’Ohio pour 90 millions sur cinq ans. La première pierre du prochain ‘Big Three’ est posée. [caption id="attachment_134309" align="alignleft" width="300"] Il a fallu convaincre Kyrie Irving avant LeBron James.[/caption] Le vent tourne dans le sens des Cavaliers. Dans le pire des scénarios, ils aligneront Wiggins, Irving et Waiters ensembles. Mais la franchise voit les choses en grand. Elle vend à Rich Paul, l’agent de LeBron James, une association avec Kevin Love et Kyrie Irving. Les médias envoient plutôt la star des Wolves à Golden State ou à Boston. Cleveland passe sous le radar. La rencontre entre LeBron et Dan Gilbert le 6 juillet dernier a une importance capitale. Les deux hommes s’excusent. Les différends sont dissipés. Le 11 juillet, il est de retour… et il appelle Kevin Love – un joueur pour qui il a une haute estime – dans la foulée.
[superquote pos="d"]Love le 11 juillet : "I'm in"[/superquote]« Ok, j’en suis », conclut l’intérieur All-Star après le coup de téléphone de LeBron James.
Le plan a fonctionné. LeBron est là et il recrute. Il fait ses emplettes. Il prépare son armada dans la quête d’un nouveau titre. Les négociations reprennent entre Minnesota et Cleveland. Le deal prend du temps mais il est en place depuis le début. Et les principales parties concernées – les Cavaliers, les Wolves, LeBron et Irving – savaient. Ils connaissaient déjà la suite. Seuls les médias sont encore dans le brouillard même si les spéculations autour d’un échange Wiggins – Love vont bon train. Le public se divise. Une partie des fans estiment que les Cavaliers font une erreur. Une autre partie crie au scandale et accuse une nouvelle fois James de vouloir s’associer avec les meilleurs. A vrai dire, les meilleurs veulent s’associer avec James. Wiggins a 19 ans. Il n’a jamais joué le moindre match en NBA et il sort tout juste de l’université où il n’est resté qu’une seule saison. Il a un potentiel immense. Mais il n’est pas prêt. Encore une fois, à quoi bon attendre ? Le but n’est-il pas de gagner le titre ?

Un ‘Big Three’ plus fort que celui qu’il aurait formé à Miami

[caption id="attachment_75769" align="alignleft" width="300"] Image collector...[/caption] Kevin Love est prêt. Il a 26 ans et oui, il n’a jamais joué les playoffs. Il était aligné dans le money time avec Team USA et il a répondu présent. Il est taillé pour les rencontres au sommet, sachez-le. Il n’a pas terminé sa progression et s’approche doucement de la meilleure période de sa carrière. Mais ses performances individuelles le placent dans une catégorie très restreinte. Oh… pour ceux qui estiment que Love est essentiellement une machine à statistiques au sein d’une équipe faible, sachez que les Wolves ont infligé des roustes (blowouts) à 24 équipes dont les Grizzlies, le Thunder, les Spurs, les Hawks, les Nets, les Wizards ou encore les Pacers. Seul Miami a remporté plus de matches par au moins dix points d’écart (27). L’intérieur All-Star n’est pas un poison pour son équipe, bien au contraire. En revanche, il n’a pas l’âme d’un chef. Un profil de deuxième option au sein d’un candidat au titre semble bien plus approprié. C’est ce qui l’attend à Cleveland. [superquote pos="d"]Le 'Big Three' du Heat a été fabuleux mais il a montré ses limites[/superquote]Kevin Love est une meilleure deuxième option que Chris Bosh. Il ne s’agit pas de sous-estimer la star du Heat. Bosh a fait des vrais sacrifices en jouant pour Miami et son apport a souvent été sous-évalué. Mais Love est plus technique, c’est un meilleur rebondeur, un meilleur passeur et un meilleur shooteur extérieur. En revanche, c’est un moins bon défenseur. En restant à Miami, LeBron James se serait inscrit dans la continuité du ‘Big Three’ formé avec Bosh et Dwyane Wade en 2010. Ce trio est fabuleux. Il a marqué l’histoire en disputant quatre finales consécutives et en décrochant deux titres. Mais son association avec Love et Irving est plus prometteuse que celle qu’il aurait formé avec ses deux compères en restant en Floride. Wade a encore du basket en lui. Mais il n’est plus en mesure de jouer 82 matches par saison. Même en playoffs, il a connu des coups de mou. LeBron a porté le Heat pendant la saison régulière. Il est arrivé en playoffs épuisé. Il a dû se surpasser. Il veut désormais prendre soin de son corps et dérouler pendant les cinq premiers mois afin d’arriver au sommet de sa forme en avril. Avec Dion Waiters, Tristan Thompson, Kevin Love et Kyrie Irving, les Cavaliers ont les atouts nécessaires pour permettre au meilleur joueur du monde de connaître son pic de forme au meilleur moment de l’année. Shawn Marion, Mike Miller, James Jones – et éventuellement Ray Allen – se chargeront de prendre le relais et de guider les jeunes en playoffs. En un été, Cleveland s’est construit une équipe armée pour gagner. Le staff doit désormais trouver un équilibre et faire jouer tout ce beau monde ensemble. Mais les Cavaliers sont en bonne position. LeBron James a une chance de ramener le titre dans l’Ohio, son état de naissance, le lieu qu’il tient dans son cœur. Mais en retournant à Cleveland, il a surtout fait le choix de gagner.
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