111 CLE
133 ATL
100 DEN
98 GSW
120 OKC
131 SAC
115 LAC
112 HOU

LeBron James a besoin d’une autre superstar pour battre Golden State

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Aussi fort soit-il, LeBron James ne peut pas venir à bout de l’armée massive des Golden State Warriors à lui tout seul. Il lui manque quelque chose. Ou plutôt quelqu’un.

Engagé dans une discussion enflammée propre aux internautes du monde entier, Jared Dudley a rappelé que les joueurs NBA restaient d’abord des passionnés de basket. Jamal Crawford, C.J. McCollum et Dudley sont donc comme nous. Ils regardent les matches, les analysent et fantasment à propos des destins des plus grands champions de notre sport. Celui de LeBron James est évidemment le plus commenté et le plus scruté à notre époque. Car il est le meilleur joueur du monde depuis plus d’une décennie et relie ainsi deux générations. Le King est un phénomène de la balle orange qui ne suscite pas l’indifférence. Plutôt l’admiration ou, parfois, la haine.

Ses confrères sont donc d’abord des supporteurs lambda. Et, comme beaucoup d’autres, ils sont fascinés par les performances actuelles du prodige d’Akron. Sauf qu’ils s’accordent, là encore comme la majorité des fans, sur un point : à Cleveland, James n’est pas assez soutenu dans sa quête de titre. Dudley et McCollum ont donc débattu de l’avenir du bonhomme, imaginant ainsi quelle serait la meilleure équipe pour lui permettre de battre les Golden State Warriors. (NB : les Houston Rockets tenaient la corde).

Car c’est bien de ça qu’il s’agit : triompher d’un quatuor de stars sublimées par un collectif merveilleux. Il vaut mieux prendre des pincettes avant d’oser placer les termes « LeBron James » et « pas assez soutenu » dans la même argumentation. Ses détracteurs seront les premiers à sauter au plafond pour rappeler qu’il a quitté cette même équipe de Cleveland pour aller s’associer avec Dwyane Wade et Chris Bosh au Miami Heat. Puis qu’il a ensuite quitté le navire vieillissant pour former un autre trio plus jeune aux Cavaliers. Alors situions le contexte, en majuscules : il n’est pas assez entouré POUR BATTRE GOLDEN STATE.

Ça saute aux yeux. Il suffit de regarder les deux matches des finales NBA 2018. La franchise de l’Ohio n’est pas passée loin de décrocher la première manche. Mais il a fallu que James en plante 51 pour avoir ne serait-ce qu’une chance de gagner. Et ce duel serré, décidé en prolongation, ne reflète finalement pas l’écart de niveau réel entre les deux formations. Il y a un gouffre. Pas seulement entre Golden State et Cleveland. Plutôt entre les Warriors et le reste de la ligue – avec des Rockets intercalés pile au milieu du fossé (pas si près, pas si loin). Penser que  besoin d’une autre superstar pour gagner ne signifie donc pas qu’il n’a aucun soutien. Il y a quelques bons joueurs de basket à ses côtés. Mais cela revient surtout à admettre que les Dubs sont beaucoup trop forts.

Trop forts pour un seul homme, même si c’est l’un des plus grands de l’Histoire. Il est exténué à force de devoir travailler cette défense sans relais. Il est l’unique créateur au sein de son effectif rafistolé à la hâte en février. Le seul dépositaire du jeu. Ses coéquipiers sont capables de mettre des tirs. Mais nettement moins de déstabiliser le bloc des Warriors balle en main.

Il y a eu un moment dans le Game 2 où James pointait à 15 points, 7 rebonds et 8 passes. Et pourtant, il donnait l’impression de ne pas en faire assez. Dans le sens où ce n’était pas suffisant pour mettre les siens en position de gagner. C’est symptomatique de la tâche immense qui lui revient sur les épaules avec ce groupe. Il a frôlé le triple-double mais les Cavaliers ont pris une piquette. Les non-LeBron ont converti seulement 52 de leurs 137 tentatives depuis le début des finales. Soit 37%. Contre 55% pour leur superstar. Les autres titulaires sont à 39% sur la série. Trop faible.

Alors, oui, il faut une deuxième superstar. Un autre playmaker capable de prendre la gonfle et de battre son vis-à-vis en dribble. Soit pour aller marquer, soit pour créer un décalage et servir un partenaire démarqué. Hum. Ça ne vous rappelle pas quelqu’un ? Un meneur, petit, scoreur, capable de planter des tirs importants ? Son prénom commence par un K. Mais si, vous voyez ! Il a joué à Duke même. Ça va me revenir. Kevon ? Non, pas ça. Kylian ? Non, non, presque ça. Ah Kyrie. Kyrie Irving. C’est lui. Yep, LeBron James l’avait sa deuxième superstar. Irving. Mais les Cavaliers l’ont laissé filer. Il se murmurait même que ce dénommé Kyrie voulait « se sortir de l’ombre du King ». Ce qui aurait ainsi motivé son départ précipité.

Mais alors, ce bon vieux LeBron serait-il quelque part responsable de son manque de soutien ? Il assure avoir demandé à sa direction de ne pas céder à la requête de celui qu’il a surnommé  le « kid » (plus condescendant, tu meurs) pendant trois piges. Mais a-t-il seulement essayé de lui parler en tête-à-tête ? Ou même voulu comprendre pourquoi un joueur aussi brillant qu’Irving ne voulait pas – ou plus – partager la gonfle avec lui ? James a-t-il conscience de la position dans laquelle il met ses coéquipiers – lui qui se vante, souvent à raison, de vouloir faire briller les siens – notamment les plus talentueux ?

Le King veut tout contrôler. D’abord sur le terrain. Et ça peut éventuellement pousser une star à déserter le navire. Parce que personne n’aime jouer avec un gars qui monopolise la gonfle pendant dix secondes (sauf Steven Adams qui a la patience d’un Saint avec Russell Westbrook). Ce n’est pas de l’altruisme ça. Les Warriors, eux, se passent vraiment la balle. Enfin, moins qu’avant. Mais il y a un vrai sens du partage. Avec des ego mis de côté. James peut-il vraiment en dire autant ? Pour sa défense, il est tellement fort et efficace sur sa lecture de la défense sur pick-and-roll qu’il peut sembler difficile de l’écarter de ce système. N’empêche que la balle vit moins avec lui. Et, à ce stade de sa carrière, il n’a pas l’air déterminé à s’allier à un vrai tacticien capable de le faire évoluer – légèrement – autrement.

Et si c'était de la faute de LeBron James ?

Le coach, quelque part, c’est lui qui l’a nommé sur le banc. Indirectement. James ne voulait pas de David Blatt. Le courant ne passait pas. Tyronn  Lue est un ami du joueur. On vous laisse tirer les conclusions. « Control Freak ». Et que dire de Tristan Thompson et J.R. Smith, deux autres gars signés chez Klutch Sports (l’agence de James Paul) ? Prolongés pour respectivement 80 et 52 millions en 2015 et 2016. Avec à chaque fois un coup de pression du patron pour accélérer des négociations bloquées jusqu’au bout de l’été. Aujourd’hui, leurs deux contrats plombent la masse salariale et empêchent justement la venue d’une potentielle superstar. Ou compliquent la tâche au moins. « Control Freak ».

Kevin Love était aussi une superstar aux Minnesota Timberwolves. Mais il a été contraint de se muter en Ryan Anderson du riche depuis qu’il a rejoint LeBron James. Parce que la balle ne peut pas être dans toutes les mains. Enfin, si, aux Warriors, ça marche. Bizarrement, ce sont eux qui dominent la ligue.

Mais il manque une superstar à James pour les vaincre. Alors on en vient à se dire qu’il mérite mieux, une équipe à la hauteur de son talent. Dans un coin de notre tête, on se dit surtout qu’il a obtenu exactement ce qu’il méritait.

 

Correction : Une première version de l'article indiquait que Rich Paul était aussi l'agent de Tyronn Lue. En réalité, malgré des contacts insistants entre le coach et Klutch Sports, Lue a préférer garder ses représentants actuels.