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LeBron James et Golden State, pourquoi une telle rumeur

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

La spéculation d’un possible entretien (pas signature, entretien !) entre les Golden State Warriors et LeBron James a créé l’indignation. Réflexion sur la vraie-fausse bombe de la semaine.

LeBron James et les Golden State Warriors sont les équivalents basketballistiques du Coca-Cola et des Mentos : mélangez-les et vous obtenez une explosion et ses réactions en chaîne. Un dégoulinement de spéculations, de vannes, de tweets, de commentaires indignés, d’insultes. Hier, nous avons pris la décision de relayer les spéculations reliant les deux entités les plus-à-mêmes de susciter les débats. L’article source, posté sur ESPN, faisait tout de même la une de l’un des principaux médias sportifs du monde.

Un grand nombre d’entre vous n’ont pas aimé la manœuvre. C’est évident qu’une telle rumeur, bazardée comme ça, en pleine période des transferts, est un pur ramassis de conneries. Un aimant à clics. En faisant suivre le mouvement, nous sommes finalement nous aussi coupables en alimentant le cercle. Surtout qu’il est assez sarcastique de casser cette même rumeur tout en la postant. Nous pouvons comprendre les mécontents.

Maintenant, peut-être devrions-nous tous essayer de comprendre ce qu’il y a derrière cet effet d’annonce. Derrière cette bombe pittoresque. Car c’est peut-être là le plus intéressant. Fondé sur beaucoup de vide et masqué derrière les éternels « sources », le papier de Chris Haynes, l’insider ESPN à qui la spéculation doit toute son origine, avait pour but de nous donner quelques semblants d’informations :

1) LeBron James serait prêt à écouter un pitch des Golden State Warriors.
2) Les Golden State Warriors seraient prêts à parler avec LeBron James pendant l’intersaison.
3) Les Golden State Warriors auraient éventuellement la marge pour signer LeBron James si Kevin Durant acceptait une nouvelle réduction de son salaire et si Klay Thompson, Shaun Livingston et Andre Iguodala venaient à être échangés.

Tout le monde sait que LeBron James n’ira pas aux Golden State Warriors…

Aucun scoop. Le fond est évident. La forme a été travaillée de sorte à ce que le fond semble tout nouveau. Bien sûr que James peut écouter un pitch des Dubs pendant l’été. Aucune règle ne l’interdit. Les principaux free agents rencontrent quatre à cinq équipes minimum à chaque fois qu’ils sont sur le marché. Alors pourquoi ne pas écouter celui des Warriors si jamais les Californiens venaient à se manifester ? Le deuxième point rejoint le premier : si le King veut parler avec les dirigeants de Golden State, pourquoi l’organisation – qui n’a jamais caché son intention de faire un nouveau coup de maître après avoir signé Kevin Durant (Anthony Davis est désiré) – se priverait-elle de simplement discuter autour d’une table ?

LeBron James - Finales NBA Cleveland Cavaliers

Il n’y avait rien de vilain. Juste des éléments chimiques à ne pas mélanger entre eux. La troisième « info » relaie les manœuvres à mettre en place en cas d’hypothétique accord même pas évoqué dans l’article source. Mais de nos jours, chaque équipe peut signer n’importe quel joueur intéressé par l’idée de la rejoindre. Les franchises ont tous un tas d’options (stretch provision, deals, licenciements, buyouts,  etc.) pour faire de la place sous le Cap.

… Alors pourquoi toute cette agitation ?

C’était suffisant pour choquer la planète basket. Suffisant pour qu’ESPN frappe fort à une période où l’intérêt pour la NBA est croissant. Deadline qui approche oblige. Mais si cette rumeur peut révolter, c’est tout ce qu’il y a autour qui est intrigant. Presque passionnant. Ex-employé d’ESPN et désormais boss de The Ringer, Bill Simmons, journaliste extrêmement cultivé à la théorie du complot facile, a émis ses idées au sujet de ce qui pourrait se tramer derrière tout ça.

Pour résumer, le camp de LeBron James a « poussé » cette rumeur auprès de Chris Haynes afin de :

1) Pousser les Cleveland Cavaliers à se séparer du pick appartenant aux Brooklyn Nets et donc de récupérer un ou plusieurs joueurs d’impact afin de sauver une saison qui court droit à la catastrophe.
2) Essayer de semer le bordel au sein d’un groupe des Warriors qui vit bien et dont l’atmosphère est probablement l’exacte opposée de celle qui règne aux Cavaliers actuellement.
3) Pousser les Los Angeles Lakers, visiblement de moins en moins enclins à céder leurs jeunes joueurs (Jordan Clarkson, Julius Randle) à faire de la place sous le Cap pour signer non seulement LeBron James mais aussi les lieutenants de son choix en juillet prochain.

Les aficionados de James qui refusent absolument de voir leur héros comme un calculateur – sans même que ce soit ici péjoratif – peuvent déjà s’indigner. C’est du basket, oui. Mais c’est aussi la NBA. Du business. Du pognon. Blake Griffin vient d’être échangé à peine six mois après que l’organisation qu’il a toujours fréquentée lui ait promis qu’il serait un « Clipper à vie. » Ce n’est pas le monde des bisounours. Toute déstabilisation est bonne à prendre. C’est de la putain de politique. Et c’est logique, vu les sommes colossales qui sont en jeu.

Le camp du King en campagne politique

L’entourage de LeBron et Chris Haynes se connaissent bien. Avant de rejoindre ESPN, le journaliste travaillait pour le Plain Dealer. Un journal local de l’Ohio qui couvre les Cleveland Cavaliers. Il a des contacts avec le King. Avec ses proches. Peut-être même sa garde personnel. Cela ne suffit pas à prouver toutes connexions entre l’article et James. Cela donne juste du poids à la théorie. En soi, ce n’est d’ailleurs pas vraiment du journalisme. Mais c’est aussi tous ces à-côtés qui font de la NBA une ligue passionnante.

Quand les rumeurs d’une possible arrivée de Kevin Durant à Oakland ont commencé à prendre du poids, autour de novembre 2015 puis à nouveau en février 2016, certains Warriors ont été déstabilisés. Andrew Bogut a publiquement reconnu que le groupe avait mal vécu toutes ces discussions. Car plusieurs l’avenir de plusieurs joueurs (Harrison Barnes, Andre Iguodala) était directement impacté. Les Warriors ont gagné 73 matches cette saison-là. Mais ils ont perdu en finales.

Kevin Durant LeBron James

Parler de James et le relier à Golden State, cela peut être une tentative,  même futile, même désespérée de perturber l’équilibre qui semble vraiment régner au sein de la Baie. Là encore, rien ne prouve que ce soit le but. Rien ne démontre que cela vienne de James ou de l’un de ses associés.

Machine à débats

Notons tout de même que les dirigeants des Warriors ont eux aussi eux-mêmes avoués qu’ils avaient songé à signer LeBron en 2016. Ils y ont tellement pensé qu’ils avaient même réfléchi à la façon dont le quadruple MVP serait susceptible de s’intégrer au sein des systèmes de Steve Kerr. Ce qui, au final, n’a donné que plus de poids à leur envie de signer KD, dont le profil collait plus aux principes des Dubs. Durant était leur cible principale. James a juste traversé leur esprit. Mais ce n’était donc pas un non catégorique dès le départ.

Quand les premières rumeurs d’un éventuel retour de LBJ à Cleveland, en 2014, ou d’une signature de Durant à Golden State, en 2015-2016, ont vu le jour, le public s’empressait de crier à la fraude. Aux « putes à clics ». Personne n’a voulu y croire. Maintenant, calmons le rapprochement. Comme Bill Simmons, nous ne croyons nullement à un quelconque intérêt de LeBron pour les Warriors. En revanche, nous sommes persuadés que toutes ces rumeurs ont des motivations qui dépassent le cadre du clic. Il y a toujours quelqu’un pour tirer les ficelles. Peut-être que c’est simplement ESPN qui cherche à faire le buzz. Ou peut-être que le camp du basketteur le plus politisé de sa génération a des messages à faire passer. Chacun peut se faire son avis. Et c’est justement ça qui nous maintient tous ensemble en haleine.