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Len Bias, l’ange déchu

Benoît JametPar Benoît Jamet Publié

25 ans après sa mort, les fans de Boston se demandent toujours ce qui aurait pu se passer si Len Bias avait pu jouer en NBA.

C'était il y à 25 ans et cela aurait pu changer la NBA telle qu'on la connaît aujourd'hui. Un rare mélange de puissance, de tonicité, d'explosivité et d'adresse, Len Bias était un joueur hors-norme et on ne peut être qu'à moitié étonné qu'il soit tombé dans l'escarcelle des Celtics lors de la draft 1986, alors encore emmenés par celui qui restera comme le dirigeant le plus malin de l'histoire de la Ligue, Red Auerbach. L'histoire de celui que ses amis surnommaient « Frosty » a eu des répercussions sportives mais aussi extra-sportives qui rendent son destin, aussi funeste ait-il été, poignant.

 

Bias Vs Jordan, un duel avorté faute de temps

Né dans le Maryland en 1963, c'est tout naturellement à l'Université du même État qu'il s'engage en 1982. Si sa première saison fut celle de l'acclimatation, avec des stats respectables mais n'ayant rien de faramineuses (7,2 pts et 4,2 rbds en 22 min sur 30 matches), le talent de Bias explose dès la saison 83/84 avec 15,3 pts et 4,5 rbds en 34 min mais surtout un pourcentage de réussite de 56,7% qui démontrait déjà l'adresse et l'habileté du joyau Bias.

Cette saison fut d'ailleurs le théâtre d'un match qui resta dans les mémoires lorsque les Tar Heels de North Carolina vinrent défier les Terrapins de Maryland, mettant ainsi aux prises un jeune Michael Jordan, pas encore champion olympique, et celui que l'on considérait déjà comme son alter-ego.

Si UNC gagna ce match, le duel Jordan-Bias permit à ce dernier de montrer l'étendue de son répertoire alternant dunks, jump-shots soyeux et pure agilité, bref les mêmes prouesses que celles qui firent ensuite la légende de MJ dans la grande Ligue.

Bias finit le match avec 24 pts, sur la lancée des 16 inscrits en 1ère mi-temps, tandis que MJ démontrait qu'il était déjà prêt à aller chambouler la NBA en sortant un 21 pts, 12 rbds (dont 7 offensifs), 2 contres et 4 steals, sans compter le dunk à la dernière seconde qui deviendra plus tard sa signature.

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Le coup de Red Auerbach

1984 fut aussi l'année où le destin de Lenny prit un autre tour sans que personne ne le comprenne encore. Auerbach, déjà rodé à l'idée que Larry Bird devrait un jour céder sa place et cherchant à trouver le leader des futurs Celtics des 90's une fois que le « Basketball Jesus » aurait pris sa retraite, avait tradé son guard Gerald Henderson et du cash en échange du pick des Sonics, une franchise pas si mauvaise à l'époque (qualifiée en 5ème position en 84, 9ème en 1985) et donc pas forcement destinée à la loterie au moment du deal.

En 1985, Bias continue sur sa lancée et améliore sa contribution offensive (18,9 pts) et sa production au rebond (6,8) tout en étant un peu moins adroit (52,8%) et en perdant beaucoup plus de ballons (de 1,5 à 3,1). On peut dire que l'année 85 fut celle de la digestion de son nouveau statut d'espoir numéro 1 au niveau des Juniors que Johnny Dawkins, malgré sa sélection dans la First All-American Team (Bias n'apparait que la Second All-American), pouvait difficilement lui contester en termes de talent pur.

L'annee 1986 fut celle de l'explosion et de la consécration pour Bias qui fut alors élu 1st Team All-American, à l'unanimité. Ses moyennes remontent (23,2 pts, 7 rbds en 37 min à 54% de réussite et 86% aux lancers) et tous les scouts bavent sur ce forward de 2,03 m pour 95 kg.

« C'est peut-être ce qu'on a fait de plus proche de Michael Jordan depuis longtemps. Je ne dis pas qu'il est aussi bon que Jordan, mais c'est un joueur excitant doté d'une explosivité du même niveau », souligne alors Ed Badger, scout des Celtics.

C'est aussi en 1986 que Bias sort un match mémorable contre UNC, une nouvelle fois.  C'est ce match qui rendit Bill Simmons, le Sports Guy d'ESPN, dingue de Len Bias. Pour le supporteur des Celtics qu'il était (et qu'il est évidemment encore), celui qu'il décrit comme un « James Worthy en plus physique, avec la détente de Michael Jordan », dans un de ses articles de 2001, rend le pick potentiel des C's dans le Top 5 hyper-excitant pour peu que Red Auerbach arrive à sélectionner le produit du Maryland.

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Boston gagne encore à la loterie

La loterie de David Stern attribuera finalement le second pick aux Celtics, via Seattle (De 1985 a 1988, contrairement à ce que la NBA fait maintenant, les 7 équipes alors non-qualifiées pour les playoffs avaient toutes les mêmes chances de « gagner » le 1st pick avec 14,29%) alors que le first pick fit, lui, un long chemin entre Philadelphie et les Clippers pour atterrir finalement dans les mains des Cavs qui sélectionnèrent Brad Daugherty (20,2 pts et 9 rbds), le pivot 2nd All-American Team de North Carolina, tout en l'associant à Ron Harper (8ème) et Mark Price (25ème).

L'accumulation de richesses commençait donc à poindre pour les Celtics, fraichement couronnés champions NBA contre les Rockets (4-2) avec ce qui fut peut-être la meilleure équipe de tous les temps (67 victoires, dont un bilan de 40-1 à domicile), emmenés par Larry Bird, tout juste auréolé de son troisième titre de MVP consécutif, Kevin McHale, Robert Parish et le meilleur 6ème homme de la Ligue, Bill Walton. Le règne des Celtics était donc appelé à continuer de plus belle, l'idée étant de faire éclore ce deuxième choix dans la chaleur réconfortante du Big Three, lui donnant le temps de devenir le leader des Celtics des années 90.

C'est donc dans cet esprit que Red Auerbach sélectionna Len Bias lors de la draft 86 se déroulant à New York le 17 juin, après que le #34 de Maryland avait regardé le premier match de la Finale derrière le banc des C's, invité qu'il y était par la franchise de Boston, et au grand bonheur de son père qui voyait les Verts et Blancs comme la meilleure équipe possible pour son fils.

« J'étais assis là derrière eux à les regarder s'échauffer et c'était comme un rêve. J'ai alors pensé que ça pourrait être moi un jour. C'est un rêve dans un rêve. Le premier, c'était juste de jouer en NBA. Etre drafté par les champions en titre, c'est du bonus », avait alors déclaré Len.

Quand Daugherty fut pris par Cleveland, un membre des Celtics s'avança vers lui et lui demanda « T'as fait tes valises pour Boston ? ». La question de son intégration au sein d'un collectif déjà bien rodé fut aussi abordée par le tout juste drafté.

« Ils m'ont dit que je serai 6ème homme. Ils m'ont dit que j'aurai du temps de jeu. Je ne m'inquiète pas de ça », assura Len.

 

Une soiré funeste

Le tout nouveau rookie prit alors la direction de Boston pour y signer, entre autres, des contrats publicitaires, comme celui de 3 millions de dollars avec Reebok, lui permettant surement déjà de réaliser son rêve d'acheter une voiture, « une Mercedes ». Il rentra plus tard dans la soirée sur le campus de Maryland, dans la banlieue Nord-Est de Washington, pour y célébrer avec ses potes son nouveau statut de joueur NBA. Il en ressortit, pour décompresser, vers deux heures du matin pour un lieu hors du campus où il s'arrêta une petite heure avant de rentrer vers 3h du matin. Les policiers en charge du trafic des stupéfiants à l'époque ont bien enregistré la présence de la voiture de Bias dans la rue la plus célèbre au niveau de la circulation de la drogue, l'Avenue Montana, mais n'ont jamais clairement indiqué la présence de Bias à son bord. Ce qui est sûr, c'est que Len Bias prit (certains diront « fuma ») cette nuit-là une dose de cocaïne suffisante pour lui provoquer une arythmie cardiaque et, au final, un arrêt du cœur.

Malgré les appels à 6h32 du matin de son ami de longue date, Brian Tribble (qui fut ensuite condamné pour trafic de drogue), les services du 911 ne purent faire repartir son cœur et Len Bias fut déclaré mort à 8h55 du matin, le 19 juin 1986, deux jours après voir été drafté. Ainsi s'en allait l'une des étoiles les plus filantes du basket moderne.

Les langues se délièrent peu après sa mort pour donner plus de détails et dresser un portrait moins idyllique qu'il n'y paraissait du jeune homme. Celui que l'on voyait souriant et plutôt humble dans ses déclarations avait en effet adopté un style de vie plutôt haut de gamme dès son année Senior, n'allant que très rarement en cours, achetant une Mercedes pour son père ainsi que pour lui et sniffant « non des lignes de coke mais des montagnes de coke » d'après ce qu'un témoin, non vérifié, raconta à Frank Herzog, un présentateur US basé à Washington et assez connu à l'époque. Sa mère, par contre, a toujours affirmé que cette nuit-là fut la première rencontre de son fils avec la drogue.

« Ouais, je pense toujours à lui… Et je hais ça. » Bill Simmons, dans son article du 20 Juin 2001.

Alors finalement, que reste-t-il de celui que Coach K qualifia de joueur le plus dominant qu'il lui ait été donné d'affronter, avec MJ, lors de ses années de coach ACC ? Que reste-t-il de celui qui nous gratifia de ce que Scoop Jackson qualifie de « Jesus Dunk » lors de ce mémorable match contre UNC en 86 ? La série des documentaires ESPN « 30 for 30 » qualifia Marcus Dupree de « Best that never was » au niveau football, mais que se serait-il passé si le « Best that never was » au basket avait en fait foulé les parquets de la NBA ? Quel impact sa mort a-t-elle eue sur une société américaine où l'avidité était alors prônée, par tous les moyens, et où la consommation de drogue faisait partie intégrante de la société d'alors ?

 

Boston et les États-Unis ont mis des années à s'en remettre

Sportivement, les conséquences furent dramatiques pour les Celtics. Ils arrivèrent encore jusqu'en Finale en 1987, sous l'impulsion d'un Larry Bird magnifique. Mais, dès 1989, le corps de Larry Legend commença doucement à lâcher prise et c'est au moment où Bias aurait dû prendre le relais que son absence se fit le plus cruellement sentir. Les C’s crurent pouvoir s'en sortir en draftant un jeune forward prometteur de Northeastern, dans le Sud de Boston, du nom de Reggie Lewis, mais le sort s'acharna encore contre eux lorsque l'ailier devenu All-Star s'effondra lors d'un match d'entrainement en 1993, terrassé par une attaque cardiaque. Il faudra attendre 2008, et le trade amenant Garnett et Allen, pour revoir les Celtics au top de la NBA. La mort de Len Bias fut donc le début de 20 longues années d'agonie verte et c'est pourquoi les supporteurs des Celtics évoquent encore avec émotion le jeune prodige de Maryland.

Avec Bias portant son #30, les Celtics auraient eu un argument durant les Finales 87 contre Magic et les Lakers. Le jeune ailier aurait pu soulager Larry Bird de précieuses minutes et emmener les C's très loin en playoffs de la fin des 80's et du début des 90's, les Pistons restant peut-être sur le carreau et MJ devant encore attendre quelques années avant de conquérir son premier titre. Qui sait si, alors, Jordan aurait pris sa retraite en 93 ? C'est donc l'un des plus grands « Et si...? », chers a Bill Simmons, de l'histoire de la NBA qui a découlé dans cette nuit fatale de juin 1986.

Même hors du milieu basket, la mort de Bias fut un tel choque qu’elle eu des répercussions à l’échelle nationale. Elle donna notamment une raison suffisante au législateur pour essayer de mettre un peu d'ordre dans la maison. Démocrate venant de Boston, Thomas O'Neill Jr était alors le président de la Chambre des Représentants à Washington et son attachement aux deux villes les plus bouleversées par cette affaire le poussa à prendre l'initiative de lois anti-drogues plus répressives, que les Républicains supportèrent avec enthousiasme. Ainsi la loi « contre les abus de drogues » de 1986, imposant des sanctions très sévères aux possesseurs de drogue, même en quantité infinitésimale, fut un résultat direct de la mort de Len Bias. Toute l'inégalité sociale liée à ces lois, comme le ciblage racial qu'elle mettait en place en touchant beaucoup plus les populations afro-americaines paupérisées ou bien la surpopulation carcérale et sa démographie bancale (beaucoup de petits consommateurs contre peu de gros trafiquants), fut reconnu plus tard avec des amendements qui en réduisirent la portée.

La mort de Len Bias fut plus que celle d'un sportif, ce fut la fin d'une certain Amérique...