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Qui doute encore de Luka Doncic ?

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Il n'a fallu que deux mois pour que Luka Doncic fasse taire la plupart de ses détracteurs. Le Slovène est plus que le ROY, c'est déjà une star NBA.

C’est ce qu’on appelle couramment retourner sa veste. Un internaute américain a eu le courage de le faire publiquement, sur Twitter. Coupable d’avoir longtemps dénigré et conspué Luka Doncic plusieurs mois avant la draft, ce supporteur de Dallas a reposté tous ses anciens messages où il descendait le Slovène afin de montrer à quel point il avait tort. Parmi le florilège de tweets sceptiques, on retiendra le fait que pour lui l’Euroleague était un championnat de seconde zone étant donné que des joueurs comme Nick Calathes ou Malcolm Thomas y sont des stars sans jamais s’être imposés aux Etats-Unis. Personne ne lui en voudra. Il est juste un passionné de basket.

Ce qui est plus grave, en revanche, c’est que des scouts et des analystes NBA – payés pour regarder des matches aux quatre coins du monde toute l’année – tenaient les mêmes raisonnements que ce fan lambda. La majorité des observateurs saluaient évidemment le talent du prodige du Real Madrid mais il avait aussi son lot de détracteurs. Comme c’est de toute façon le cas pour chaque phénomène rapidement exposé sous le feu des projecteurs.

Deux mois après ses débuts dans la ligue la plus relevée du monde – sa carrière pro a déjà commencé il y a bien longtemps – Doncic est déjà en train de regagner à sa cause la plupart de ceux qui ne croyaient pas en lui. C’est dire à quel point il est fort. En vérité, il est même déjà le meilleur joueur de son équipe. Il n’a que 19 ans mais il n’a pas peur de se comporter en patron alors qu’il côtoie DeAndre Jordan, un All-Star, ou Harrison Barnes, un champion NBA payé 24 millions de dollars la saison. Même Dennis Smith Jr, autre jeune talent pas toujours réputé pour son altruisme, lui a laissé les commandes du jeu sans rechigner. Les deux sont d’ailleurs amis et se complètent bien sur le terrain.

Doncic n’est pas le leader d’une équipe faible qui squatte les profondeurs du classement. Non, il guide une formation des Mavericks pour l’instant virtuellement qualifiée pour les playoffs, même si la saison régulière est évidemment encore longue. Dallas affiche un bilan positif avec onze victoires en dix défaites au sein de la terrible Conférence Ouest. Là encore, de nombreux analystes n’imaginaient pas les Texans aussi haut placés même si certains d’entre eux les annonçaient en playoffs. Et le virtuose européen est au cœur de ce succès avec 18,5 points, 44% aux tirs, 38% à trois-points 6,5 rebonds et 4,5 passes par match. Seuls dix joueurs ont terminé leur première saison dans la ligue avec de telles moyennes. Parmi eux, quelques légendes comme Michael Jordan, Larry Bird, Oscar Robertson, Kareem Abdul-Jabbar ou Magic Johnson. Il suit déjà les traces des plus grands.

Au-delà de ses performances chiffrées, c’est la manière qui étonne. Il régale. Il n’a effectivement pas la vitesse d’un De’Aaron Fox, la détente d’un Zach LaVine ou la puissance d’un Zion Williamson. Mais son potentiel athlétique n’est pas aussi limité que ce que certains scouts le craignaient. Surtout, il compense avec une intelligence de jeu déjà largement supérieur aux normes.

Parce que finalement, ce n’est pas seulement le nombre de points qu’il marque mais aussi la manière dont il score. Il a réussi à transposer son jeu de l’Euroleague à la NBA et c’est exactement ce que les plus sceptiques doutaient qu’il soit un jour en mesure de faire. Deux mois plus tard, Doncic régale soir après soir avec des feintes, des passes, des dribbles, des step-backs, etc. Il est le deuxième meilleur shooteur à trois-points en sortie de dribbles après Stephen Curry depuis le début de la saison… un tir devenu très important et qui sépare les superstars des autres joueurs.

Il est justement déjà l’une des superstars de la ligue. En quelque sorte. D’abord en termes de traitement médiatique. Ensuite en termes d'accueil quand il débarque dans l’une des salles des quatre coins du pays. L’attention est portée sur lui. Il est attendu. Et il délivre. Alors il est temps de casser les stéréotypes sur les prospects européens, toujours soi-disant trop lents ou pas assez athlétiques. Le monde entier avait vu le talent du bonhomme. Sauf peut-être les dirigeants des Phoenix Suns, des Sacramento Kings et des Atlanta Hawks (bon, la pique est un peu facile, il y a d’autres éléments à prendre en compte) et des haters à droite ou à gauche.

Les Américains restent parfois sceptiques à propos de ce qu’ils ne connaissent pas. Et surtout de ce qui n’est pas étiqueté de la bannière étoilée. Ils croient en la NCAA avant l’Euroleague et se fient par erreur aux statistiques du Vieux Continent. Il y a moins de possessions et moins d’espaces dans les championnats européens. Alors les chiffres sont forcément moins frappants. Les moins perspicaces d’entre eux pensent que la G-League est du niveau des grandes équipes espagnoles, russes ou turcs. Il est temps qu’ils se mettent à jour.

Luka Doncic était pour nous le meilleur prospect et le premier choix incontournable de cette draft. Parce qu’aujourd’hui, en NBA, c’est autour d’un porteur de balle qu’il faut construire son équipe. Et non autour d’un pivot. Hormis les Philadelphia Sixers, aucune franchise candidate au titre ne se repose sur un intérieur dominant. Joel Embiid est l’exception qui confirme la règle. Les Suns ont préféré miser sur Deandre Ayton – très bon au demeurant – et leur poulain fait des statistiques mais Phoenix ne décolle toujours pas malgré de nombreux jeunes joueurs prometteurs. Parce ces gars-là ne font pas gagner. Pas de suite. Pas comme Doncic.

Attention, Ayton a le temps. Il ne faut pas le juger trop vite. Il faut aussi éviter de trop souvent comparer sa propre destinée à celle du joueur des Mavericks. Les partisans du pivot – et les détracteurs du  Slovène mais ils sont de moins en moins nombreux – souligneront le fait que le natif des Bahamas a plus de potentiel. Voilà la nouvelle étape. L’autre point avancé par les sceptiques : Doncic aurait une marge de progression limité. OK, il est fort mais peut-il aller encore plus haut ? Il a déjà cassé les premiers stéréotypes en moins de deux mois. Il lui reste maintenant à continuer à s’élever tout au long de sa carrière pour peu à peu faire retourner leur veste à tous ceux qui ne croyaient pas en lui.