Masai Ujiri, faiseur de miracles

A la tête des Toronto Raptors depuis sept mois, Masai Ujiri est déjà parvenu à changer l'image d'une franchise qui cherche enfin à décoller.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Masai Ujiri, faiseur de miracles
Masai Ujiri est un manager très bien payé. Les Toronto Raptors ont offert trois millions de dollars annuels – soit trois fois ce qu’il percevait aux Denver Nuggets – au dernier meilleur dirigeant de l’année pour le convaincre de rejoindre le Canada. Dans l’Ontario, sa mission est simple : relever une franchise qui n’a pas vraiment décollé depuis son implantation en 1995. Il faut dire que Masai est un personnage à part. Il est réputé pour ses négociations aiguisées et sa capacité à sortir vainqueur des transferts (James Dolan, un brin rageur, en sait quelque chose). Avec Denver, il a réussi un refourguer un Carmelo Anthony condamné à quitter la franchise et un Chauncey Billups sur la pente descendante contre Kosta Koufos, Timofey Mozgov, Raymond Felton, Wilson Chandler et Danilo Gallinari ainsi que trois tours de draft. Plus récemment, il a envoyé Rudy Gay et son énorme contrat à Sacramento en échange de John Salmons, Greivis Vasquez et Patrick Patterson. Un coup de génie. Depuis le transfert de Gay, les Toronto Raptors affichent un bilan flatteur de 10 victoires et 4 défaites. Les hommes de Dwane Casey ont fait tomber le Thunder et les Pacers avant d’accrocher le Miami Heat. Pour sa part, le coach a été nommé meilleur tacticien du mois. Tous les joueurs de l’effectif ont élevé leur niveau de jeu. Kyle Lowry joue le meilleur basket de sa carrière. Jonas Valanciunas, Terrence Ross, Amir Johnson et DeMar DeRozan passent des caps.
« Tout le monde joue bien », s’enthousiasme Masai Ujiri à USA Today. « Nous avons encore beaucoup de travail. Nous avons un bon passage mais nous sommes encore loin de ce que nous voulons. »
Toronto est actuellement quatrième à l'Est avec 16 victoires et autant de revers. La franchise canadienne profite pleinement de la faiblesse absolue de la Conférence et plus particulièrement de la division Atlantique.
[superquote pos="d"]"On veut être une équipe qui marque la ligue." Masai Ujiri[/superquote]« L’équipe joue bien. La NBA est une ligue complètement folle. Un jour, tout va bien. Le lendemain, c’est dur. Je donne du crédit au coach. Félicitations pour le titre de coach du mois. Les joueurs ont été incroyables. Ils savent ce que l’on recherche. On veut être une bonne équipe, une équipe qui gagne. Si ce n’est pas le cas, on devra trouver un moyen de reconstruire l’équipe. »
Oui, les joueurs savent. DeMar DeRozan, meilleur scoreur de l’effectif, est conscient qu’il pourrait être échangé. Le meilleur scoreur d’une équipe qui joue les playoffs est-il habitué à ce genre de situations ? Pas vraiment, soyons honnêtes. Le plan initial de Masai Ujiri n’était probablement pas de jouer les playoffs. Le manager ne veut pas se contenter de profiter des faiblesses des autres franchises pour espérer jouer un ou deux tours en post-saison. Ujiri veut construire une équipe capable de s’inscrire dans la durée et de courir après le titre. Pour cela, il aurait bien voulu mettre la main sur l’un des « game changers » potentiels disponibles lors de la prochaine draft.

Changement de plan

[caption id="attachment_127668" align="alignleft" width="300"] Masai Ujiri aurait bien voulu mettre la main sur Andrew Wiggins...[/caption] La réussite actuelle des Raptors l’a obligé à revoir ses méthodes même s’il ne manque pas de rappeler que tout peut aller très vite en NBA et que Toronto n’est absolument pas assuré de jouer les playoffs. Masai Ujiri a tenté, en vain, de transférer Kyle Lowry et peut-être également DeMar DeRozan. Mais à force de s’attirer les louanges, le dirigeant a peut-être rendu ses confères méfiants à son égard… Il préfère donc la jouer modeste.
« Je suis juste au téléphoner à passer quelques appels ou à écouter ce que l’on me propose. Tous les managers sont incroyables. Une seule personne ne peut pas effectuer de deals. C’est difficile de faire des échanges mais c’est notre job de faire ce qui est le mieux pour nos organisations. »
Masai Ujiri voulait d’abord reconstruire la franchise via la draft. D’un autre côté, le « tanking » est rarement payant. Il est toujours positif d’instaurer la culture de la victoire au sein d’une franchise. Désormais, Ujiri doit trouver d’autre moyen pour attirer une superstar dans le Canada.
« On veut avoir de l’influence sur la ligue en tant qu’équipe. Je ne crois pas les conneries que l’on raconte à propos de Toronto. On va montrer que les gens vont vouloir jouer à Toronto. On peut être compétitif. »
L’histoire récente prouve que les Raptors ont toujours eu du mal à conserver leurs meilleurs joueurs. Marcus Camby, Damon Stoudemire, Tracy McGrady, Vince Carter ou encore Chris Bosh, tous ont finalement quitté l’Ontario. Avec Andrew Wiggins, les Raptors avaient une occasion de récupérer une superstar potentielle susceptible de rester au Canada (il est originaire de Toronto). Le « tanking » pour l’année 2014 uniquement avait donc un sens. Mais il y a d’autres moyens de récupérer une superstar. Rappelons qu’hormis les Pistons 2004, aucune franchise n’a remporté le titre récemment sans l’un des 10-15 meilleurs joueurs de la ligue. Pour attirer un joueur majeur, Masai Ujiri va donc devoir donner envie à ces derniers de jouer dans l’Ontario. Malgré la vie agréable à Toronto, la ville est perçue comme ennuyeuse par certains joueurs qui préfèrent logiquement Miami, Los Angeles ou New York pour leur cadre de vie. En instaurant une culture de la victoire, la franchise peut changer cette vision. De plus, les Raptors ont plusieurs « assets » pour espérer un très bon joueur via un trade, un peu comme les Rockets l’ont fait avec James Harden. La franchise dispose de plusieurs tours de draft ainsi que de jeunes joueurs talentueux comme Amir Johnson, Terrence Ross ou DeMar DeRozan. En tout cas, pour Dwane Casey cela ne fait aucun doute, la franchise « va dans la bonne direction ». On ne peut plus normal avec Masai Ujiri à sa tête…
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