Pat Riley et le Heat ne sont plus dans le coup

Parrain de la mafia du Miami Heat, boss parmi les boss, Pat Riley a perdu de son charme avec l'âge. Zoom sur un président déconnecté des réalités de la nouvelle génération.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Pat Riley et le Heat ne sont plus dans le coup
Toute l’argumentation du Miami Heat reposait sur Pat Riley au moment où une délégation de la franchise floridienne s’est entretenue avec Kevin Durant pendant approximativement deux heures au début de l’été. Et c’était peut-être déjà un mauvais signe. Le Heat, à peine deux ans après avoir perdu LeBron James, avait là une occasion de signer un autre alpha dog capable de relancer l’organisation vers les sommets. Mais, à vrai dire, à part Riley, ses cheveux gominés, son allure de parrain de la mafia et ses bagues qu’il agite fièrement à chaque meeting avec une star, le Heat ne proposait rien de très séduisant à « KD », hormis d’éventuelles réductions d’impôts, une conférence plus ouverte, une culture de la gagne encore récente et un climat agréable tout au long de l’année. C’est déjà beaucoup. Insuffisant cependant pour attirer l’ex-MVP du côté de South Beach. Warriors, Thunder, Clippers mais aussi sans doute les Celtics devançaient le Heat. [superquote pos="d"]3 juillet, déjà pas de Dwyane Wade et Chris Bosh au meeting avec Kevin Durant[/superquote]Il y a quelque chose d’intrigant avec ce meeting. Pas de Chris Bosh, pas de Dwyane Wade, tous deux dans l’attente d’une décision de la franchise au moment du rendez-vous. Alors que les stars se pointent habituellement à ces rendez-vous pour convaincre l’un des leurs de rejoindre le navire, aucune des deux icônes du Heat n’a fait le déplacement jusqu’à New York pour rencontrer Durant.

Dwyane Wade et Chris Bosh sacrifiés par Pat Riley

Une fois la décision prise par ce dernier, Riley est allé de l’avant. Son plan était déjà bien ancré dans sa tête. Il n’a pas appelé Wade une seule fois tout au long de l’intersaison et les deux hommes ne se seraient toujours pas reparlés depuis. Au point où le triple champion NBA a même contempler l’idée de rejoindre les Denver Nuggets – pour le seul attrait monétaire– avant que les Chicago Bulls finissent par se positionner dans la course. Ni Wade, ni ses proches ne s’attendaient à une telle issue. « Flash » s’est souvent sacrifié financièrement, même si le terme semble mal choisi vu les sommes engrangées, pour permettre à sa franchise de signer d’autres joueurs majeurs. Il était le visage du Heat. Et il portera un maillot des Bulls cette saison. Riley a fait mine d’être meurtri, et peut-être l’était-il au fond de lui, au départ de son champion mais il n’a rien fait pour le conserver. Tout simplement parce que cela ne rentrait plus dans sa stratégie. D’après une très grande majorité de rapports, Miami n’a même pas cherché à ne serait-ce que se rapprocher de l’offre faite par Chicago (alors que la franchise a finalement conservé Tyler Johnson pour 50 millions sur quatre ans). [caption id="attachment_56904" align="alignleft" width="250"] Les bagues peuvent faire taire les critiques.[/caption] C’était la première étape. La deuxième impliquait Chris Bosh. Alors que le All-Star commençait déjà à militer pour son retour à la compétition, les dirigeants du Heat évitait le sujet, se cachant derrière des communiqués de presse ou des déclarations les plus simplistes mettant en avant « la santé du joueur avant tout ». A aucun moment les médecins du club ont donné le feu vert à Bosh. Et ce n’était certainement pas au programme. Le Heat jouait mieux sans son intérieur All-Star la saison passée. Mais pas parce qu’il empêche son équipe de gagner. C’est autre chose. Le Heat jouait tout simplement mieux au sein d’une configuration « small ball », avec un seul pivot et quatre extérieures – difficilement applicable avec Bosh et Hassan Whiteside. Leur combinaison fonctionnait moins bien, malgré la capacité du premier à s’écarter du cercle et à défendre des joueurs plus petits. Les coaches ne voulaient laisser qu’un seul grand sur le terrain et ils ont manifesté cette intention dès les premières semaines de l’été, bien avant que la fin de la relation entre Bosh et la franchise soit actée. Erik Spoelstra notait l’importance donnée à Whiteside, Justise Winslow et Goran Dragic. Rien ne laissait planer ne serait-ce qu’un petit indice sur un éventuel retour du joueur qui pesait près de 20 points par match. [superquote pos="d"]La NBA choquée par le traitement réservé aux ex-superstars du Heat[/superquote]Si Chris Bosh n’avait connu des pépins de santé grave, le staff lui aurait sans doute confié ce rôle de pivot titulaire et le statut de « franchise player ». Whiteside n’aurait peut-être pas été conservé – du moins pas au prix fort – et le surplus de dollars disponibles aurait renfloué le compte en banque de Dwyane Wade. Beaucoup de si. Avec un Whiteside plus jeune, en meilleure santé et destiné à signer pour un montant proche du maximum, le Heat de Pat Riley a fait son choix. Les malheurs de Bosh sont tristes mais ils ont permis à l’organisation d’éventuellement libérer de sa trésorerie un salaire imposant dont elle n’était pas forcément en faveur au moment de sa signature. Le joueur allait filer aux Houston Rockets juste après le départ de James vers Cleveland et son agent a mis la pression pour forcer la main des dirigeants pas tout à fait enclin à lui filer 118 millions de dollars sur cinq ans.

Miser sur une jeunesse qu'il ne comprend pas...

[caption id="attachment_294906" align="alignleft" width="318"] Le Miami Heat avait-il vraiment envie de faire revenir Chris Bosh ?[/caption] Le Heat a maintenant une occasion de faire des économies – involontaires, il s’agit plus d’une opportunité saisie – et de se reconstruire. Mais l’attitude de la franchise, et surtout celle de Riley, envers ses deux anciennes gloires a choqué la ligue. Est-ce ainsi qu’une superstar fidèle à son équipe doit être traitée ? Est-ce ainsi qu’une star blessée est abandonnée en cours de route ? Ces questions peuvent nous sembler dérisoires d’un œil extérieur mais n’oublions pas que les joueurs se parlent entre eux, qu’il s’agit là de leur carrière professionnelle, leur façon de garantir de l’argent à leurs futures générations. Et les carrières sont courtes. Le traitement réservé par les propriétaires et les dirigeants aux joueurs est plus que jamais important au sein d’une ligue où les stars sont devenues maîtres. [superquote pos="d"]Jouer vite, jouer bien, la nouvelle formule pour attirer les stars[/superquote]Pat Riley semble complètement déconnecté de la nouvelle génération. C’est un mec à l’ancienne. Son charisme avait un succès certain auprès de Kevin Garnett, de LeBron lorsqu’il était plus jeune, ou des autres patrons nés dans les années 80. Il n’a pas le même impact auprès des jeunes pousses adeptes de Snapchat et des réseaux sociaux. Il ne comprend pas un gars comme Whiteside, qui a d’ailleurs annoncé lui-même la signature de son nouveau contrat sur internet. Sans son charme, difficile de convaincre les meilleurs joueurs de cette ligue moderne de rejoindre Miami. La franchise n’a pas tant de soucis à se faire. Elle a quelques jeunes talents prometteurs et un bon coach pour mettre en place du basket de qualité. C’est peut-être ça le plan. S’inspirer des Celtics dont la cote de ne cesse de grimper. C’est ce que veulent les joueurs. S’amuser, jouer vite – tiens, tiens, le Heat parle notamment de porter son jeu vers l’offensive cette saison – et gagner des matches. C’est ce qui les attire et non pas un papy un peu gâteux qui vient les rabrouer avec son époque, ses titres et ses codes de bonne conduite datant d’une époque où WhatsApp, Facebook et tous ses dérivés n’avaient même pas encore vu le jour. A Miami, y’a le soleil. Alors que Pat Riley continue de se dorer la pilule. Mais il est peut-être temps qu’il laisse quelqu’un d’autre diriger le Heat.
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