Alcool, crack, vol à la tire et finales NBA : l’histoire de Richard Dumas

Alcool, crack, vol à la tire et finales NBA : l’histoire de Richard Dumas

L'histoire de Richard Dumas, c'est celle d'un combat acharné contre les addictions, contre les névroses, contre lui-même.

Théophile HaumesserPar Théophile Haumesser  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Portrait
Préc.1 / 3Suiv.

Mais d’où il sort lui ? Qui c’est ce gars qui tape des dunks sur la tête des Chicago Bulls en finales NBA et qui joue face à Michael Jordan et Scottie Pippen comme s’il avait fait ça toute sa vie ? Quoi, c’est un rookie ? Et d’abord, c’est qui ce Richard Dumas ?

En 1993, bien avant internet, les réseaux sociaux et les fils d’infos en continu, il n’était pas facile d’obtenir des réponses à de telles questions. Le plus simple, c’était de simplement profiter du spectacle. De toute façon, les réponses finiraient bien arriver plus tard, ce gars-là – avec son jump, son culot et sa polyvalence – allait manifestement devenir un pilier de la ligue pour un bon moment. Sauf que…

Sauf que Richard Dumas a disparu des radars aussi rapidement qu’il y était apparu. Des rumeurs parlaient de problèmes de drogue, mais rien de tout cela n’était bien clair. Le seul truc qui était évident, c’est que sur son seul talent, il aurait dû faire une belle carrière… et que ça n’a pas été le cas.

Pas né sous la même étoile

Il y a peu, l’ancien ailier bondissant des Phoenix Suns est revenu sur son passé et sur son parcours avec DJ Vlad pour lever un peu du mystère qui l’entourait toujours, bientôt trente ans après ses plus incroyables faits d’arme. On y découvrait un homme apaisé, mais dont la trajectoire de vie est à la fois totalement absurde et tristement logique.

De son père, un ancien joueur ABA appelé comme beaucoup d’autres jeunes de sa génération à participer à la guerre du Vietnam, il n’a pas hérité que les qualités athlétiques. Il a également pris très vite de terribles habitudes. Diagnostiqué comme souffrant du trouble « ADHD », une terminologie fourre-tout qui désignait des enfants atteints de différents troubles de l’attention ou d’hyperactivité, au nom duquel les médecins n’hésitaient pas à prescrire des doses de Ritaline, un puissant psychostimulant dont les propriétés sont comparables à celles des amphétamines, Richard Dumas a été très vite confronté à l’usage de substances diverses, dans son cercle le plus intime.

« Quand j'avais quatre ou cinq ans, mon père avait l'habitude de me faire boire de la bière pour essayer de me calmer, vu que je courrais partout », explique-t-il.

« A l'époque, mon grand-père me laissait aussi lui allumer ses cigarettes. Et puis, plus tard, j'ai commencé à fumer de la weed vers douze-treize ans. J'ai toujours eu une mentalité d'addict. Il m'arrivait même de prendre les médicaments de ma mère. »

Pour un gamin en manque manifeste de stabilité, on ne pouvait pas imaginer pire départ dans la vie. Vols mineurs, vandalisme, il grandit en peinant à trouver des moyens de se canaliser et il se tourne finalement vers le sport pour trouver une façon d’utiliser à bon escient son énergie débordante.

"A partir de là, je me suis mis à boire à chaque fois avant de jouer."

Foot US, baseball, basket, il brille dans tous les sports, mais finit par se concentrer quasi uniquement sur la balle orange, aidé dans son choix par une poussée de croissance spectaculaire durant ses années au lycée. Mais s’il se découvre un vrai tempérament de compétiteur et de belles aptitudes sur le parquet, Richard se rend également compte que, plus il progresse, plus on s’intéresse à lui, ce qui lui cause un stress grandissant.

« Je n'aimais pas trop toute l'attention que ça me valait. Ça me mettait une sorte de pression. Un jour où on avait un gros match, durant mon année sophomore, j'ai trouvé un magasin qui me laissait acheter de la bière. J’en ai bu trois juste avant de jouer, pour essayer de me calmer. J'ai fait un bon game et, à partir de là, je me suis mis à boire à chaque fois avant de jouer.

Et puis, un jour, quand j'avais 18 ans, l'un de mes soi-disant amis m'a fait prendre du crack sans que je le sache. C'était censé être juste un joint, mais je ne savais pas qu'il avait mis du crack dedans.

Cette drogue me faisait trop peur, parce que j'avais vu toutes ces photos de gens qui en prenaient. Mais après ça, je suis tombé accro. C'est comme ça que tout a commencé. »

Richard Dumas : le rookie surprise des Finals 1993 flingué par la drogue

Les années college version Richard Dumas

Malgré tout, son talent indiscutable fait que plusieurs universités lui proposent des bourses, notamment Georgetown et Arkansas. Il choisit finalement Oklahoma State, afin de rester près de sa mère, et il y croise le temps d’une saison la route de John Starks. Manque d’éloignement, manque de cadre, ses problèmes grimpent dans ses valises et l’accompagnent jusqu’à l’université.

« Quand je suis arrivé à la fac, pendant mon premier semestre, j'étais tellement heureux d'être là que j'ai bien failli me faire virer tellement je buvais et je fumais. Je n'arrêtais pas de faire la fête, jusqu'au moment où ils m'ont dit que je ne pourrais plus  jouer au basket si mes notes continuaient de chuter. »

De quoi lui donner à réfléchir, à lui ainsi qu’à son coach, puisqu’avec un peu plus de 17 points par match il figurait parmi les tout meilleurs freshmen du pays.

« Donc j'ai dû lever le pied, mais je prenais toujours de la drogue. J'ai même été suspendu à la fin de ma première année. On venait de jouer contre les Sooners, qui étaient classés numéro 1 à l'époque, et j'ai fait l'un de mes meilleurs matches.

J'ai tellement bien joué qu'ils ont dû se dire que c'était louche et ils m'ont fait passer un contrôle anti-dopage dans la foulée (il se marre). J'ai testé positif et j'ai dû partir en centre de désintox pour finir le semestre. »

Cette première expérience aurait dû sonner le tocsin dans sa tête et lui faire réaliser qu’il était sur le point de tout foutre en l’air, mais là encore, Richard Dumas manquait de l’aide nécessaire pour pouvoir amorcer un virage décisif. Les tentations étaient trop présentes, partout, tout le temps.

« Comme j'étais la star de l'équipe, on me filait de la drogue gratuitement. Et puis, comme je n'avais pas trop d'argent, j'y allais mollo pour que ça me dure suffisamment longtemps. »

Durant ses trois années à OSU, ses stats n’ont fait que régresser et il a finalement choisi de partir jouer en Israël, à l’Hapoel Holon, plutôt que de disputer sa saison senior avant de revenir juste à temps pour la draft 1991. Après autant de temps passé loin des radars des scouts NBA, sa cote avait forcément chuté dramatiquement et c’est alors qu’il s’apprêtait à quitter la salle qu’il a finalement entendu son nom. Les Phoenix Suns venaient de le sélectionner au second tour, avec le 46ème pick.

« On venait de finir notre dernier match de présaison et j'ai été testé positif à la cocaïne. »

« Être drafté, c'était l'un de mes plus beaux jours de ma vie, c'était la première partie de mon but ultime, qui était de gagner un titre », sourit-il encore aujourd’hui.

Et alors qu’il touchait son rêve du bout des doigts, avant même de jouer son premier match de saison régulière, tout s’est écroulé.

« On venait de finir notre dernier match de présaison et ils m'ont fait passer un test. J'ai été testé positif à la cocaïne. Je prenais encore du crack à l'époque. Je prenais même plus de drogue qu'avant, parce que désormais j'en avais les moyens.

Je savais bien qu'ils allaient tester tous les rookies au moins une fois pendant la présaison. Je fumais des joints avec de la cocaïne dedans et il me fallait au moins deux ou trois jours pour l’évacuer de mon système.

On était parti faire un road trip, donc je pensais que ça irait, mais dès mon retour, j'ai succombé à l'addiction, il fallait que je me drogue... et je me suis fait tester le lendemain même. Si j'avais réussi à attendre un jour de plus, je m'en serais sorti. (sourire) »

La décision des Suns et de la ligue est sans appel : une suspension d’un an et l’obligation d’entrer en cure de désintoxication. Contractuellement, il était toujours lié à Phoenix, mais Dumas ne savait pas du tout si le club lui donnerait une nouvelle chance.

Lire la suite
Préc.1 / 3Suiv.
Afficher les commentaires (0)
Atlantic
Central
Southeast
Pacific
Southwest
Northwest