NY State of Mind : Un siècle de rue à New York – Part 2

Julien DeschuyteneerPar Julien Deschuyteneer Publié

La rue new-yorkaise a toujours été précurseur en matière de basketball. Retour sur 100 ans d'histoire qui ont marqué à jamais la façon dont se joue notre sport.

Depuis un siècle, les playgrounds de New York City ont eu une influence considérable sur la manière dont le basket se joue. Tout au long de l'été, nous vous proposons de découvrir (ou de redécouvrir) les 100 ans d'histoire du streetball new-yorkais, dans un dossier que nous avions publié dans le premier numéro de REVERSE. Deuxième partie : les années 50, quand le basket devient un moyen de s’en sortir.

Le virage : le basket comme opportunité

Les années 1950s marquent un tournant dans l'histoire des villes américaines, tournant qui aura son incidence sur le basket de rue. La guerre, au-delà de la volonté de libération, est pour les Etats-Unis le meilleur moyen de relancer l'économie. Et ce n'est pas une coïncidence si la prospérité américaine d'après-guerre marque le début de la domination totale des Afro-Américains sur le basket de rue. La relance économique touche les blancs, qui massivement vont quitter la ville pour s'établir en banlieue. Alors que les quartiers pauvres des villes étaient composés avant la guerre d'Irlandais, Juifs, Italiens et Noirs, les ghettos sont après la guerre ultra-majoritairement habités par les Afro-Américains. Et le streetball en est changé. Alors que les Juifs, Irlandais, Italiens et autres le voyaient comme un échappatoire 10 ou 15 ans auparavant, le basket n'est plus pour la plupart d'entre eux qu'un passe-temps, maintenant qu'ils sont installés dans le confort de la banlieue. Et c'est sans surprise que les Afro-Américains, les grands oubliés de la croissance, dominent le streetball. Ils croient d'autant plus dans le pouvoir du sport à changer les opinions que le joueur de baseball Jackie Robinson vient de briser la barrière raciale en intégrant les Brooklyn Dodgers en 1947.

Dans ce contexte, les Harlem Globettroters, composés de joueurs issus des ghettos noirs, n'en finissent plus de remporter des matches. Cette équipe n'a rien à voir avec maintenant, et est à l'époque l’une des meilleures du monde. En février 1948, un match exhibition l'oppose au Lakers, l'une des teams NBA les plus fortes de l'époque. Dans un match à couteau tiré, les Trotters s'imposent 61 à 59. Dès lors, les joueurs noirs ne peuvent plus être ignorés. Un coach est avant tout intéressé par la victoire. En ce sens, même si le processus est long et si les esprits n'évoluent pas facilement, les joueurs afro-américains commencent petit à petit à intégrer les équipes universitaires et professionnelles. [superquote pos="d"]Alors qu'il était au début du siècle un moyen de se sentir "américain" et d'oublier les conditions de vie, le basket offre désormais une opportunité[/superquote]C'est à cette époque qu'apparaît dans le paysage des playgrounds de NY une nouvelle espèce, les street agents. Auparavant, les joueurs stars locales fréquentaient une université locale. Ainsi McGuire alla à St John's. Mais au début des 50s, les colleges ont tout intérêt à faire venir les meilleurs joueurs. D'où l'apparition de nouveaux types d'intermédiaires, surtout à New York, ville regorgeant de talents.

Les implications sur le streetball sont majeures. Alors qu'il était au début du siècle un moyen de se sentir "américain" et d'oublier les conditions de vie, le basket offre désormais une opportunité – aller étudier à la fac, devenir pro. Et cette opportunité de sortir de la rue est à l'origine d'une meilleure organisation et d'un plus grand esprit de compétition. Le street est appréhendé autrement. Désormais il s'agit de montrer ses talents en espérant faire carrière. Si très peu percent, chacun pense pouvoir y arriver et se donne à fond. Le niveau du jeu augmente de manière phénoménale, chacun voulant impressionner et montrer ses skills.

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