NY State of Mind : Un siècle de rue à New York – Part 2

Julien DeschuyteneerPar Julien Deschuyteneer Publié

La rue new-yorkaise a toujours été précurseur en matière de basketball. Retour sur 100 ans d'histoire qui ont marqué à jamais la façon dont se joue notre sport.

Le basket de rue devient par conséquent extrêmement intense, relevé, mais aussi esthétique. Et le théâtre dans lequel se déploient ces transformations n’est autre que la désormais célèbre Rucker League, fondé par Holcombe Rucker, en 1946, pour offrir une alternative aux jeunes du ghetto. Très rapidement, la compétition attire les joueurs souhaitant se montrer. Holcombe Rucker y amène également des joueurs confirmés, NBAers ou universitaires, pour montrer aux plus jeunes comment s'y prendre. Autre type de joueurs conviés par Rucker : ceux dont la chance est passée, mais qui ont toujours du ballon, qui viennent taffer du pro, et ainsi se reconstruire un amour-propre. Le but est de dominer son adversaire, afin de se montrer, soit pour défendre son statut de pro, soit pour prouver qu'on pouvait accéder à ce niveau, soit pour afficher que l'on en avait les capacités. Longtemps avant les pitreries AND 1, les joueurs veulent humilier l'adversaire. L'important n'est pas qui on est, mais ce qu'on fait. C'est ainsi que l'on obtient le respect dans la rue. C'est en cela que Rucker est si important dans le coeur des ballers : les gars y construisent leur réputation et le respect qu'ils obtiennent pour leurs skills est plus important que tout.

[superquote pos="d"]La première vraie star de ce nouveau basket de rue est Connie Hawkins qui écrit à Rucker quelques-unes des plus belles pages d'histoires du streetball.[/superquote]La première vraie star de ce nouveau basket de rue est Connie Hawkins. Adolescent timide et mal à l'aise avec son corps, Connie fait ses premiers pas dans son quartier de Bedford-Stuyvesant, Brooklyn. A cette époque, l'endroit pour faire ses preuves à BK, c'était Kingston Park. Le jeune Hawkins y domine rapidement la compétition avec ses coéquipiers de toujours, Eddie Simmons et Jackie Jackson. Mais le véritable défi est ensuite de s'imposer loin de chez lui. Ce qui signifie alors Harlem, et la Rucker League. Et là-bas Connie se fait plus qu'un nom. La future star des Suns y écrit quelques-unes des plus belles pages d'histoires du streetball, dont on parle encore de nos jours. La plus célèbre d'entre elle reste sa mythique confrontation avec Wilt Chamberlain.

Des décennies après, New York évoque encore ce duel légendaire. Et surtout ce phénoménal face que Connie place rageusement sur Wilt d'entrée de match, avant de le contrer sur l'action défensive suivante. Aidé de son ami Jackie Jackson, à la détente extraordinaire, Connie fait vivre un véritable cauchemar en ce début de rencontre à l'Echassier, alors considéré (et toujours considéré par certains aujourd'hui) comme le joueur le plus dominant de l'histoire. Hors de lui, Chamberlain demande un temps-mort, reprend ses esprits et dunke sur Hawkins et ses coéquipiers les dix actions suivantes. Le match est équilibré par la suite et personne ne peut dire aujourd'hui le résultat. Mais peu importe. Telle est la loi de Rucker, tout le monde se souvient que Hawkins a mis Wilt à l'amende et son dunk est entré dans la légende, alors que la réaction de Chamberlain est, elle, la grande oubliée de cette histoire entretenue par la tradition orale.